A fin 2023, le compte d’opérations de la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac) logé dans les livres du Trésor français, et grâce auquel les pays de la Cemac assurent solidairement leurs importations en y logeant 50% de leurs avoirs extérieurs, affiche un solde de 4 751,3 milliards de FCFA. Selon le rapport spécial des commissaires aux comptes de la Beac pour l’exercice clos au 31 décembre 2023, publié le 3 juin 2024, ce solde est en baisse de plus de 823 milliards de FCFA par rapport au solde de l’année 2022 à la même période.
Suivant la répartition par pays des avoirs en compte d’opérations, l’enveloppe de la République du Tchad se situe à 458,4 milliards de FCFA à fin 2023, représentant près de 10% du solde global. Cependant, ce chiffre révèle une baisse de 85 milliards de FCFA par rapport au solde de l’année 2022. En effet, cette année-là, le Tchad affichait un solde de 543,3 milliards de FCFA en compte d’opérations en fin d’exercice, grâce certainement au dynamisme de ses exportations de pétrole brut, couplé à une flambée spectaculaire des cours mondiaux de l’or noir, consécutivement au déclenchement du conflit entre la Russie et l’Ukraine dès le mois de février 2022.
Malgré la diminution de son solde en compte d’opérations à fin 2023, le pays de Toumaï se positionne une nouvelle fois, comme en 2022 déjà, comme le 4ème contributeur aux importations effectuées par l’ensemble des six États de la Cemac. En effet, dans la pratique, le compte d’opérations fonctionne comme un panier dans lequel chaque pays de la Cemac met 50% de ses avoirs extérieurs. Ce volume global des avoirs en compte permet à ces différents pays de payer leurs dépenses d’importation tout au long de l’année. Sauf qu’ici, chaque pays ne paie pas forcément ses importations au prorata de ses avoirs en compte d’opérations, mais solidairement avec les avoirs des autres pays de la communauté.
Concrètement, cette solidarité dans les dépenses d’importation offre la possibilité à un pays tiers de la Cemac d’importer des biens et services plus coûteux que ses avoirs nets en compte d’opérations. Dans ce cas, il utilise les avoirs des autres pays frères de la communauté, dont le volume de devises est beaucoup plus important que leurs besoins d’importation.
Sur ce registre, le premier contributeur aux importations de la Cemac est le Cameroun, leader de la sous-région. Selon le rapport spécial des commissaires aux comptes de la Beac sur le compte d’opérations, ce pays dégage un solde de 2 135 milliards de FCFA à fin 2023. Ce qui correspond à 4,6 fois les avoirs du Tchad. Le volume de devises du Cameroun dans ce même compte au cours de la période représente 3,2 fois ceux de la Guinée équatoriale, 2ème contributeur aux importations de la Cemac avec un solde en compte d’un montant d’un peu plus de 662 milliards de FCFA. La Guinée se classe juste devant le Gabon, 3ème contributeur aux importations dans l’espace Cemac avec 552,3 milliards de FCFA en compte d’opérations au 31 décembre 2023, selon les chiffres des commissaires aux comptes de la Beac.
Le même rapport révèle que les deux plus petits contributeurs sont le Congo et la République centrafricaine (RCA). A en croire les chiffres officiels, ces deux pays de la Cemac affichent, à fin 2023, des soldes en compte d’opérations respectifs de 296,6 milliards de FCFA et 204 milliards de FCFA. En comparaison avec les avoirs du Tchad, l’on peut constater que le pays de Toumaï dispose, lui seul, d’une fois et demi les avoirs du Congo, et plus de deux fois le volume des avoirs de la RCA en compte d’opérations, à fin 2023.

