« Suite au verdict rendu le 19 mai 2025 par la CIJ concernant le différend territorial qui oppose notre pays à la République sœur de Guinée Équatoriale, au sujet des îles Mbanié, Cocotiers et Conga, l’heure n’est pas aux déclarations précipitées ni aux réactions passionnelles ». Le président nouvellement élu du Gabon a attendu deux jours avant de réagir sur ses réseaux sociaux au verdict de la Cour internationale de Justice (CIJ) reconnaissant la souveraineté de la Guinée Équatoriale sur ces trois territoires potentiellement pétrolifères que ce pays accusait son voisin d’occuper illégalement depuis plusieurs décennies. Le général de division dit être en attente du retour des « deux vaillants experts gabonais qui ont participé aux délibérations et qui suivent ce dossier depuis près de 20 ans ». Et annonce qu’un compte rendu exhaustif sera présenté aux deux chambres du Parlement ainsi qu’au gouvernement, « dans une démarche de transparence totale que notre administration s’est engagée à maintenir ». Le chef de l’Etat demande à son peuple, « en attendant, de faire preuve de retenue et de sagesse » et assure que « tout sera mis en œuvre pour préserver la paix dans notre région et défendre les intérêts de notre nation. Nous privilégierons toujours le dialogue et la concertation avec nos voisins équato-guinéens avec qui nous partageons des liens historiques et fraternels ».
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Les déclarations d’Oligui Nguema concordent avec la position exprimée Guy Rossatanga-Rignault, l’un des représentants du Gabon lors de la procédure à La Haye, à savoir qu'il appartenait désormais aux parties de négocier. C’est dire que le Gabon s’attend à des concessions de la part de son voisin. La Guinée Équatoriale, en revanche, entend assurer pleinement sa souveraineté sur ces territoires qu’elle travaille à reconquérir par tous les moyens de droit.
L’arrêt de la CIJ vient en effet remettre en question un traité signé en 1974 lors de la conférence de Bata, qui faisait plutôt des îles des territoires gabonais. Devant les juges de La Haye, la Guinée équatoriale a dit ne pas reconnaître ledit traité qui, d’après elle relève d’une pure invention de son voisin. « Personne n’avait vu ou entendu parler de cette supposée convention. De plus, le document présenté n’était pas un original, mais seulement une photocopie non authentifiée », a défendu Domingo Mba Esono, vice-ministre équato-guinéen des Mines et des Hydrocarbures, lors des audiences publiques relatives à cette affaire, démarrées en septembre 2024.
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Le Gabon n’est, en effet, pas parvenu à produire la version originale de ce traité. Mais, Marie-Madeleine Mborantsuo, la présidente honoraire de la Cour constitutionnelle du Gabon, citée par Jeune Afrique, défend la validité de cette convention qui, à l’en croire, a été signée lors d’une période où les données n’étaient pas stockées électroniquement, et marquée par une « mauvaise tenue des archives ». Pour mémoire, la Guinée équatoriale défend sa souveraineté sur l’île de Mbanié d’une superficie d’environ 30 hectares et sur les îlots de Cocotiers et Conga sur la base d’un vieux traité paraphé entre la France, ancienne puissance colonisatrice du Gabon et l’Espagne, ancienne puissance colonisatrice de la Guinée équatoriale, lequel traité fixait les limites territoriales entre les deux pays voisins d’Afrique centrale. En 1972 et se fondant sur la convention mentionnée supra dont la Guinée Équatoriale rejette la validité, le Gabon avait envahi les trois territoires et y a établi une présence militaire jusqu’à ce jour.
Pays producteur de pétrole au même titre que son voisin équato-guinéen, le Gabon n’y a jamais engagé des opérations de recherche pour prouver la présence ou non des hydrocarbures, véritable raison de l’intérêt commun des deux pays pour ces zones. L’arrêt de la Cour internationale de justice était attendu depuis 2021. Cette décision va sans doute jeter un froid entre Malabo et Libreville, d’autant qu’aucune des parties n’entend véritablement abandonner ces territoires au profit de l’autre. L’attitude du Gabon va être particulièrement scrutée, lui dont les troupes sont confortablement installées sur les territoires disputés.
L’arrêt de la CIJ n’étant pas contraignant, il n’est pas certain que cette armée se retirera avant l’aboutissement des discussions voulues par le Gabon. Les juges de la CIJ précisent en effet dans l’arrêt du 19 mai qu’il ne leur a pas été demandé de délimiter les frontières terrestre et maritime, ni de trancher la question de la souveraineté sur les îles Mbanié, Cocotiers et Conga, « mais uniquement de déterminer si les titres juridiques, traités et conventions internationales invoqués par l’une et l’autre des parties font droit dans leurs relations s’agissant du différend qui les oppose ».
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