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Contrebande : les champagnes de la Présidence de la République revendus sur le marché noir

Des cartons de ce produit d’élite dont l’achat est issu du budget de l’institution sont détournés et revendus par dizaines à des commerçants dans un quartier huppé de la ville de Yaoundé.

C’est un scandale comme il n’en existe que dans les mauvais Polar. Un réseau de détournement de vins et spiritueux a fait son lit dans les services de la Présidence de la République du Cameroun. Le fait semble effrayant tant l’institution où réside et travaille le chef de l’Etat devrait constituer un modèle de promotion des bonnes pratiques. Selon nos sources, des employés revendent de manière frauduleuse sur le marché noir des cartons de champagne achetés par la présidence de la République. La pratique est devenue tellement banale que les trafiquants ne prennent pas la peine de retirer l’estampille « Présidence de la République du Cameroun » floquée sur les cartons. A chaque livraison, des quantités importantes de ce produit d’élite sont ainsi détournées et revendues à des commerçants de la ville de Yaoundé. L’un des produits les plus prisés de ce juteux business est le Champagne Billecart Salmon brut rosé, bouteille de 75 cl. Celui-ci est acheminé dans des caves situées au quartier Bastos dans le 2e arrondissement de la capitale.

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Pour en avoir le cœur net, nous nous rendons dans ledit quartier où, apprend-on, le produit est livré essentiellement les vendredis. Dans ce coin chic et glamour de la capitale politique du Cameroun, se concentrent (outre les services administratifs et résidences) une grande majorité d’espaces marchands luxueux. Pour des raisons de confidentialité, nous ne dévoilerons pas le nom de l’enseigne. Un tour dans les rayons de cette cave, et on peut bien apercevoir les différentes saveurs sésame des rois Billecart Salomon brut rosé, brut blanc, brut réserve et brut sous-bois. La bouteille 75 cl de Billecart Salmon brut rosé livrée par « Les gars de la Présidence », comme le gérant les appelle, est (re)vendue à 45 000 FCFA. Si le vendeur tente d’esquiver la question sur la provenance de ce produit, il finit par révéler après insistance que celui-ci est effectivement livré par « des Gars de la présidence ». La preuve, les cartons dans lesquels est livrée la marchandise, qu’il garde jalousement, portent l’estampille de l’institution.

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Notre interlocuteur refuse surtout de nous donner les prix auxquels lui sont livrés le fameux sésame ni même les marges de bénéfice qu’il réalise. Mais, une petite recherche sur le site internet de la Société Billecart Salmon, basée en France, qui produit ce champagne nous donne un aperçu des prix. Ceux-ci varient entre 43 et 64 euros en fonction de la saveur, soit respectivement 41 700 et 28 071 FCFA la bouteille de 75 cl. Importé au Cameroun, le produit est vendu légalement entre 63.000 et 70.500 FCFA la bouteille. Pour le risque qu’il encourt, ce commerçant et bien d’autres le vendent à un prix abordable. Résultat des courses, le précieux sésame se vend comme des petits pains auprès de fins connaisseurs. Un business juteux qui n’est cependant pas dépourvu d’inconvénients. « Il y a un mois j’ai payé pour plusieurs millions de FCFA de ce produit mais je n’ai pas été livré à la hauteur de mon paiement. Mon livreur me demande d’attendre. L’embêtant c’est qu’il ne m’apporte aucune garantie. Même s’il ne livre pas, je ne pourrai rien faire», lance-t-il déboussolé.

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Après divulgation de cette information dans son édition du 17 février, le Directeur de publication du journal EcoMatin, Emile Fidieck, a été entendu à la police judiciaire du centre dans le cadre d’une enquête ouverte pour faire la lumière sur cette affaire. « J’ai été entendu ce jour à la PJ sur la Une de EcoMatin portant sur le trafic des champagnes à la PR. Très courtois, mon interlocuteur m’a annoncé l’ouverture d’une enquête. « Les enquêtes d’un journal crédible finissent là où le travail de la justice commence » lui ai-je dit. » a-t-il publié sur son compte Twitter.

Rappelons que selon le Comité interprofessionnel du vin de Champagne (CIVC) le Cameroun a importé 170 297 bouteilles de 75 cl en 2019, pour une valeur de 2,9 milliards de FCF

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