La République centrafricaine amorce un virage stratégique dans la gestion de son commerce extérieur. Le Guichet centrafricain de transit, historiquement basé au port de Douala, est en cours de transfert vers le port sec de Béloko, à la frontière avec le Cameroun et à 578 kilomètres de Bangui. Les derniers réglages relatifs à cette délocalisation ont été finalisés le 06 avril à Douala, lors d’une visite de travail du directeur général des Douanes centrafricaines, Frédéric Théodore Inamo, auprès de son de la Douane camerounaise. Une réforme structurante qui vise à reprendre le contrôle sur la chaîne logistique et à fluidifier les échanges sur le corridor Douala-Bangui. Jusqu’ici, l’essentiel des opérations administratives liées aux marchandises centrafricaines s’effectuait à Douala, principal point d’entrée maritime pour ce pays enclavé. Ce modèle, hérité de la forte dépendance logistique de Bangui vis-à-vis du Cameroun, montrait cependant des limites, notamment des délais prolongés et des coûts de transit élevé.
Lire aussi : Corridor Douala–N’Djamena : après 8 milliards FCFA de détournements, le Tchad dématérialise le contrôle du fret
Sur cet axe long de plus de 1 300 km, véritable poumon économique de la Centrafrique, les délais d’acheminement peuvent encore atteindre plusieurs semaines dans certains cas. En déplaçant son guichet de transit vers Béloko, Bangui entend rapprocher les formalités douanières de son territoire et réduire les lourdeurs administratives. Située à la frontière, cette localité constitue déjà un point névralgique du commerce régional, par lequel transitent environ 80% des importations du pays. Le choix de ce port sec s’inscrit ainsi dans une logique de territorialisation des procédures et de meilleure maîtrise des flux. Au-delà de l’aspect administratif, cette délocalisation traduit une volonté du gouvernement centrafricain de rééquilibrer les rapports logistiques entre les deux pays. En fait, en internalisant une partie des opérations jusque-là réalisées à Douala, la Centrafrique espère réduire sa dépendance opérationnelle et améliorer la compétitivité de ses importateurs, fortement pénalisés par les coûts logistiques.
Lire aussi : Corridor Douala/Bangui/Ndjaména : les organismes de gestion du fret chargent Camrail
Côté camerounais, cette évolution s’inscrit dans une dynamique plus large de modernisation des corridors de transit. Le port de Douala, qui reste la principale porte d’entrée maritime de la sous-région, cherche à désengorger ses installations et à rationaliser les flux. La déconcentration de certaines opérations vers l’arrière-pays apparaît ainsi comme une réponse aux contraintes croissantes liées à l’augmentation du trafic. Reste que la réussite de cette réforme dépendra de plusieurs conditions, à commencer par la qualité des infrastructures routières, la coordination entre les administrations douanières, ainsi que la digitalisation effective des procédures. Mais, sans une harmonisation des systèmes, le risque demeure de déplacer les lenteurs plutôt que de les résorber.
Lire aussi : Corridor Douala-Bangui: les transporteurs camerounais menacent d’entrer en grève
À moyen terme, le transfert du Guichet centrafricain de transit vers Béloko pourrait néanmoins redessiner la carte logistique de l’Afrique centrale. En renforçant ce hub frontalier, Bangui et Yaoundé posent les bases d’un corridor plus intégré, en phase avec les ambitions de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF). Une transformation attendue, à la croisée des enjeux de souveraineté économique et d’efficacité logistique.
Lire aussi : Corridor Douala-Bangui : une base logistique pour les transporteurs routiers à Garoua Boulaï

