Après un second semestre aux performances mitigées, du fait de la fin de la campagne 2023-2024 dans la plupart des pays producteurs, la production de coton dans l’espace Cemac, qui regroupe le Congo, le Gabon, le Cameroun, la République centrafricaine (RCA), le Tchad et la Guinée Equatoriale, devrait s’améliorer au cours du 3ème trimestre 2024. Cette prévision optimiste, contenue dans le test prévisionnel de conjoncture publié par la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac), est liée au début de la campagne cotonnière 2024-2025 dans les différents pays de la sous-région.
C’est notamment le cas en RCA, où l’Office national du coton (ONC) semble avoir mis les petits plats dans les grands. Dans ce pays qui a vu sa production cotonnière chuter de 36% en 2022, projette le test prévisionnel de conjoncture de la Beac, « la tendance haussière observée au trimestre dernier devrait se poursuivre au cours du troisième trimestre (2024), en raison principalement de l’extension des zones de production cotonnière et de la distribution des semences aux groupements ruraux par l’Office national du coton ». Mais, à côté de ces facteurs, il faut surtout ajouter l’instauration d’« un meilleur climat de confiance entre les regroupements des producteurs et les opérateurs », grâce principalement « au paiement des arriérés aux producteurs », souligne la Banque africaine de développement (BAD) dans son rapport pays 2023.
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La situation est encore plus reluisante au Tchad, bien au-delà du seul 3ème trimestre 2024. En effet, indique le test prévisionnel de conjoncture de la Beac, « selon le ministère de la production et de l’industrialisation agricole, la production cotonnière de la campagne 2024-2025 progresserait, en lien avec l’augmentation des superficies cultivables » dans le pays. Cette projection optimiste est en droite ligne de l’euphorie générale observée dans la filière cotonnière tchadienne, depuis la reprise, en 2018, de 60% des actifs de Coton Tchad par la firme singapourienne Olam. Coût de l’opération : 9 milliards de Fcfa. Cette mutation, qui a permis de rebaptiser la société Coton Tchad en Coton Tchad Société Nouvelle (Coton Tchad SN), s’est accompagnée d’une montée en flèche de la production, qui a été multipliée par huit en 5 ans, selon les chiffres officiels.
Le coup de pouce de la dévaluation du Naira
Au cours de la campagne 2023-2024, par exemple, cette production a culminé à 110 000 tonnes, en hausse de 10% par rapport à la campagne précédente, selon le bilan présenté le 7 juillet 2024 par Coton Tchad SN. Dans le cadre de la campagne 2024-2025, l’acheteur exclusif du coton graine au Tchad table sur une production nationale de 150 000 tonnes, ce qui correspond à une augmentation de 40 000 tonnes de coton sur un an, soit 36% en valeur relative. Cette prévision est soutenue par une explosion de la subvention étatique à la filière, qui est passée de 3 milliards de Fcfa par an ces dernières années, à 16 milliards de FCfa (+433%) depuis mars 2024. Cette manne, qui révèle les ambitions des pouvoirs publics pour la filière cotonnière tchadienne, laquelle mobilise environ 155 000 producteurs, permettra, selon les autorités, l’achat à coûts réduits des intrants agricoles (engrais et pesticides) en vue d’améliorer les rendements.
Au Cameroun, leader de la production du coton en Afrique centrale, apprend-on du document prévisionnel de la Beac, « les activités sont projetées en baisse par rapport au deuxième trimestre 2024, du fait de la fin de la campagne en cette période. Toutefois, elles seraient favorables au troisième trimestre 2024, par rapport à la même période un an auparavant, en raison de l’amélioration du climat de confiance avec le groupement des producteurs, de la disponibilité des intrants à temps malgré leur coût encore élevé et l’introduction de nouvelles variétés de semences avec de meilleurs rendements, sans oublier la baisse des fuites vers le Nigéria, en raison de la chute du Naira ».
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En effet, en début d’année 2024, le Naira, la monnaie nigériane, a été une nouvelle fois dévaluée, perdant jusqu’à 40% de sa valeur. Selon les projections de la Beac, cette perte de valeur, dont le corollaire est la baisse du pouvoir d’achat des Nigérians, devrait faire baisser les exportations frauduleuses du coton camerounais vers ce pays, dans lequel les acheteurs de coton aguichaient généralement les producteurs camerounais situés le long de la frontière, avec des prix plus intéressants que ceux pratiqués par la société cotonnière camerounaise Sodecoton.

