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Covidgate : la Beac demande des comptes à Mediline Medical

Incohérence dans les déclarations douanières, soupçon de blanchiment des capitaux…l’entreprise du milliardaire camerounais est dans les griffes de l’institut d’émission.

Mohamadou Dabo est-il victime d’une cabale ? C’est l’argument facile que tentent de répandre les proches et affidés de cet homme d’affaires camerounais dont le nom est au cœur du Covidgate. S’il est parvenu à remporter 90% de la livraison des tests de dépistage au Covid 19 à travers son entreprise Mediline Médical(MMC) le consul honoraire de la Corée du Sud est actuellement à couteaux tirés avec la Beac. En date du 05 janvier 2021, l’institut d’émission monétaire a opposé une fin de non-recevoir à un ordre de transfert de 8,9 millions de dollars (soit 4,8 milliards de FCFA) formulé par Afriland First Bank pour le compte de MMC. Les fonds devaient être transférés dans le compte de Moda holdings, filiale de Moda Corporation SA, basée à Hong Kong dont Dabo est le patron, pour le paiement des tests de diagnostic rapides. Les 2 et 17 février, deux nouvelles tentatives seront effectuées pour solliciter le même montant, mais seront toutes rejetées. Une décision pour le moins curieuse de la banque centrale, dans un contexte de crise sanitaire mondiale où le risque d’une 2e vague ne cessait de planer. Pourtant, en octobre 2020, l’institut d’émission avait autorisé pour cette même structure un transfert en devises de 8,6 millions de dollars (4,6 milliards) du même ordonnateur vers la même destination et pour les mêmes raisons.  

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Aujourd’hui, ni les rencontres dans les services du premier ministre, à la présidence de la République, encore moins la correspondance du Minsanté du 10 mars demandant à la Beac de transférer les fonds, n’ont suffi pour que la banque centrale revienne sur sa décision.  

Fuite des capitaux

Pourquoi la Beac s’obstine-t-elle à refuser les transferts de capitaux sollicités par Mediline Medical ? La première raison est que le destinataire des fonds, Moda Holding, ne figure pas dans la liste des fabricants auprès desquels le ministère de la santé publique a autorisé la commande des tests. Pour cette prestation, c’est l’entreprise SD Biosensor qui a été retenue comme fournisseur agrée des Kits. Le nom de cette firme basée à Hong Kong apparaît cependant dans la lettre de transport aérien indiquant qu’elle a bien effectué la prestation. Conclusion logique, Moda Holdings intervient dans l’opération comme un intermédiaire. Pour la Beac, il s’agit d’une « incohérence ». Répondant au Ministre de la Santé, Blaise Eugène Nsom, dans une correspondance signée le 19 mars 2021 expose les réserves de la Beac sur cette opération. « Ce constat interroge sur le rôle dans cette transaction de la société Moda Holding qui est pour rappel basée à Hong Kong » peut-on lire.

Autre point d’achoppement, c’est le non-respect par Mediline Medical de la réglementation des changes. Au moment où nous mettions sous presse, une source bien informée à la Beac nous renseigne que jusqu’ici, l’entreprise du Tycoon camerounais n’a pas encore transmis la documentation nécessaire attestant du règlement et de l’entrée sur le territoire camerounais des tests de diagnostic rapide, suite à l’accord donné par la banque centrale. Pourtant, la nouvelle réglementation des changes, oblige tous les opérateurs à fournir à leurs banques, dans un délai de 3 mois, les différents documents nécessaires à la clôture de l’opération d’importation.Chose qui jusqu’ici n’aurait pas été faite. Pour régulariser sa situation la Beac demande à MMC de lui fournir les factures établies par SD Biosensor pour l’achat des premiers kits, un ordre de transfert en faveur de SD Biosensor et  la mise à disposition du Registre du commerce et du crédit immobilier(RCCM) de son fournisseur. « Avant d’engager une autre opération, la Beac voudrait avoir l’assurance que les 8,9 millions de dollars qu’elle a débloqué ont été effectivement utilisées pour des besoins économiques pour lesquels elles ont été sollicitées, c’est-à-dire l’achat des kits » renseigne notre source qui poursuit « les agents économiques utilisent parfois les achats de marchandises pour faire sortir de manière illégale les devises de la sous-région » explique une source au ministère des finances.

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Par ailleurs, la banque centrale demande à l’entreprise de s’expliquer sur les écarts observés entre les quantités de test et de colis déclarés à la direction des douanes (75 colis) et les quantités indiquées dans la lettre de transport aérien (280 colis).

Préfinancement

A en croire la Beac, seuls 4,8 milliards ont officiellement été transférés au nom de Medicine Medical pour l’achat des Kits. Pourtant, selon la chambre des comptes de la cour suprême, l’entreprise aurait empoché 24,5 milliards pour sa prestation. Le reste de ces fonds, soit 19,7 milliards, est encore probablement logé dans les comptes de l’entreprise à Afriland First Bank et UBA Cameroun où ils ont été virés par le trésor camerounais. Rapprochés par EcoMatin, ces deux institutions financières ont préféré se murer derrière le secret bancaire. Malgré ce blocage, l’entreprise a curieusement continué à remplir sa part de contrat.  Dans un communiqué signé le 1er juin dernier, Sangki-Yi, le PCA de MMC indique que entre mai 2020 et janvier 2021, Mediline LMedical a préfinancé l’achat de 3 millions de tests et livré 1,9 millions en 5 lots : 100 000 tests le 30 mai 2020, 300 000 test le 25 juin  2020, 500 000 test le 20 juillet 2020, 500 000 tests le 28 décembre 2020 et 500 000 tests en janvier 2021. Sangki-yi indique par ailleurs qu’ils ont reçu 24,5 milliards et que le reste à percevoir est de 8,5 milliards.

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Pour savoir comment elle s’est procuré les fonds de préfinancement nécessaire, EcoMatin s’est rapproché d’une source très proche de l’homme d’affaires, question d’avoir sa version des faits. « Il est actuellement à Dubaï peut-être à son retour » nous répond ce dernier. Si elle choisit de rester sous anonymat, notre source explique que Moda Holding  a obtenu une ligne de crédit de 50 millions de dollars, soit environ 27 milliards de FCFA, auprès d’une banque coréenne pour préfinancer l’achat des kits auprès de Biosensor. « C’est pourquoi dans l’ordre de virement, nous avons voulu que l’argent soit viré dans le compte de Moda Holding Hong Kong. En tant que débiteur, elle va tout simplement rembourser à son créancier. Le fournisseur ayant déjà été payé», explique-t-il. Au moment où nous mettions sous presse, nous attendions toujours le nom de la banque en question ainsi que les éléments de ligne de crédit tel que nous avait promis notre interlocuteur, visiblement sûr de lui.

Invraisemblable ?

 « Si cette explication est avérée, c’est encore plus grave car M. Moda serait en train de faire payer à l’Etat un remboursement de prêt et non une prestation » réagit furax un responsable au ministère des finances. Pour lui, cette explication ne tient pas la route. « Même si c’est vrai, il y’a un vice de procédure ; il devait acheter les biens pour leur vraie valeur auprès de Biosensor, faire une avance en compte courant pour permettre à Mediline d’assurer l’exploitation.  A la fin, il demande un transfert de bénéfice pour rembourser Moda holding « , poursuit-il. Pour l’instant, nous n’avons pas pu mettre les éléments qui  empêcheraient à Mohamadou Dabo de faire intervenir un intermédiaire pour cette opération, encore moins sur son caractère illégal. Cependant, pour la chambre des comptes, cela a coûté de l’argent au contribuable.  Pour l’institution, Moda holding aurait pratiqué des « prix (de transport) disproportionnés » qu’elle a facturés au ministère de la Santé via MMC . Des tarifs qui ont porté le prix du test de dépistage de marque Standard Q Covid-19 AG Test à 17 500 F CFA l’unité au lieu de 7 084 F CFA si le Cameroun s’était directement adressé au fabricant SD Biosensor, ou 2 932 F CFA s’il s’était adressé au Fonds mondial de lutte contre le Paludisme, le VIH et la tuberculose. Depuis cet emballement, les dénonciations fusent. Pour la chambre des comptes, Mohamadou Dabo aurait fait perdre au Cameroun au moins 14 milliards de F CFA. Dans son entourage, c’est la sérénité qui règne. Le PCA de MMC a même réitéré sa disponibilité auprès des autorités pour apporter toutes les clarifications éventuelles.

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Aujourd’hui, outre sa présence dans le domaine des hydrocarbures avec MRS Cameroun, des transports avec S-Global aviation, de la finance avec Afriland Bank Conakry et SAAR Insurance Conakry, des télécommunications et nouvelles technologies avec Yoomee, HighTech Telesoft et Silicon Technology System, Dabo est aussi le concessionnaire exclusif des automobiles coréennes KIA, il est à la tête de Afri-asia Energy, Moda Holding Hong Kong…et d’un flot de structures ayant pied en Asie.

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