La Commission bancaire d’Afrique centrale (COBAC) tire à nouveau la sonnette d’alarme. Dans son rapport annuel 2024, le régulateur pointe une détérioration persistante de la qualité du portefeuille bancaire au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), alimentée par un niveau toujours élevé de créances en souffrance. À fin décembre 2024, celles-ci atteignent 2024 milliards FCFA, en hausse de 144 milliards FCFA (+7,7%) sur un an. Elles représentent désormais 16,2% des crédits bruts, contre 16% un an plus tôt. Les créances en souffrance désignent les prêts que les emprunteurs ne remboursent plus selon l’échéancier prévu. Autrement dit, ce sont des crédits devenus difficiles ou impossibles à recouvrer dans les délais normaux. Leur accumulation affaiblit mécaniquement les banques : elles doivent provisionner davantage, prennent moins de risques pour financer l’économie et voient leur rentabilité comprimée.
Dans le détail, la COBAC relève par ailleurs que la composante la plus sensible, les créances douteuses, représente 12,2 % des crédits bruts, un niveau quasiment stable sur un an mais toujours très au-dessus des standards souhaitables. Elles totalisent 1 536 milliards Fcfa, soit près des trois quarts (75,9%) de l’ensemble des créances en souffrance. Cette évolution masque toutefois des contrastes nationaux marqués. Le Cameroun, dont le système bancaire concentre l’essentiel des dépôts et crédits de la région, enregistre une hausse notable (+14,5%). Le Gabon connaît également une forte augmentation (+31,4%), tandis que le Congo affiche une progression plus contenue (+5,6%). À l’inverse, trois pays améliorent leur situation : le Tchad (-11%), la Guinée équatoriale (-5,4%) et surtout la Centrafrique (-15,1%).
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La COBAC prévient que cette persistance d’un taux à deux chiffres constitue l’un des principaux risques qui pèsent sur la stabilité financière régionale. Le risque de crédit reste ainsi le premier facteur de vulnérabilité du système, aux côtés du risque souverain, du risque de concentration, de l’exposition aux problématiques de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme, et des risques opérationnels, accentués par la montée de la cybercriminalité. Les établissements financiers autres que les banques présentent des niveaux encore plus préoccupants : 39,9% pour les établissements financiers et 17,1% pour les établissements de microfinance. Bien que ces ratios soient globalement stables, leur ampleur demeure un frein à l’intermédiation financière et à la capacité du secteur à soutenir la reprise économique.
L’impact de cette situation sur la qualité du portefeuille de crédits est direct. Plus les créances en souffrance augmentent, plus les banques doivent immobiliser des ressources dans des provisions pour couvrir les risques de non-recouvrement. Ce qui réduit leurs marges de manœuvre, les pousse à resserrer leurs conditions d’octroi de prêts et, dans certains cas, à limiter leur exposition à certains secteurs ou types d’emprunteurs.
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À terme, cette situation pèse sur le financement de l’économie réelle, déjà fragilisé par un environnement macroéconomique incertain. L’impact tant redouté sur les crédits bruts n’est, heureusement, pas encore ressenti, puisque ceux-ci sont en hausse de 6,5%. Ceci s’explique principalement le renforcement des dépôts de la clientèle (+8,2%) et un excédent de trésorerie en amélioration (+10,2%) en 2024.
La COBAC affirme néanmoins que des actions sont en cours pour assainir progressivement les portefeuilles : renforcement des mécanismes de supervision, amélioration du suivi des risques, promotion de dispositifs de restructuration de dettes, et encouragement de la mise en œuvre de meilleures pratiques de gouvernance.

