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Débits de boissons : les exploitants aux abois

Le précompte sur achats, prélevé depuis deux ans par les distributeurs privés, n’est pas rétrocédé. La SABC décline sa responsabilité dans cette affaire à plusieurs milliards Fcfa.

Le Syndicat national des exploitants des débits de boissons (Synedeboc), qui compte environ 100.000 membres à travers le Cameroun, n’exclut pas de lancer dans les prochains jours une « opération bars fermés » pour protester contre les « difficultés liées à la rétrocession des prélèvements sur achat dus aux barmen inscrits dans les centres de gestion agréés et le retard dans le paiement des ristournes par les sociétés brassicoles ». Mercredi dernier, ils ont convié à un échange à Yaoundé la Société Anonyme des Brasseries du Cameroun (SABC), l’Union Camerounaise des Brasseries (UCB), la Direction générale des impôts (DGI) et les distributeurs des produits brassicoles, afin de comprendre à quel niveau se trouve le problème. Pour comprendre, le précompte sur achat (PSA) est une avance que la loi de finances a sollicitée auprès des exploitants des débits de boissons en guise d’impôt. Il est prélevé lors des achats à concurrence de 5%.

La loi dit aussi que lorsque les 5% sont prélevés sur les achats d’un exploitant qui remplit certaines conditions, par exemple, l’inscription à un centre de gestion agréé (CGA) et qu’il est à jour de ses contributions en termes de taxes et autres, il lui est rétrocédé 2,5%, c’est-à-dire, 50% après six mois. Jusqu’en 2018, les sociétés brassicoles le faisaient sans problème. « Mais avec le nouveau modèle de distribution qui se fait via des intermédiaires au niveau de la SABC, la procédure de remboursement de 50% du Psa connait des problèmes. Depuis 2018, cet argent n’est plus rétrocédé. Lorsqu’on va vers les sociétés brassicoles, elles disent que nous devons aller voir les distributeurs. Lorsqu’on va vers ces derniers, ils disent qu’ils sont uniquement habilités à prélever et non à rétrocéder », explique le président du Synedeboc, Roger Tapa Tchiesso.

Entretemps, s’insurge celui qui est par ailleurs avocat au barreau du Cameroun, « ils ont notre argent. Nous ne pouvons pas continuer à nous taire face à ce qui se passe. La DGI doit éclaircir cette situation en demandant aux distributeurs de nous payer. Cet argent représente pratiquement 50% du capital des exploitants des débits de boissons. Et quand on sait que le secteur des débits de boissons a un chiffre d’affaires qui avoisine la moitié du budget de l’Etat du Cameroun, vous comprenez qu’on ne parle pas là de centaines de millions Fcfa. C’est une affaire de plusieurs milliards Fcfa. On ne peut pas continuer à traiter un tel dossier avec autant de légèreté ». Depuis deux ans donc, des individus qui, pour la plupart sont des commerçants véreux, aux dires de Me Roger Tapa Tchiesso, prélève des sommes faramineuses sur les achats des exploitants, mais ne reversent que les 2,5% réservés à l’administration fiscale. Ces distributeurs privés qui entretiennent l’omerta autour du sort réservé aux 50% dus à leurs clients ont boycotté la réunion de mercredi dernier.

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