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Détournements, déficit de production, endettement… : au Gabon, la Seeg nage dans des eaux troubles depuis sa renationalisation

Depuis que l’Etat gabonais a repris 100% des actifs de la Société d'énergie et d'eau du Gabon (Seeg) en février 2018 et renouvelé la convention de concession 3 ans plus tard, cette société compose avec de grands défis structurels et infrastructurels.

Publiée vendredi 23 août 2024 à 18:18:17Modifiée vendredi 23 août 2024 à 18:38:24Temps de lecture 6 minPar Vicky BAGAL

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Alors qu’à sa reprise en février 2018, le gouvernement gabonais mettait en avant « la dégradation de la qualité du service rendu aux usagers, les efforts financiers consentis par l’Etat non suivis des effets escomptés et les plaintes récurrentes des populations », 6 ans plus tard, la situation de l’unique société de distribution d’eau et d’énergie du Gabon ne semble pas s’être améliorée. Au contraire, celle-ci (autrefois détenue à 51% par le groupe français Veolia Eau, devenue une entité étatique pour une durée de 20 ans dès 2022), compose avec de grands défis structurels et infrastructurels.

Au cœur des scandales ces dernières semaines du fait des nombreux délestages qui paralysent les activités commerciales et sanitaires ainsi que les détournements de fonds et fraudes sur la distribution d’énergie, la Société d’énergie et d’eau du Gabon (Seeg) doit à nouveau faire face à un problème. La société britannique Aggreko, gestionnaire de la centrale électrique d’Owendo (qui produit 30% de l'électricité distribuée par la Seeg dans le Grand Libreville), a menacé de mettre ladite centrale à l’arrêt à cause des impayés de 22,9 millions d’euros, près de 15 milliards de Fcfa. Pourtant le 24 janvier dernier, le Premier ministre de la Transition, Raymond Ndong Sima avait rassuré le paiement de cette dette « dans les prochains mois » à Matt Parker, directeur général Afrique, Moyen Orient et Asie du groupe Aggreko.

De bonnes sources, EcoMatin apprend que l’entreprise britannique spécialisée dans la production d’électricité a relancé plus d’une fois la direction générale de la Seeg et c’est face au statu quo de cette dernière qu’elle aurait décidé d’employer les moyens drastiques. Procédant dans un premier temps à la réduction de la puissance de la centrale de 25 MW s’appuyant sur les articles 3 et 7 du contrat qui lie la société britannique et l’Etat gabonais depuis 20 ans.

Aux dernières nouvelles, Aggreko aurait décidé de mettre de l’eau dans son vin après avoir perçu le 22 août dernier la moitié de la somme qui lui était due. « La SEEG est redevable à Aggreko d’une somme de 21 millions d’euros (environ 15 milliards de Fcfa). Depuis hier mardi, la Seeg a payé 11 millions d’euros (environ 7,3 milliards de Fcfa) à Aggreko sur l’ensemble de sa dette », a confié Joël Lehmann Sandoungout, Directeur général de la Seeg au quotidien gouvernemental.

Coupures intempestives

Selon le ministère gabonais de l’Economie, « la production de la branche énergie et eau demeure très en deçà de la demande au niveau national malgré l’amélioration des conditions d’exploitation des barrages hydroélectriques ». Pour la Seeg, le problème est plus technique. Les coupures récurrentes enregistrées dans ces localités dans le Grand Libreville seraient directement liées à l’indisponibilité de 2 turbines à la centrale hydroélectrique de Tchimbélé. « À cela s'ajoute la baisse de la retenue d'eau des barrages de Kinguélé-Tchimbélé, qui arrivent en cette période de saison sèche à des valeurs très critiques, limitant de plus en plus l'exploitation des groupes à leur pleine capacité », indique la SEEG dans un communiqué rendu public le 19 août 2024. Cependant, bien avant la note de la société britannique, Libreville vivait déjà le calvaire des délestages.

Le 1er février 2024, le gouvernement avait convié la Seeg et son marketeur en gasoil Vivo Energy à une réunion de crise suite aux coupures intempestives d'électricité constatées dans le Centre et le Sud du Gabon notamment dans les localités de Ndjolé, Lambaréné, Mouila, Tchibanga, Mayumba entre autres. Cette rencontre qui avait vocation à trouver des « des solutions rapides » n’a pas eu l’effet escompté car moins d’un mois plus tard, les populations et opérateurs économiques de Grand Libreville et ses alentours se plaignaient encore de coupures d’électricité. Selon les entreprises du secteur, cela est due aux tensions observées dans la chaîne d’approvisionnement des centrales thermiques en carburant. Une situation qui cause préjudice non seulement aux ménages, mais aussi aux industries qui voient leur production au ralenti.

Gouffre financier

Outre les soucis de distribution, la Seeg aurait récemment essuyé un scandale de piratage massif révélant un détournement de fonds de plusieurs milliards de Fcfa à travers l’exploitation des failles de l’infrastructure informatique de l’entreprise. En effet, il aurait été découvert à la Seeg un réseau parallèle de détournement des tickets Edan (des tickets prépayés d’électricité, ndlr) détecté après une hausse anormale du nombre d’abonnés non proportionnelle aux revenus générés. Selon les médias locaux, et corroboré par une communication de l’entreprise concernée, plusieurs agents du service informatique de la Seeg se seraient rendus complices de cette fraude et 7 personnes auraient été placées en garde à vue.

En réponse à ce scandale qui menace l’intégrité de l’entreprise publique, le Président de la Transition, Brice Oligui Nguema a commandé ce 23 août un audit exhaustif à la Seeg afin que les responsables « répondent de leurs actes devant la loi ». Il a de ce fait instruit à la Taksforce de déceler, par le biais d’une enquête approfondie, les dysfonctionnements qui affectent la société en ce qui concerne le hacking informatique, les suspicions de fraudes et les « décisions controversées prises par la direction actuelle » indique le communiqué de la présidence. Cette dernière précision remet en cause les actions de Joël Lehmann Sandoungout, qui est patron de la Seeg depuis le 30 septembre 2023.

Entre errements financiers, investissements en berne, explosion des effectifs et de la masse salariale, la situation de la SEEG s’est considérablement dégradée. Sur les 2 derniers exercices particulièrement, l’activité de production et distribution d’électricité a baissé de 2,2% passant d’un chiffre d’affaires de 239,6 milliards en 2022 à 234,9 milliards un an plus tard pour tout juste 2 388 MKW vendus (-5,5% en glissement annuel). Si le chiffre d’affaires suit une tendance baissière, le volume des investissements lui a crû à grande vitesse de 23 milliards à 41 milliards en 2 ans (+80%) un contraste avec la réalité qui fait état de la rupture de la chaîne d’approvisionnement en matériels de branchement et de la vétusté de l'outil de production de la Seeg.

A noter que, même si la situation de la Seeg, qui jouit d’un monopole sur les secteurs de l’eau et de l’électricité est « extrêmement difficile » d’après son DG, le gouvernement reste optimiste pour ses activités durant l’année en cours. « Le segment énergie prévoit de poursuivre, en 2024, la consolidation de son réseau de distribution d’eau et d’électricité. Ainsi, la production d’électricité se consoliderait à 2 924 GWhs (+22%) », peut-on lire dans les perspectives 2024-2025 du Tableau de bord de l’économie économiques du Gabon. Pour ce faire, le gouvernement s’appuie sur la construction d’une ligne électrique 90 kV entre Fougamou-Mouila et la réhabilitation de la ligne électrique 90 kV Oyem-Mitzic ; 2 des projets phares du Plan national de développement pour la transition (PNDT) dans son volet amélioration de la desserte en électricité.

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