Les difficultés budgétaires du Sénégal pourraient mettre sous pression l'ensemble du secteur bancaire de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), où les banques détiennent des volumes exceptionnellement élevés de dette publique, avertit Fitch Ratings. Dans une analyse publiée le 25 juin, l’agence américaine de notation souligne que les titres publics sénégalais représentent désormais entre 25 % et 35 % des actifs des banques de l'Union, soit près de trois fois leurs fonds propres, un niveau qui expose le système bancaire à un choc potentiellement significatif en cas de restructuration de la dette sénégalaise.
132% du PIB
Deuxième économie de l'UEMOA et l'un des principaux émetteurs de dette régionale, le pays traverse une crise de finances publiques depuis la découverte d'importantes dettes non déclarées sous l'administration précédente. Le Fonds monétaire international (FMI) estime désormais la dette publique sénégalaise à près de 132 % du PIB et poursuit ses discussions avec Dakar avant tout nouveau programme financier. Ces derniers jours, l'hypothèse d'une restructuration de la dette a refait surface dans le débat public, avant que le ministère de l'Économie ne réaffirme que « l'État du Sénégal reste pleinement engagé dans le respect de l'ensemble de ses obligations financières ».
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Pour Fitch, les banques sénégalaises apparaissent les plus vulnérables. Leurs portefeuilles de titres publics représentent environ 12 % de leurs actifs, soit un montant proche de leurs fonds propres. Dans le reste de l'Union, l'exposition est plus limitée mais demeure significative, atteignant jusqu'à 7 % des actifs de certaines banques ivoiriennes. L'agence prévient également qu'un choc souverain pourrait rapidement se transmettre au secteur privé, de nombreuses entreprises dépendant des paiements de l'État ou des marchés publics. Les créances douteuses, qui représentent déjà près de 10 % des crédits dans l'UEMOA, pourraient ainsi augmenter sensiblement. L'agence nuance toutefois le scénario d'un choc majeur. Elle estime que les banques sont principalement exposées aux bons du Trésor de court terme, lesquels seraient vraisemblablement exclus d'une éventuelle restructuration afin d'éviter de désorganiser le financement courant des États. « Nous nous attendons à ce que les bons du Trésor soient exclus de toute restructuration en monnaie locale afin d'éviter de perturber les mécanismes de refinancement », écrit Fitch.
Limiter les pertes
Surtout, l'agence considère que les autorités régionales disposent encore d'importants leviers d'intervention. La BCEAO devrait continuer à accepter les titres publics sénégalais comme garanties de refinancement, y compris dans un scénario de défaut, afin d'éviter une crise de liquidité. Fitch estime également que les superviseurs pourraient accorder des mesures temporaires de souplesse réglementaire pour éviter que les banques ne soient contraintes d'enregistrer immédiatement l'intégralité des pertes sur leurs portefeuilles souverains. « Nous pensons que les autorités régionales sont susceptibles de prendre des mesures afin de limiter les pertes potentielles du secteur bancaire, protéger la capitalisation des banques et assurer la stabilité financière », résume Fitch.
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Pour l'agence, ces mécanismes de soutien, combinés à l'ancrage du franc CFA à l'euro, devraient permettre d'éviter qu'un éventuel défaut souverain du Sénégal ne dégénère en crise bancaire régionale, même si les risques pesant sur le secteur financier ouest-africain se sont nettement accrus ces derniers mois.

