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Dette extérieure : inquiétudes sur la solvabilité du Cameroun en 2021

Qu’il s’agisse de l’estimation de la Banque Mondiale (666 milliards de FCFA) ou de celle de son gouvernement (591 milliards DE FCFA), le pays peinera à honorer ses engagements vis-à-vis de ses créanciers internationaux l’année prochaine. L’agence Moody’s n’exclut plus une dégradation de sa note souveraine.

Au cours du triennat 2021-2023, les dépenses de l’Etat du Cameroun seront orientées vers trois destinations économiques majeures. Les dépenses courantes (46% du budget), les dépenses d’investissement (29% du budget) et le paiement du service de la dette. Pour cette dernière l’Etat prévoit d’allouer un montant de 1121,4 milliards de FCFA. Cette enveloppe est composée de 591 milliards de FCFA pour la dette extérieure et 530 milliards pour la dette intérieure. L’on est bien au-dessus des 621 milliards de service de la dette prévu pour l’année 2020 après collectif budgétaire. Cependant, ces données du document de programmation économique et budgétaire à moyen terme 2021-2023 sont en léger décalage avec celles dévoilées le 12 octobre dernier par la banque mondiale sur la dette extérieure des pays éligibles à l’Initiative de suspension du service de la dette (Issd). Selon l’institution de Bretton Woods, le Cameroun devrait s’acquitter de 1,2 milliards de dollars (environ 666 milliards de FCFA) auprès de ses bailleurs de fonds au titre de la seule dette extérieure. Un impératif catégorique, même si dans le fonds le pays ne rassure pas. Avec les crises sécuritaires plurielles que traverse le pays auxquels s’est ajoutée la pandémie du coronavirus et ses effets sur l’économie, le déficit budgétaire pourrait davantage se creuser. « La propagation rapide et grandissante de l’épidémie de Coronavirus, la détérioration des perspectives économiques mondiales, la chute des prix du pétrole et les turbulences sur les marchés financiers créent un choc économique et financier grave et étendu » indique l’agence de notation Moody’s. « La dette publique extérieure du pays(le Cameroun, ndlr) a augmenté de manière significative en raison du programme d’investissement public du Cameroun, financé principalement par l’extérieur, exacerbé par sa capacité à générer des revenus inférieurs à la médiane, ce qui pèse sur l’accessibilité à la dette » poursuit-elle.

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Si, au 28 octobre 2020, l’agence de notation américaine maintient à B2 avec une perspective stable, la note souveraine du Cameroun, elle n’exclut pas un risque de dégradation, qui ici serait le fait « d’un important écart par rapport aux objectifs budgétaires ou d’emprunts convenus dans le cadre du programme du FMI, ce qui pourrait accroître les risques de liquidités du gouvernement et indiquer la faiblesse des institutions ». Pour le Cameroun, la conséquence d’un abaissement de sa note souveraine est le resserrement des conditions de financement extérieur.

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Risque de surendettement

Pour honorer ses engagements à l’international tout au long de l’année 2021, l’Etat camerounais entends recourir à l’endettement. Selon le document de programmation économique et budgétaire 2021-2023,  le pays espère mobiliser au cours de cette période 1493,7 milliards de FCFA de financement brut, soit 771,6 milliards de F issus des prêts projets, 242 milliards d’appuis budgétaires (FMI,UE, AFD, BM, BAD), 450 milliards en émissions de titres publics et 30 milliards de FCFA des financement bancaire. Ce qui portera à 4909,2 milliards le total des ressources mobilisés par le pays selon ce document. Pour parvenir à mobiliser ces fonds, le Cameroun  entend exécuter cette politique d’endettement en cohérence avec les autres politiques budgétaires et les orientations des différents programmes en cours.  Ainsi, cours de la période 2021-2023, le Gouvernement poursuivra une politique d’endettement visant à maintenir sa dette publique viable avec un degré de risque de surendettement au plus modéré. Par ailleurs, les cibles visées à la fin de la période (sont notamment, « Un ratio de dette publique et à garantie publique au plus égal à 45% du PIB ; une composition du portefeuille de dette, de 76% de dette extérieure et 24% de dette intérieure ». Une ambition qui en vaut la chandelle même si son risque de réalisation laisse à désirer. Au 30 septembre 2020, l’encours de la dette publique du Cameroun est évalué à 45,8% du PIB ;  légèrement au-dessus de 45% évoqué par le FMI pour déplorer un risque de surendettement du pays. « L’accès accru aux sources de financement concessionnel dans le cadre du programme triennal ont amélioré la dynamique de la dette, le FMI estime que le Cameroun restera vulnérable aux chocs extérieurs » souligne Moody’s. La difficulté du Cameroun à honorer ses engagements avait été reconnue par le ministre camerounais des finances, Louis Paul Motaze, lors de la présentation du budget initial 2020 aux parlementaires. « Le risque de surendettement élevé se justifie par le dépassement, depuis l’année 2018, de deux ratios de service de la dette sur les recettes d’exportations, d’une part et le ratio service de la dette sur les recettes publiques d’autres part. Ce qui indique qu’à partir de 2018 jusqu’en 2026, le trésor public rencontrera d’énorme difficultés pour honorer ses engagements » révélait-il.

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