Alors qu’une mission est actuellement en cours au Gabon dans la perspective d’un nouveau programme économique, le Fonds monétaire international (FMI) vient de rendre publiques, les conclusions de l’évaluation technique réalisée du 5 au 16 mai 2025 à Libreville, première étape d’un projet pluriannuel d’une durée de deux ans. Dans ce rapport qui rend compte « d’une mission d’assistance technique » demandée en juillet 2024 par le ministère gabonais de l’Economie et des Participations, le Fonds met en lumière des « lacunes » significatives, tant dans les outils de prévision que dans les capacités humaines et la qualité des données statistiques disponibles. L’institution de Bretton Woods relève notamment que le dispositif actuel de projection macroéconomique repose essentiellement sur le modèle quasi-comptable « MEGA++ », un instrument jugé insuffisamment adapté aux exigences contemporaines de simulation et d’anticipation des chocs économiques.
Pour le FMI, cet outil présente des limites structurelles : « il exige une quantité importante de données et ne permet pas de simuler les effets des chocs de politique économique ni d’intégrer une analyse des déterminants de la dette ». En d’autres termes, ce pilotage à vue prive l'administration de la capacité de tester la résilience de son budget face aux aléas extérieurs, tels que la fluctuation des cours du pétrole.
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Bien que des solutions alternatives existent, le rapport note qu’elles « souffrent d’un déficit d’appropriation par le personnel ». Cette fragilité est aggravée par une instabilité des ressources humaines. Le personnel est en effet confronté à un « taux de départ élevé » et à une « hétérogénéité des compétences » qui « limitent l’utilisation efficace des modèles, en particulier les plus complexes ».
Une autre faiblesse relevée par le FMI concerne le système de collecte et de gestion de l’information économique. La qualité et l’actualisation des données constituent, selon l’institution, une « contrainte majeure », alors que les comptes nationaux n’ont fait l’objet d’aucune mise à jour depuis 2010. Face à cette situation, un projet de modernisation a été lancé en juin 2024, bénéficiant de l’expertise technique d’AFRITAC Centre et du Département des statistiques du FMI. Toutefois, ce chantier ne devrait livrer ses premiers résultats qu’à la fin de l’année 2025. En attendant cette actualisation, Libreville est contraint d'opérer dans une forme de dépendance informationnelle. « En raison de données manquantes, l’équipe a dû mobiliser celles disponibles dans la base du FMI », précise le rapport.
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Pour lever les contraintes identifiées, le FMI préconise, en plus du renforcement des capacités, une série de réformes structurelles. La première étape consiste à déployer une version progressivement personnalisée de l’outil MFT (Macro-Fiscal Tool). Ce modèle de programmation financière assure la cohérence comptable entre les secteurs réel, budgétaire, extérieur et monétaire, tout en requérant un volume de données relativement modeste, une caractéristique essentielle au regard des lacunes statistiques actuelles. En complément, le Gabon est appelé à déployer l’outil de dynamique de la dette publique (DDT) « afin de permettre une analyse complète de la trajectoire de la dette, de ses déterminants et des scénarios macroéconomiques alternatifs ».
Ce dernier volet apparaît incontournable dans un contexte où le niveau d’endettement du pays fait l’objet d’un vif débat. Pendant que les institutions financières internationales (FMI, BAD, Banque mondiale) estiment souvent un ratio supérieur à 70 % du PIB — dépassant ainsi la norme communautaire de la CEMAC —, les chiffres officiels divergent. En janvier 2025, par exemple, l’ancien ministre des Finances Charles Mba défendait une dette contenue à 54% du PIB en 2024, contre 58% en 2023. Au même moment, l’agence de notation Fitch Ratings pointait un ratio de 67% en 2024, après avoir atteint 71% l'année précédente.
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