Au Cameroun, Nestlé poursuit la distribution de l’eau Perrier comme si de rien n’était. Dans les rayons des supermarchés, les bouteilles vertes s’affichent toujours sous l’étiquette d’« eau minérale naturelle », alors même que le produit est au cœur d’une polémique internationale. Cette persistance interroge, car elle se déroule sous le radar inerte de l’Agence des Normes et de la Qualité (ANOR), institution publique, chargée de garantir la conformité et la sécurité des produits alimentaires mis sur le marché camerounais.
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Aucune communication officielle, aucun contrôle rendu public : l’organisme de régulation n’a, pour l’heure, menée aucune action ouverte (publique), sur la présence de Perrier dans les circuits de distribution. La responsabilité de Nestlé Cameroun, apparaît dès lors en première ligne. La filiale locale du géant suisse Nestlé ne faisant aucune mention non plus, des controverses ni précision sur les traitements qui suscitent débat à l’international.
Des matières fécales à la source
Pourtant, l’affaire trouve son origine à Vergèze, dans le Gard (France), où est implantée l’usine Perrier. Dès 2020, des contaminations bactériennes issues de matières fécales et des résidus de pesticides ont été détectés dans la nappe exploitée par Nestlé. Des problèmes similaires ont été constatés dans les Vosges, sur les sites produisant d’autres marques du groupe comme Contrex ou Vittel. Pour maintenir l’eau potable, Nestlé a eu recours à des traitements au charbon actif et aux filtres UV, sans en informer les consommateurs. Or, ces procédés sont formellement interdits pour une eau portant l’appellation « minérale naturelle ».
Une affaire devant la justice française
En 2024, sous la pression des autorités française, le groupe a reconnu ces pratiques et annoncé une mise en conformité. Mais un rapport sénatorial est venu relancer la polémique : les nouveaux filtres adoptés par Nestlé ne respecteraient pas non plus les normes sanitaires. Près d’un an plus tard, le groupe suisse n’est pas tiré d’affaires. En France, l’association de consommateurs UFC-Que Choisir a saisi la justice pour demander le retrait des bouteilles Perrier du marché.
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À l’audience du tribunal judiciaire de Nanterre mercredi, son avocat, Me Alexis Macchetto, a accusé Nestlé Waters de « fraude sur la qualité de son produit », dénonçant l’utilisation de procédés interdits et l’usurpation de l’appellation « eau minérale naturelle ». L’association réclame le retrait immédiat des produits, leur rappel, et l’interdiction de commercialisation. La décision est attendue le 18 novembre.
Au Cameroun, silence et flambée des prix
Alors que la marque est contestée en Europe, au Cameroun, l’eau Perrier reste disponible et devient même un produit de luxe. Dans les grandes enseignes des métropoles, les prix se sont envolés. La bouteille d’un litre, qui coûtait 1 500 F CFA, frôle désormais les 4 000 F CFA selon les points de vente. De même, le pack de 24 bouteilles de 500 ml dépasse les 41 000 F CFA. Cette inflation soudaine, non justifiée par une pénurie, laisse entrevoir une spéculation des distributeurs, profitant du silence des autorités et de l’absence de contrôle.

