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Edition : Le livre scolaire camerounais enrichi les pays étrangers

Selon l’institut national de la statistique, près de 90% du chiffre d’affaire généré par la filière du manuel scolaire est reversé à l’étranger. Le choix de faire imprimer les livres à l’étranger s’explique surtout par les coûts de production élevés au Cameroun.

Publiée lundi 17 septembre 2018 à 14:59:01Modifiée lundi 17 septembre 2018 à 14:59:01Temps de lecture 5 minPar EcoMatin

manuels livre scolaire
Cette année, 50 éditeurs sont recensés comme concernés par les livres inscrits au programme officiel. Ils étaient plus de 120 en 2017. Business florissant, le secteur occupe une place très importante dans le marché de l’édition. Frénétique à l’occasion des rentrées scolaires, il attire une myriade d’acteurs, allant des éditeurs aux libraires en passant par les distributeurs et les bourses du livre. Son chiffre d’affaires dépasse les 200 milliards de FCFA, selon des estimations. Un juteux marché qui nourrit une âpre bataille entre éditeurs locaux et étrangers. Dans la liste officielle des manuels scolaires inscrits au programme pour l’année scolaire 2018-2019, les éditeurs locaux s’en tirent avec près de 75% du marché. Nettement mieux que les 5% engrangés entre 2015 et 2016, contre 12,7% en 2004-2005, 15% en 1997-1998 et 22,7% en 1994-1995, Selon des statistiques disponibles aux éditions Clé à Yaoundé. Le problème, c’est que la production des 303 manuels scolaires agréés cette année par le Conseil national d’agrément des manuels scolaires et matériel didactique ne se fait pas sur place. Sur instruction du ministre des Finances, Louis Paul Motaze, les bureaux ont été «exceptionnellement ouverts le samedi 18 août», sur toute l’étendue du territoire, dans les principaux secteurs de la douane du pays. Cette mesure, « étendue sur tous les jours éventuellement déclarés fériés du mois d’août courant» visait à « permettre aux importateurs de manuels scolaires de procéder aux opérations de dédouanement de ces ouvrages.» Ainsi, le gouvernement espère « assurer la disponibilité sur le marché national des différents manuels scolaires.»

Programmation

Il apparait ainsi qu’une part non négligeable des manuels scolaires au programme au Cameroun est produite à l’étranger. Mais à quelques jours de la rentrée scolaire, le livre, outil essentiel pour les apprenants et les enseignants, reste rare sur le marché. Selon la programmation, la liste des manuels devait être disponible au plus tard à la fin du mois d’avril 2018. Mais, c’est seulement le 13 juin que celle-ci a été rendue publique. Dans une correspondance au Premier ministre, le 1er juin dernier, le président par intérim de l’Association nationale des éditeurs de livres du Cameroun (Anelcam), Nkwanyuo Eno Ngoh, rappelait que «le respect du délai de publication de la liste des manuels scolaires devait permettre aux éditeurs retenus de pouvoir passer les commandes afin que le marché du livre soit approvisionné dès septembre prochain.» Or, les professionnels de la filière indiquent qu’il faut au moins 60 jours après la publication de la liste officielle pour que les livres produits à l’étranger arrivent au port de Douala. Selon l’enquête camerounaise sur les ménages (Ecam), réalisée en 2001 par l’institut national de la statistique, plus de 90% du chiffre d'affaires généré par le manuel scolaire sortent des frontières nationales pour renflouer les caisses des multinationales basées en Occident. Le Cameroun a ainsi déboursé Près de 80 milliards en 2012 pour les comptes des éditeurs occidentaux contre 45 milliards en 2009. Pour les analystes, le choix de l’impression à l’étranger tient surtout aux coûts de production.
Le Cameroun ne produisant pas de papier, l’importation des intrants nécessaires à la conception du livre se heurte au non-respect de la part de la douane camerounaise des accords de Florence et de leur protocole de Nairobi (1956 et 1976) rédigés par l’Unesco et pourtant ratifiés par le Cameroun.
Ces accords exonèrent de frais de douanes les produits nécessaires à la production du livre. Conséquence : un livre produit localement ne reviendra pas moins cher qu’un ouvrage produit à l’étranger, par exemple.

ENCADRE

Principes régissant la filière du livre, du manuel scolaire et autres matériels didactiques au Cameroun « (…) De la phase d’élaboration à la phase de distribution du livre, du manuel scolaire et autres matériels didactiques : Le principe en matière d’impression, d’édition et de distribution est celui de la libre concurrence. Dans cette optique, le Conseil National d’Agrément des Manuels Scolaires et des Matériels Didactiques devra veiller à ce que les manuels et les livres soient édités par des opérateurs professionnels et fiables. Toutefois, l’Etat peut exceptionnellement et souverainement intervenir dans l’une de ces phases, notamment par le recours aux régies d’imprimerie publique ou la distribution du paquet minimum des livres gratuits. Les rééditions et les mises à jour des livres et manuels scolaires en cours de validité, sont autorisées après approbation du Conseil National d’Agrément des Manuels Scolaires et des Matériels Didactiques, compte dûment tenu de la préservation du droit d’auteur.
De l’utilisation du livre, du manuel scolaire et autres matériels didactiques : La durée de validité du livre ou du manuel scolaire est de six (06) ans. Dans le respect des spécificités de chaque sous-système éducatif, toute discipline inscrite au programme officiel doit être dispensée sur toute l’étendue du territoire national au moyen d’un seul manuel scolaire pour chaque matière. Seul cet ouvrage doit être utilisé par les apprenants pour la matière considérée. Par ailleurs, les pouvoirs publics doivent promouvoir la lecture et l’utilisation du livre et du manuel scolaire, en veillant non seulement à impliquer les Collectivités Territoriales Décentralisées (Bibliothèques Municipales, etc…) mais aussi à favoriser la digitalisation desdits outils didactiques (Bibliothèques Numériques) (…) »
Source : Circulaire N°002/CAB/PM du 23 novembre 2017
[author title="Par Ferdinand Sano" image="http://"][/author]

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