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Politiques Publiques

Elections, constitution, remaniement… : au Cameroun, les enjeux d’une session parlementaire sous haute pression

Au lendemain d’une présidentielle contestée, le Parlement camerounais a ouvert sa première session ordinaire ce 10 mars 2026 sous le signe de l’urgence institutionnelle. Entre la prorogation attendue des mandats législatifs, l’interminable attente de remaniement et le chantier d’une révision constitutionnelle, les élus scrutent la concrétisation des grandes annonces du chef de l’Etat Paul Biya.

Publiée mercredi 11 mars 2026 à 12:37:52Modifiée mercredi 11 mars 2026 à 13:39:39Temps de lecture 6 minPar Marius Zogo

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Au Cameroun, députés et sénateurs ont repris le chemin de l’hémicycle ce mardi 10 mars 2026. À l’Assemblée nationale, les travaux de cette première session ordinaire de l’année législative ont été ouverts par la nouvelle doyenne d’âge, Marlyse Soppo Touté. La session s’inscrit dans un contexte particulier au lendemain d’une élection présidentielle ayant débouché sur une crise post-électorale. Dans ce climat d’incertitude qui a fragilisé le tissu économique et le pouvoir d'achat des ménages, les attentes envers la représentation nationale sont particulièrement fortes. En retour, ces derniers pointent leurs regards auprès du gouvernement et même au Sommet de l’Etat.

Élection des membres du bureau

Le premier enjeu de la session de mars réside sur l’élection des nouveaux membres du bureau à la fois du Sénat et de l’Assemblée nationale. A la tête de la Chambre basse, le mandat renouvelé d’un an du Très honorable Cavaye Yéguié Djibril a expiré. A 86 ans, la potentielle réélection du député RPDC en poste depuis 34 ans, reste un sujet à débat dans les couloirs du Palais des Verres. Mais nul doute qu’issu du parti au pouvoir majoritaire à la représentation nationale, l’homme politique sera renduit au perchoir. De toutes les façons, « pour que ces travaux parlementaires puissent être faits, il faut que le bureau définitif soit constitué parce qu’au regard du nombre de défis, il n’est pas question qu’on perde du temps », confie le député UDC, Koupit Adamou.

Prorogation du mandat

Dans son discours inaugural, la doyenne d’âge de l’Assemblée nationale a officiellement confirmé que « le report de cette double échéance est quasiment acquis ». Cette annonce fait suite à l'adresse à la jeunesse du 10 février dernier, au cours de laquelle le chef de l’État, Paul Biya, avait laissé entendre que le calendrier électoral connaîtrait un « léger réajustement ». La doyenne a toutefois tenu à préciser les mécanismes juridiques distincts nécessaires à cette manœuvre : « si le report des élections municipales obéit à un acte réglementaire, à savoir un décret présidentiel conformément à l’article 170 alinéa 2 du code électoral, pour les législatives, il faut une loi votée par l’Assemblée nationale elle-même, tel qu’exigé par l’article 15 alinéa 4 de la Constitution, notre Loi fondamentale ». Dès lors, au-delà de cet ordre du jour habituel et au regard des délais impartis, « la session qui s’ouvre ce jour devrait être déterminante quant à la procédure de report des élections attendues ».

Modification de la constitution

Sur le terrain des réformes institutionnelles, les députés, tout comme les populations qu’ils représentent, scrutent la concrétisation des promesses présidentielles. À cet égard, Paul Biya est pris au mot suite aux engagements pris le 6 novembre 2025, lors de la prestation de serment de son huitième mandat : « Nous devrons également soumettre au Parlement certaines réformes permettant un fonctionnement plus efficient de l’État, grâce à une adaptation de nos institutions aux exigences de notre environnement », avait-il annoncé.

Pour Cabral Libii, député du PCRN, « plusieurs annonces ont été faites lors du discours de prestation de serment du président de la République et lors du discours à la Jeunesse. Plusieurs d’entre elles nécessitent une modification de la Constitution. Nous attendons ces projets de modification parce que nos populations, elles aussi, continuent d’attendre ». Si l'ancien candidat à l'élection présidentielle reste réservé sur la nature des ajustements, son collègue de l’UDC, Koupit Adamou, se veut beaucoup plus explicite sur les chantiers prioritaires.

Lire aussi : Ce qu’il faut retenir de la session parlementaire de mars 2022

Selon lui, la Loi fondamentale doit évoluer pour garantir un meilleur équilibre institutionnel : « La Constitution doit être modifiée pour sceller la séparation des pouvoirs. En l’état actuel, la concentration de l’essentiel du pouvoir entre les mains du chef de l’État est la source de la mal-gouvernance. La réhabilitation du poste de vice-président s’impose pour résoudre de véritables problèmes dans notre pays ». Il plaide également pour une réforme profonde de la magistrature suprême : « le président est élu pour 7 ans, renouvelables n fois. Ce n’est pas démocratique, ce n’est pas normal. Cela plombe l’efficacité de l’exercice de ce mandat. Il faut que le mandat soit revu à 5 ans, renouvelable une seule fois. »

Pour l’heure, aucun projet de loi portant révision constitutionnelle n'a encore été déposé sur la table du Parlement. Cependant, au sein du parti au pouvoir, on indique avoir pris une part active aux débats qui animent l'opinion et les organes de base sur ces éventuelles mutations. Le député Essomba Bengono assure que « le moment venu, le RDPC apportera assurément sa contribution active à l'aboutissement heureux de tout projet ou de toute proposition de révision de la Constitution, avec en tête le seul intérêt des populations camerounaises, la stabilité des institutions, l'unité nationale, l'intégration nationale et la paix civile ».

Remaniement ministériel

Sur un autre plan, les parlementaires attendent avec impatience la formation d’un nouveau gouvernement que le chef de l’État annonçait, il y a un mois, « pour les prochains jours ». Ce remaniement de l’équipe en place depuis sept ans est d’autant plus scruté que, selon le rapport à mi-parcours de la SND30, très peu de secteurs ont atteint les objectifs fixés pour 2025. Parallèlement, les enjeux économiques domineront les séances de questions orales adressées au gouvernement. L’honorable Koupit Adamou entend notamment demander « pourquoi la vie continue d’être chère et qu’est-ce que le gouvernement fait pour apporter des réponses à ces préoccupations ».

Le député s'inquiète particulièrement du paradoxe rural : « Les denrées produites dans nos champs voient leurs prix chuter, tandis que les produits manufacturés que les populations achètent voient les leurs grimper, ce qui durcit les conditions de vie en zone rurale. Il faut savoir pourquoi et quelles réponses le gouvernement y apporte. » Au-delà de ces urgences sociales, cette session de mars pourrait clore le débat sur le redécoupage administratif, sujet qui alimente les tensions depuis des années. Enfin, des mesures spécifiques sont attendues pour soutenir le secteur privé, alors que le Groupement des entreprises du Cameroun (Gecam) estime à plus de 200 milliards de FCFA les pertes subies par les entreprises en raison de la crise post-électorale.

Lire aussi : Cameroun : les grands enjeux de la session parlementaire de mars

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