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Electricité : après Actis, Globeleq se prépare à vendre ses actifs au Cameroun

Aux prises avec de lourdes créances réclamées à Eneo et l'entrée en service du barrage de Nachtigal, le britannique Globeleq, propriétaire des centrales de Kribi et de Dibamba souhaite vendre ses parts. Cela pourrait constituer une opportunité pour l'Etat camerounais qui a amorcé la nationalisation du secteur à travers la reprise des activités d'Actis.

Publiée dimanche 12 mai 2024 à 19:06:54Modifiée lundi 13 mai 2024 à 15:16:40Temps de lecture 4 minPar EcoMatin

Mike Scholey, CEO de Globeleq

Nouvel avis de gros temps dans le secteur de l’électricité au Cameroun. Après le britannique Actis, actionnaire majoritaire d’Eneo, son compatriote Globeleq est sur le point de céder ses activités de production d’électricité au Cameroun, a appris EcoMatin de bonne source. Interrogé par la presse en marge de sa visite au Cameroun du 9 au 11 avril, Mike Scholey, le CEO de Globeleq a confirmé la volonté de se délester de la totalité ou d’une partie de ses activités dans le pays. Le groupe britannique contrôle deux actifs phares à savoir une centrale thermique au fuel lourd de Dibamba, d’une capacité de production de 88 MW et opérée par Dibamba Power Development Company (DPDC) et une centrale à gaz à Kribi, d’une capacité de production de 216 MW exploitée par Kribi Power Development Compny (KPDC).

Déséquilibre financier du secteur

Ces deux entités vendent leur électricité à Eneo dans le cadre d’un contrat sur 20 ans. Officiellement, Globeleq n’a pas donné les raisons qui pourraient justifier cette volonté de retrait mais selon une source officielle ayant requis l’anonymat, le producteur indépendant d’électricité contrôlé à 70% par le fonds d’investissement britannique British International Investment (BII) déplore un déséquilibre financier criard auquel fait face le secteur de l’électricité et qui perturbe son activité. A fin avril, l’entreprise réclame 100 milliards de Fcfa à Eneo pour non-paiement de l’électricité fournie. De son côté, le concessionnaire met en avant l’insolvabilité de l’Etat et de ses entités comme facteur majeur de sa propre insolvabilité vis-à-vis de ses fournisseurs. Car étant donné que Yaoundé ne paye pas toutes ses factures en amont, Eneo se dit en incapacité de régler ses fournisseurs d’énergie en aval notamment EDC (Electricity Development Corporation), la Sonara, KPDC et DPDC.

« Nous émettons pour environ 7 milliards de Fcfa de factures mensuelles à l’égard des entités publiques (administrations, entreprises publiques, hôpitaux, universités…), mais depuis le début de cette année, nos recouvrements se sont limités à 1,5 milliard de Fcfa en janvier et à 1,8 milliard en février. Le versement hebdomadaire d’un milliard de Fcfa, en guise de paiement partiel des factures de l’Etat central sur lequel les parties s’étaient accordées pour alléger la facture, n’a été effectué qu’une seule fois durant les mois de janvier et février 2024. Et aucun règlement n’a été effectué pour les ordres de virement en instance, qui s’élèvent à 2,9 milliards de Fcfa… », révèle Amine Homman Ludiye, le Directeur Général d’Eneo dans une interview accordée à Investir au Cameroun. Ce dernier réclame d’ailleurs plus de 266 milliards de Fcfa à l’Etat le 31 décembre 2023.

Lire aussi : Electricité : Globeleq remet ses centrales en marche et accorde un sursis à Eneo pour payer sa dette de 117 milliards de FCFA

Une présentation des faits qu’on tente de mitiger au sein de l’exécutif qui, à son tour, accuse Eneo de ne pas faire ruisseler ses paiements de manière efficace entre les différents acteurs du secteur. Yaoundé dit avoir versé 329 milliards de Fcfa entre 2021 et 2023 pour apurer son passif auprès de l’électricien.
C’est dans cette cacophonie qu’en décembre 2023, Globeleq a dû suspendre l’approvisionnement à Eneo pendant plusieurs semaines provoquant de longues coupures d’électricité à travers le pays. C’est le paiement par l’Etat de 30 milliards de Fcfa, représentant une partie de la dette des entreprises publiques, qui a permis à Eneo d’atténuer sa dette vis-à-vis de Globeleq rétablissant ainsi l’approvisionnement. C’est donc dans ce contexte peu rassurant marqué par une guerre des chiffres et la volonté d’Actis de se retirer que son compatriote Globeleq souhaite lui aussi se délester de ses actifs.

L’avènement de Nachtigal

Au-delà du déséquilibre actuel, l’activité de KPDC et DPDC pourrait bien être mise à mal par l’entrée en service du barrage hydroélectrique de Nachtigal (420 MW) dont les 60 premiers mégawatts ont été injectés le 10 mai dernier. Une fois que Nachtigal tournera à plein régime, son exploitation suffira à combler l’énergie fournie par les centrales thermiques et à gaz. De quoi compromettre la rentabilité de l’activité du britannique. Il n’est pas exclu que le Cameroun qui est engagé dans la nationalisation d’Eneo reprenne également ces 2 centrales pour mieux coordonner la distribution de l’électricité dans le pays. La question est sur la table du gouvernement, apprend-on.

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