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Electricité : incertitudes sur le financement du Barrage de Bini à Warak

L’insolvabilité du Cameroun face à une créance due à Eximbank of China, a braqué le partenaire financier chinois du projet de construction de cet ouvrage, Industrial and Commercial Bank of China (ICBC). Conséquence, les travaux sont à l’arrêt depuis bientôt deux ans malgré les supplications et les explications du gouvernement.

Publiée lundi 20 décembre 2021 à 10:03:44Modifiée mardi 21 décembre 2021 à 10:15:43Temps de lecture 3 minPar EcoMatin

Sur le site de construction de l’ouvrage d’une capacité de production de 75 MW devant permettre de suppléer les limites du barrage de Lagdo, les ouvriers chinois et camerounais se tournent les pouces et ne savent plus quand les travaux de l’ouvrage atteindront leur phase de croisière. Depuis 2019, les travaux avancent à pas de tortue. En cause de nombreuses difficultés et surtout, les caprices du partenaire financier chinois quant au déblocage des ressources.

«Le partenaire financier ne se presse pas pour débloquer les fonds devant servir à la construction de l’ouvrage alors que le gouvernement a déjà mobilisé intégralement la somme de 22 milliards de Fcfa pour la mise en vigueur du prêt. L’entreprise Synohydro a déjà préfinancé les travaux à hauteur de 20 milliards de Fcfa et se trouve déjà en difficulté pour continuer à injecter les fonds dans le projet », explique, embarrassé, Gaston Eloundou Essomba, ministre de l’Eau et de l’Energie, au cours d’une visite à Warak le 15 décembre dernier.

En réalité, la banque chinoise Industrial and Commercial Bank of China (ICBC), partenaire financier du projet, s’est inquiétée des défauts de paiements enregistrés par le gouvernement dans le cadre du règlement de certaines créances dues à d’autres établissements de crédits de l’Empire du Milieu. Du coup, comme préalable au déblocage de l’enveloppe de 182 milliards de Fcfa, ICBC a exigé que les autorités camerounaises honorent leurs engagements vis-à-vis de ces créances.

«Le partenaire financier se fait prier pour débloquer les fonds parce qu’il estime que comme nous sommes en défaut de paiement avec une autre institution financière, nous ne rassurons pas ; du coup nous devons d’abord trouver une solution définitive à ces problèmes avec l’autre banque avant qu’ils ne débloquent l’argent qui doit servir à la construction. Mais nous continuons de travailler avec eux en vue de trouver une issue favorable  au financement des travaux du barrage. », poursuit le ministre qui n’a pas caché sa gêne face à ses retards. Traduction : le Cameroun étant insolvable, la banque ICBC, n’entend pas s’engager dans le projet en dépit des garanties et autres assurances que le gouvernement lui fournit tant que les autorités n’apporteront pas la preuve de leur crédibilité.

Le 28 juin 2021, face aux députés, Gaston Eloundou Essomba livrait les péripéties connues par cet ouvrage. En fait, les travaux préparatoires d’installation du chantier et d’ouverture des voies d’accès au site, d’excavation des emprises, réalisés par l’entreprise Sinohydro, ont été bouclés en 2018. Mais, depuis le mois de novembre 2019, ils sont connu un coup d’arrêt en raison de la suspension par ICBC, de l’entrée en vigueur de la convention de financement pour des raisons d’insolvabilité.

«Le motif de cette suspension serait le non-paiement à date de certaines échéances de la dette du Cameroun vis-à-vis de la République Populaire de Chine, le mettant de ce fait en situation de défaut croisé selon la banque», reconnaissait alors le membre du gouvernement qui appelait à l’intervention du Parlement camerounais auprès de leurs homologues chinois pour un déblocage de la situation.  

Le barrage de Bini à Warak constitue une véritable source de préoccupations. En 2019, les Chinois de ICBC avaient exigé le paiement intégral des 13 milliards de Fcfa de frais d’assurances avant tout déblocage. Ensuite, le gouvernement a mis un certain temps à harmoniser les arbitrages relatifs aux imputations fiscales concernant l’entreprise Sinohydro, sans oublier les retards pris dans l’indemnisation des riverains en raison des tensions de trésorerie de l’Etat.

Simon Pierre Mbarga

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