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Elevage d’escargots: une filière porteuse mais négligée

D’après des experts, le secteur de l’élevage des escargots pourrait contribuer de 2 à 5% dans le produit intérieur brut du Cameroun, s’il bénéficiait d’un accompagnement soutenu de l’Etat.

L’héliciculture, filière peu connue du public et la filière ne fait pas courir l’investisseur. Au Cameroun, elle est pratiquée de façon artisanale, et son industrie, embryonnaire et quasi-inexistante. Dans les localités de Souza, Edéa, Melong, Mbanga, Loum, ou Njombe-Penja la pratique de l’élevage des escargots est répandue. Au marché du grand hangar de Bonabéri, Régine Kammogne, habitante de Loum n’éprouve aucune difficulté à écouler ses 3 sacs d’escargots vendus «au kilo» à des commerçants détaillants qui attendaient déjà depuis le petit matin : «j’ai mes clients à qui je vends mes escargots. Ils savent où me retrouver quand j’arrive», indique la femme commerçante d’une quarantaine d’années. «Je vends un seau de 15 litres plein d’escargots à 10.000 francs», ajoute-t-elle. Dans le détail, le commerce de l’escargot semble nourrir également son homme.

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Des petits commerçants du mollusque offrent des brochettes de l’animal à 100 francs ou 200 fcfa selon le vendeur. Rencontré à Bali, un quartier de l’Arrondissement de Douala 1er, le jeune M.D, titulaire d’un probatoire A4, dit «tirer profit en vendant le Kongo meat». Muni d’un seau transparent de 10 litres chargé des brochettes du gastéropode, il arpente marchés, bars, ateliers de menuiseries, et parfois des bureaux pour écouler sa marchandise: «je vends en moyenne deux seaux par jour. Mes bénéfices varient entre 3000 et 5000 fcfa quotidiennement. J’ai parfois des commandes pour des cérémonies. Je gagne encore plus dans ce cas», renseigne M.D sur son activité. Comme Régine Kammogne, M.D déplore le manque d’accompagnement de la filière par les pouvoirs publics.

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Les héliciculteurs camerounais peinent en effet à obtenir des financements pour leurs projets: «je n’ai jamais obtenu un financement pour faire grandir mon élevage d’escargots. J’ai déposé des demandes de financement à la Chambre de commerce, d’agriculture, des pêches et de l’élevage du Littoral, mais ça n’a jamais abouti», se désole M.D. Nous apprendrons de source autorisée que le gouvernement camerounais avait lancé en 2008, le Projet d’appui aux élevages non conventionnels d’un montant de 5,4 milliards de fcfa au profit des éleveurs des oiseaux de type caille, des aulocodiculteurs (éleveurs de hérissons) caviaculteurs (éleveurs de cobayes), ranaculteurs (rats palmistes), cricétoméculteurs (grenouilles géantes), ainsi qu’en faveur des héliciculteurs (éleveurs d’escargots). Projet abandonné d’après un ancien coordonnateur dans la zone du Moungo, malgré quelques success stories enregistrées après quelques années de mise en oeuvre. L’élevage de l’escargot cherche encore par conséquent ses marques dans une économie pourtant diversifiée. D’après Nicole Ndengue, formatrice en héliciculture, «la filière peut contribuer à hauteur de 2 à 5% du produit intérieur brut camerounais, si elle est bien exploitée et encadrée».

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Robert Ngangue: le diplomate qui veut révolutionner l’héliciculture

Le conflictologue c a m e r o u n a i s en service à l’Organisation des Nations Unies (Onu) est le grand artisan de la session de formation en élevage d’escargots, organisée à Douala du 9 au 10 juillet 2020, au profit d’une centaine de jeunes camerounais.

D’abord circonscrit à la jeunesse de Yassa (quartier de Douala lll) et du Canton Bakoko, la session de formation à l’héliciculture a finalement rassemblé la participation des jeunes venus d’origines diverses. Un franc succès, idée de Robert Ngangue, élite de Yassa Canton Bakoko, et diplomate à l’Organisation des Nations Unies (Onu). Le conflictologue camerounais a en effet donner l’opportunité à une centaine de jeunes camerounais d’acquérir des connaissances théoriques et pratiques sur l’élevage des escargots, une discipline économique passée dans les oubliettes par la jeunesse pourtant en quête d’emploi ou d’activités génératrices de revenus. Plusieurs modules marqueront la session de formation organisée en deux jours par l’Arydel, l’Association des ressortissants de Yassa pour le développement local, dont Robert Ngangue est le promoteur.

La phase théorique sera axée sur la culture entrepreneuriale, l’intelligence économique, les races et variétés d’escargots, les avantages et pièges à éviter, l’itinéraire technique, la construction des escargotières, l’hygiène et la santé des escargots, le régime alimentaire, la récolte et l’exploitation, la conservation, le marketing, la vente et la commercialisation des produits. Suivra la phase pratique autour de la visite d’une escargotière. Pour la mise en oeuvre de cette session de formation l’Arydel a bénéficié de l’appui technique et financier du Ministère de l’habitat et du développement urbain (Minhdu), de la Mairie de la ville Douala, de la Commune d’arrondissement de Douala Ill, ainsi que de la Chefferie du Canton supérieure du Canton Bakoko, représenté par Sa Majesté Salomon Madiba Songue, Sénateur du Littoral qui a contribué à hauteur de 500.000 fcfa pour la promotion de l’héliciculture.

Interview

« La bave et les œufs d’escargots se vendent à prix d’or… »

Robert Ngangue, Conflictologue à l’ONU

Le diplomate camerounais, spécialiste des conflits et des crises a apporté quelques éclairages supplémentaires sur ses projets en faveur des jeunes du Cameroun.

Qu’est-ce qui justifie la création de l’Arydel?

 L’Arydel c’est l’acronyme de l’Association des ressortissants de Yassa pour le développement local. Elle émane d’un constat banal. Depuis une décennie le Canton et le village Yassa est déchiré par de grosses divisions. Il y avait la nécessité pour certains d’entre nous, les élites surtout, à transcender ces clivages et divisions afin qu’une fraternité et une solidarité agissantes puissent renaître. Afin de montrer la voie vers le développement local. Ça c’est le fondement de L’Arydel. Ça a été impulsé à Yassa.

Quel était le menu de cette session de formation?

Il s’agit de deux jours de formation. Nous sommes allés visiter une escargotière après avoir reçu des enseignements théoriques. La formation en elle-même visait à former les jeunes initialement du Canton Bakoko. Mais elle a été finalement élargie aux jeunes des autres Régions de la République. L’initiative communautaire a fini par devenir une initiative nationale. Avec des participants venus des Régions du Centre, du Nord-ouest et du Sud-ouest, du Littoral et même de Monatélé pour cet enseignement à l’élevage et à la commercialisation de l’escargot. Les modules portaient sur les techniques d’élevage de l’escargot, l’hygiène, créer une escargotière, les techniques de commercialisation.

Pourquoi avoir porté le choix sur cette filière?

On n’a pas besoin d’un énorme capital pour démarrer l’élevage de l’escargot. Avec 40.000 ou 50.000 fcfa, on peut aisément démarrer une héliciculture.

Peut-on en tirer réellement des bénéfices?

Bien évidemment. Tout se vend sur l’escargot. De la bave à la viande en passant par la coquille y compris les oeufs qui se vendent à des prix d’or. C’est la raison pour laquelle avec nos jeunes qui sont dans une situation critique, on a pensé à leur donner quelque chose dans laquelle ils peuvent s’investir le plus rapidement possible. Le plus important c’est qu’au terme de la formation, il y’a eu une vingtaine de lauréats qui ont reçu chacun une prime de 20.000 fcfa pour démarrer dès demain leur escargotière.

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