À la veille de la célébration de la fête de l’Unité, le président camerounais Paul Biya a signé un décret habilitant son ministre des Finances à contracter un emprunt en devises de 200 milliards FCFA sur les marchés financiers internationaux. Cette opération, prévue avant la fin de l’année, est destiné à « financer les opérations de trésorerie pour l’exercice 2025 », précise le décret présidentiel.
Depuis cette annonce, les équipes du ministère des Finances sont en discussions avec des banques internationales pour mobiliser ce financement, qui présente plusieurs caractéristiques inédites. C’est en effet la première fois que le Cameroun sollicite les marchés internationaux pour des besoins de trésorerie, habituellement couverts par des emprunts de long terme (eurobonds).
Cette fois, il s’agira d’un prêt syndiqué de courte durée, contracté auprès d’un consortium d’investisseurs définis à l’avance. « Ce prêt sera intégralement remboursé avant la fin de l’année. Il n’aura donc pas d’impact sur le niveau d’endettement global du pays », assure une source au ministère des Finances jointe par EcoMatin.
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Ce recours au financement extérieur vise notamment à contourner les difficultés rencontrées sur le marché domestique, où les levées de fonds sont devenues plus complexes. Mais la pertinence de ce choix dépendra du taux de rendement qui sera proposé par les investisseurs.
Contexte difficile, taux élevés
La levée de fonds intervient dans un contexte mondial peu favorable aux pays émergents. La Réserve fédérale américaine a, en effet maintenu ses taux élevés, ce qui rend l’accès au crédit plus coûteux. Le Cameroun dispose néanmoins d’atouts : une dette publique maîtrisée (44,7 % du PIB), un profil d’amortissement peu contraignant à court terme, et un bon historique de paiement, malgré quelques retards ponctuels en 2023. Pourtant, les agences de notation continuent de classer le pays dans une catégorie spéculative. Standard & Poor’s a récemment relevé sa note à B-, évoquant une amélioration de la gestion budgétaire. En mars, le ministre des Finances Louis Paul Motaze avait effectué une tournée stratégique aux États-Unis et au Royaume-Uni question de préparer les investisseurs.
Historique et perspectives
Il s’agira de la quatrième sortie du Cameroun sur le marché international. En juillet 2024, le pays avait levé 550 millions USD sur 8 ans à un taux de 10,75 %, un des plus élevés de la région. À titre de comparaison, la Côte d’Ivoire avait obtenu 6,61 % sur 9 et 13 ans, le Sénégal 7,75 % sur 7 ans, et le Bénin 7,9 % sur 14 ans.
Le Cameroun espère cette fois bénéficier d’un taux plus favorable, en misant sur une maturité très courte. Mais les investisseurs exigeront probablement une prime de risque, en raison des précédents retards de paiement et du niveau de notation.

