Le Cameroun, dans sa stratégie nationale de développement SND30 (2020-2030) envisage de bitumer 6 000 km de routes dont 4 800 km de routes nationales encore en terre. Seulement, 5 ans après le lancement de cette politique, les pouvoirs publics n’ont pas atteint l’objectif intermédiaire, celui de livrer 3 000 km de nouvelles routes bitumées. C’est en tout cas l’essentiel de l'entretien accordé à la CRTV Radio le 2 février 2025 par Emmanuel Nganou Djoumessi, le ministre des Travaux publics (Mintp). « L’objectif intermédiaire qui était de 3 000 km de routes s’agissant des 6 000 km de routes à bitumer à l’horizon 2030, nous sommes à 2 100 km de routes bitumées et 941 km de routes sont en cours de bitumage. Nous sommes donc à 68% de taux de réalisation », a déclaré le membre du gouvernement.µ
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Le pays enregistre à date un taux de réalisation de 35% sur l’objectif de 6000 km fixé à fin 2030. À mi-parcours de l’échéance, il faudrait déjà encore le gap de 15 points avant d’envisager l’accomplissement des 50% restants. Emmanuel Nganou Djoumessi avoue certes le retard consommé jusqu’ici, mais il reste tout de même optimiste. « Je tiens à vous rassurer qu’à cet horizon (2030), nous aurons bitumé les 6 000 km et nous allons le faire même avant. Nous avons enregistré un retard, il faut le reconnaître », a-t-il reconnu.
Incompréhensions
Il convient de remarquer que les chiffres évoqués par le Mintp le 2 février 2025 contrastent avec ceux révélés à Cameroon Tribune un an plutôt. « Au 31 décembre 2023, environ 2 400 km de routes ont été bitumées, soit, 73,46 % d’objectifs réalisés », faisait-il savoir dans les colonnes du quotidien gouvernemental. Bien plus, en début février 2024, le Cameroun totalisait un linéaire de 10 225,58 km de routes bitumées, soit 8,39% du linéaire global estimé à 121 873 km. À en croire Emmanuel Nganou Djoumessi, le Cameroun compte à date 10 549 km de bitumées (8,65%). Or, en faisant la somme, l’on devrait en principe enregistrer 10 671,58 km actuellement puisque 446 km ont été bitumés en 2024 selon le ministre des Travaux publics Emmanuel Nganou Djoumessi.
Ces données ne font pas bonne publicité pour le plan intégré d'import-substitution agropastoral et halieutique (Piisah) sur lequel reposent les espoirs de booster la production sur tous les plans afin de réduire les importations massives des produits agropastoraux pourtant cultivés à l’échelle locale. Le Piisah insiste de ce fait sur le « désenclavement des bassins de production ».
Goulots d’étranglement
Face à cette évolution à pas lent du réseau national bitumé, le ministre des Travaux publics ne manque pas d’arguments pour tenter d'expliquer la situation. L’architecte de l’État revient principalement sur la disponibilité des ressources financières. « Il y a cette question de mise en place des financements qui connaît d’énormes difficultés. Nous subissions les contrecoups, l’impact des crises diverses à travers le monde, qui rallongent les délais de réaction de certains de nos partenaires. Le recyclage de nos ressources dans les projets routiers connaît un effet d’éviction en raison de la crise interne que nous avons et qui voudrait que la mobilisation de ressources tant disponibles, nous ne pouvons pas avancer avec les travaux », a-t-il justifié», citant pour exemple la route Babadjou-Bamenda (Ouest-Nord-Ouest) ou encore Mora-Dabanga-Kousseri (région de l'extrême-Nord) dont les travaux auraient dû s'achever respectivement en 2018 et 2017, mais qui sont toujours en cours d'exécution.

