Le groupe Neptune Oil, un acteur majeur du secteur pétrolier au Cameroun, est aux abois. En cause, une dette de près de 20 milliards de Fcfa que l’entreprise dirigée par Antoine Ndzengue réclame au concessionnaire du service public de l’énergie, Eneo. Cette somme, accumulée au fil des années, correspond à la fourniture de carburant pour le fonctionnement de plusieurs centrales thermiques gérées par de l’entreprise contrôlée par le fonds d’investissement britannique Actis. Ainsi, selon une source proche des milieux pétroliers, le négociant camerounais a décidé de saisir le gouvernement, en l'ocurrence le ministre des Finances Louis Paul Motaze. L’argentier national est appelé à jouer les médiateurs dans ce litige qui prend de l’ampleur, afin de garantir que Neptune Oil reçoive le paiement dû par Eneo.
La réclamation de Neptune Oil s’inscrit dans un cadre financier complexe, marqué par des accords entre l’Etat camerounais et Eneo. « Le gouvernement, pour réduire sa propre dette envers le concessionnaire de l’énergie, a signé des conventions avec Eneo et quelques-uns de ses fournisseurs il y a des années. Selon les conventions entre les parties, les paiements effectués par le Trésor public camerounais transitent tout simplement par les comptes d’Eneo, avant d’être aussitôt mis à la disposition des fournisseurs », explique une source ayant connaissance du dossier.
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Il existe en effet une convention entre l’Etat et Eneo qui consiste pour le gouvernement, à s’endetter auprès du marché monétaire pour apurer une partie de sa dette auprès de la filiale d’Actis. En retour, l’État oblige aussi cette dernière à payer ses fournisseurs. « Selon la convention entre les parties, les paiements du Trésor public camerounais transitent tout simplement par les comptes d’Eneo, avant d’être aussitôt mis à la disposition des fournisseurs », explique une source ayant connaissance du dossier. Ainsi, ce mécanisme avait déjà permis, dès fin 2021, de mobiliser 182 milliards de FCFA sur les marchés bancaire et des titres publics de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac), pour apurer une partie de la dette réclamée par Eneo aux entités publiques.
Cette opération avait notamment permis au concessionnaire du service public de l’électricité d’honorer également ses engagements financiers vis-à-vis de ses fournisseurs. C’est ainsi que Globeleq, un producteur indépendant d’énergie opérant au Cameroun, avait reçu 68 milliards de Fcfa à l’issue de cette mobilisation de fonds, notamment 15 milliards de Fcfa pour sa centrale de Douala (Dpdc) et 53 milliards de Fcfa pour celle de Kribi (Kpdc). Cette démarche réussie pourrait expliquer la raison pour laquelle Neptune Oil semble espérer un traitement similaire pour sa créance.
Une dette lourde pour une entreprise sous pression
Neptune Oil, en tant que fournisseur de carburant pour des centrales thermiques, est directement impacté par le retard de paiement d’Eneo. La dette de 20 milliards de Fcfa reflète la réalité des coûts liés à la fourniture d’énergie dans un pays où la demande énergétique reste largement supérieure à l’offre. Les centrales thermiques, utilisées principalement pour pallier les déficits de production d’énergie hydrique, sont gourmandes en carburant. Un exemple frappant est celui de la région du Nord Cameroun, où des efforts avaient été faits pour renforcer l'offre énergétique vers la fin 2020. A cette période, Eneo avait transféré la centrale thermique d’Ahala (située près de Yaoundé) vers les villes de Garoua et Ngaoundéré, augmentant ainsi la production locale de 20 MW. Or, cette opération a révélé des coûts astronomiques : la production de ces 20 MW nécessitait un budget carburant de 80 millions de Fcfa par jour, soit 2,2 milliards de Fcfa par mois. Combinée avec la centrale de Djamboutou, qui produit également 20 MW, la facture totale du carburant s’élève à 4,4 milliards de Fcfa mensuels.
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Dans un tel contexte, Eneo se retrouve à recourir systématiquement à des traders comme Neptune Oil pour assurer son approvisionnement en carburant. Mais les délais de paiement, souvent allongés, créent une pression financière insoutenable pour ces fournisseurs. En effet, Neptune Oil n’est pas le premier acteur à se heurter aux difficultés de paiement d’Eneo. En novembre 2019, Tradex, un autre trader, avait engagé une action en justice contre le concessionnaire pour recouvrer une dette impayée de 52,7 milliards de Fcfa. La plainte visait à enclencher une procédure de liquidation des biens d’Eneo, un scénario évité de justesse, mais qui montre la gravité des tensions financières entre le distributeur d’énergie et ses fournisseurs. Aujourd’hui, Neptune Oil espère éviter un tel dénouement en obtenant une intervention de l’État. Alors que des discussions sont en cours pour une éventuelle renationalisation d’Eneo, avec le rachat des parts d’Actis (51%).
Pour l’heure, des divergences persistent concernant le montant à proposer au fonds d’investissement britannique pour son retrait de l'actionnariat d'Eneo. Actis demande 125 milliards de Fcfa, un chiffre basé sur une évaluation réalisée par Financia Capital. Mais alors que le Comité interministériel piloté par Louis Paul Motaze table sur un ticket de sortie de 80 milliards de Fcfa après une évaluation réalisée par la filiale française du cabinet d’audit KPMG, à la présidence de la République, des voix militent pour une offre ne dépassant pas les 45 milliards de Fcfa.

