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Environnement : colère des paysans du Sud contre l’exploitation de 60 000 hectares de forêt

Les habitants de Nyete et Campo, dans le département de l’Océan expriment leurs vives inquiétudes concernant la construction d’un complexe agro-industriel de production d’huile de palme qui nécessitera près de 60 0000 hectares de terrain, dans un contexte où des projets similaires non rentables existent déjà dans ces localités.

Publiée vendredi 27 septembre 2019 à 09:59:47Modifiée mardi 23 novembre 2021 à 17:45:43Temps de lecture 3 minPar EcoMatin

La société privée Camvert Sarl veut abattre des arbres sur une superficie de 60 000 hectares de terrain le long des arrondissements de Nyete et Campo. L’ambition est de créer une unité de production d'huile de palme et un complexe agro-industriel de transformation. Sauf que les populations de cette communauté et les Ong de défense de l’environnement sont contre. « Compte tenu du contexte de la zone, dans la mesure où nous avons déjà Socapalm et Hévécam qui sont opérationnels, il n’est pas bon que ce projet puisse prospérer. Étant entendu que ces sociétés n’ont pas fondamentalement changé la vie des populations. Les enjeux agro-environnementaux, de biodiversité et de conservation doivent prendre le dessus », confie Aristide Chacgom, coordonnateur de l’Ong Green Development Advocates (GDA).

Romain Kowe, chef traditionnel d’Ebodje, arrondissement de Campo, n’est pas également à l’aise avec ce projet agro-industriel. « A ce rythme, nous n’aurons plus de terres pour nos fils et petit-fils. Nos activités traditionnelles, la pêche notamment, sont menacées. En tant que peuple de la forêt, il y a des forêts sacrées dans lesquelles nous faisons nos rites qui risquent de disparaître. Certes, ils nous promettent des emplois et des activités alternatives comme l’élevage bovin. Mais, les choses ne seront plus comme avant », martèle cet homme de troisième âge.

Le Cameroun connait un déficit de production en huile de palme. La mise en service d’une unité de production d'huile de palme pourrait participer à réduire  les importations camerounaises estimées à 130 000 tonnes par an. Malheureusement, le projet de Camvert ne trouve pas un écho favorable à Nyeté et Campo. « Pour faire face au déficit en huile de palme, le gouvernement a développé une stratégie qui met l’accent sur les petits producteurs pour approvisionner le marché local. La solution n’est pas l’agro-industriel », rajoute Aristide Chacgom.

Au moment où l’État, à travers le ministère des Forets et de la Faune (Minfof) veut accompagner ce projet, les organisations de la société civile demandent au gouvernement de revenir sur sa décision et d’annuler l’avis public. Dans l’arrondissement d’Adjap, par Niété, le sous-préfet Mbotiji Baliba rapporte que si l’Etat a pensé à ce projet, c’est pour le développement de la localité. Et, conscient de ce que la population a besoin de l’espace vital pour vaquer sereinement à ses activités quotidiennes, « l’État a déjà trouvé des zones de compensation à Yabassi et dans le Moungo. Il faut donc engager une réflexion poussée autour de cet espace vital, même si on est en train de donner des parcelles pour l’agro-industrie. Cette démarche participative permettra d’éviter d’éventuels conflits », indique le sous-préfet.

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