Monsieur le Vice-président, que symbolise votre visite en République centrafricaine à ce moment précis ?
Ma visite en République centrafricaine s’inscrit dans le cadre du Caucus africain 2025, un rendez-vous annuel stratégique pour discuter des solutions de financement des infrastructures résilientes en Afrique. Cet événement, qui rassemble les ministres des Finances et les gouverneurs de banques centrales du continent, offre une plateforme unique pour faire avancer l’agenda du développement.
Dans ce contexte, ma présence à Bangui traduit l’engagement de la SFI à intensifier son action en Afrique, et particulièrement en Afrique centrale — une région stratégique, riche en ressources et en potentiel humain, mais où les besoins en infrastructures, en emplois et en capitaux restent pressants. À l’échelle du continent, combler le déficit infrastructurel nécessitera entre 130 et 170 milliards de dollars par an. Ce n’est qu’en mobilisant massivement le secteur privé que nous pourrons répondre à cette ambition collective.
Ma présence à Bangui traduit l’engagement de la SFI à intensifier son action en Afrique, et particulièrement en Afrique centrale — une région stratégique, riche en ressources et en potentiel humain...
La RCA, en tant que pays hôte de l’édition de 2025, illustre à la fois les défis et les opportunités du continent. Notre ambition est de soutenir ses efforts de transformation en accompagnant des projets concrets dans l’énergie, la finance digitale ou l’agriculture, qui sont autant de leviers pour stimuler l’emploi, renforcer la résilience économique et bâtir une croissance plus inclusive.
Quels sont aujourd’hui les principaux projets ou secteurs soutenus par la SFI en République centrafricaine ? Quels montants d’investissements ont été mobilisés jusqu’ici ?
À l’occasion du Caucus africain 2025, la SFI a renforcé son engagement en République centrafricaine à travers la signature de deux accords de services non financiers avec des partenaires locaux. Le premier, avec le CAPMEA (Centre d’Appui aux Petites et Moyennes Entreprises en Afrique), permettra d’accompagner plus de 150 PME en renforçant leurs capacités techniques, managériales et commerciales, afin de faciliter leur accès aux marchés. Le second, signé avec Sofia Crédit, vise à améliorer l’accès au financement pour les entrepreneurs, en particulier dans les zones peu desservies, grâce à des produits financiers adaptés et à une distribution élargie.

Par ailleurs, la SFI prépare un portefeuille d’investissements stratégiques, pour un montant estimé à près de 100 millions de dollars. Ces projets concerneront principalement les secteurs de l’énergie solaire, des télécommunications et de l’industrie locale. L’objectif est de favoriser la création d’emplois, d’améliorer les services essentiels et de renforcer la résilience économique.
En complément, la SFI collabore avec le ministère des Finances sur un programme de développement des services financiers numériques. Cette initiative vise à renforcer les capacités des institutions financières locales, à étendre les réseaux d’agents en milieu rural, et à promouvoir l’inclusion financière auprès des populations encore non bancarisées.
Dans un pays post-conflit avec de fortes contraintes sécuritaires et institutionnelles, quels sont les critères d’intervention de la SFI et comment adaptez-vous votre approche au contexte local ?
L’investissement privé est souvent perçu comme risqué dans les contextes fragiles. Pourtant, c’est précisément là qu’il peut produire le plus d’impact. Pour la SFI, il ne s’agit pas seulement d’intervenir là où les marchés fonctionnent, mais de contribuer à les faire émerger là où ils sont absents ou fragiles.
Dans ces environnements, notre approche repose sur trois piliers : la prise de risque mesurée, en mobilisant des outils comme les garanties, les financements mixtes ou les prêts en monnaie locale ; l’innovation financière, en soutenant des solutions adaptées aux réalités du terrain ; et surtout la proximité opérationnelle, en travaillant aux côtés des autorités et des acteurs locaux pour bâtir un écosystème plus résilient.
Ce travail s’inscrit dans une démarche intégrée avec les autres institutions du Groupe de la Banque mondiale. Ensemble, nous associons réforme des politiques publiques, mobilisation de capitaux et outils de couverture du risque pour créer un environnement plus propice à l’investissement privé, en particulier dans les pays à faible capacité institutionnelle. En République centrafricaine, nous mettons en œuvre cette stratégie de manière progressive. Nous avons renforcé notre présence locale, engagé un dialogue structuré avec les autorités, et identifié des leviers de croissance dans des secteurs clés comme l’énergie, l’agro-industrie et la finance digitale.
À chaque étape, notre objectif est clair : créer les conditions d’un développement économique inclusif, en soutenant les chaînes de valeur locales et en stimulant la création d’emplois.
Quels sont, selon vous, les freins structurels à l’investissement privé en RCA, et quelles réformes prioritaires recommandez-vous au gouvernement pour améliorer l’environnement des affaires ?
La République centrafricaine dispose d’un potentiel économique réel, notamment dans les secteurs de l’énergie, des infrastructures, de l’agro-industrie et des services financiers. Pour que ce potentiel devienne un moteur de croissance, il est essentiel de créer un environnement des affaires plus prévisible, plus compétitif et mieux connecté aux chaînes de valeur régionales.
À chaque étape, notre objectif est clair : créer les conditions d’un développement économique inclusif, en soutenant les chaînes de valeur locales et en stimulant la création d’emplois.
Cela suppose d’agir sur plusieurs leviers : sécuriser le cadre contractuel et réglementaire, simplifier les procédures administratives et fiscales, et surtout combler les déficits d’infrastructures de base — énergie, transport, connectivité. C’est dans cette dynamique que la RCA a rejoint la deuxième cohorte de Mission 300, une initiative phare du Groupe de la Banque mondiale visant à soutenir des réformes ambitieuses et à structurer des projets d’infrastructure pour élargir l’accès à l’électricité en Afrique.
Un autre levier déterminant réside dans la mise en place d’un cadre clair et incitatif pour les partenariats public-privé (PPP). Ce mécanisme permettra d’orienter le capital privé vers des projets d’envergure, tout en renforçant la capacité de l’État à répondre aux besoins essentiels des populations. Concrètement, la SFI accompagne ces efforts en partageant des diagnostics ciblés, en fournissant un appui technique aux institutions locales, et en mobilisant des solutions de financement adaptées aux réalités du pays.
Dans quels secteurs la CEMAC offre-t-elle, selon vous, les meilleures perspectives pour le secteur privé et les investisseurs internationaux (énergie, agriculture, infrastructures, numérique, etc.) ?
La région CEMAC regorge d’opportunités sous-exploitées qui peuvent devenir des moteurs de croissance durable si elles sont catalysées par des investissements privés structurants. L’énergie, les infrastructures, l’agro-industrie et le numérique figurent parmi les secteurs les plus porteurs, tant en raison de la demande locale croissante que du potentiel régional d’intégration économique.
Dans un contexte où moins de 30 % de la population a accès à l’électricité et où les coûts logistiques freinent les échanges intra-africains, investir dans des infrastructures modernes est une priorité stratégique. Le développement de corridors régionaux, de solutions énergétiques décentralisées et de hubs digitaux peut considérablement renforcer la compétitivité des économies de la sous-région.

L’agriculture, pilier de l’emploi et de la sécurité alimentaire, représente également une filière essentielle à transformer. Avec des investissements ciblés dans les chaînes de valeur locales, la transformation agro-industrielle peut générer des milliers d’emplois, notamment pour les jeunes et les femmes.
LA SFI accompagne déjà cette dynamique dans plusieurs pays de la CEMAC, en mobilisant des capitaux privés via des PPP, des instruments de financement mixtes, et un appui opérationnel aux PME. Notre ambition est d’aider à bâtir un secteur privé plus résilient, inclusif et ancré dans les priorités de développement régionales.
L’accès au financement demeure une contrainte majeure pour les PME dans la sous-région. Comment la SFI entend-elle mieux appuyer ces entreprises, notamment dans les pays fragiles comme la RCA, le Tchad ou la Guinée équatoriale ?
L’accès au financement reste un défi majeur pour les PME de la sous-région, notamment dans des contextes fragiles comme la République centrafricaine, le Tchad et autres. Ces entreprises représentent pourtant plus de 75 % des emplois dans les économies émergentes et sont essentielles à une croissance durable.
La SFI déploie une approche intégrée pour lever ces freins. Nous collaborons avec les banques locales à travers des garanties de portefeuille pour stimuler le crédit tout en réduisant l’exposition au risque. Nous proposons également des financements en monnaie locale. Plus d’un milliard de dollars ont ainsi été mobilisés récemment dans 14 devises africaines, dont le franc CFA, afin de renforcer la résilience des entreprises.
En parallèle, nous investissons dans le renforcement des capacités entrepreneuriales. L’Initiative des Champions Locaux, désormais active en RCA, identifie des PME à fort potentiel et les accompagne avec un appui stratégique et financier. Ce programme a déjà permis de générer 45 millions de dollars d’investissements et de soutenir 16 entreprises dans des pays comme le Niger, le Libéria ou le Burkina Faso.
Nous collaborons avec les banques locales [...] Nous proposons également des financements en monnaie locale. Plus d’un milliard de dollars ont ainsi été mobilisés récemment dans 14 devises africaines, dont le franc CFA
L’inclusion économique des femmes est aussi au cœur de notre action. Le programme "She Wins Africa" accompagne dans plusieurs pays africains plus de 400 start-ups dirigées par des femmes grâce à des formations, du mentorat et un meilleur accès au financement. C’est ainsi que nous contribuons à bâtir un secteur privé plus inclusif et plus dynamique.

