Stéphane Charbit, 40 ans, tend à devenir incontournable lorsque l’Etat du Cameroun se projette sur la scène financière internationale. Le Français conduit en ce moment l’équipe de Rothschild & Co chargée de conseiller le gouvernement pour la cession de 51% du capital de la Commercial Bank Cameroun (CBC) à un partenaire privé. Pour ce faire, il a organisé des séances de présentation de la banque à des investisseurs nigérians et ivoiriens à Paris, du 12 au 18 avril derniers. Rothschild & Co n’en est pas à sa première opération du genre. En 2016, la banque d’affaires internationale avait été désignée par le gouvernement ivoirien pour la privatisation de Versus Bank. Une opération finalement infructueuse dans laquelle on trouvait déjà Stéphane Charbit à la manœuvre.
« Excellent professionnel »
Au Cameroun, il prenait la tête du groupe des conseils financiers lors du deuxième eurobond de 450 milliards de Fcfa en juillet 2021, afin de refinancer celui de 2015. Grâce à EcoMatin, les Camerounais découvraient ce financier travaillant pour Rothschild & Co, une maison dont le fondateur, Nathan Mayer Rothschild, a codifié le marché des obligations internationales il y a un siècle. « C’est un excellent professionnel, ayant une maîtrise parfaite des sujets », reconnaît un financier africain qui l’a pratiqué dans une opération d’importance au cours des dernières années. C’est dire si Stéphane Charbit peut avoir le bras long. Puisque le Cameroun n’est pas le seul Etat du continent où il participe à la structuration des transactions financières ou distille ses conseils éclairés. « Rothschild étant en général conseil des Etats, il interagit forcément au très haut niveau : présidence, premier ministère, ministre des Finances », indique notre source.
Charbit était également de la partie dans l’eurobond de la Côte d’Ivoire du début de l’année, ayant permis au gouvernement d’Alassane Ouattara de mobiliser 2,6 milliards de dollars à travers deux obligations de 09 et 13 ans, servant notamment au refinancement des emprunts internationaux passés. D’Abidjan à Yaoundé, en passant par Conakry ou Cotonou, Stéphane Charbit est un habitué des hautes sphères africaines, depuis que son employeur a décidé il y a une décennie de réinvestir les pays du sud du Sahara, en les considérant comme un relais de croissance. « C’est un fin connaisseur des subtilités locales. Je ne sais d'ailleurs pas comment il fait pour être au courant des "intrigues" locales pour parvenir à naviguer », commente notre financier. Les Etats africains n’ont du moins pas le choix. « Il vaut mieux parler directement à ces gens-là pour pouvoir sécuriser des missions de conseil », ajoute notre interlocuteur.
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Son terrain de chasse ne se limite pas uniquement aux Etats. L’associé-gérant de Rothschild & Co accompagne aussi la Banque de développement des Etats de l’Afrique centrale (Bdeac) en quête d’une première notation de crédit, un sésame qui lui permettrait de lever des financements sur le marché international des capitaux, comme le fait déjà la BOAD, sa consœur ouest-africaine. Cette orientation vers les pays d’Afrique francophone a-t-elle été motivée ou incitée par l’Elysée ? Car, Stéphane Charbit a un temps mis un pied en politique en faisant partie, en 2016, des consultants de la campagne du candidat Emmanuel Macron. En dépit d’un discours de façade sur la fin de la « Françafrique » et ses pratiques, l’influence de Paris, quoique déclinante, n’en est pas moins réelle dans certaines capitales du continent.
« Leader économique de demain »
Celui que l’institut Choiseul rangeait l’année dernière parmi les « leaders économiques de demain » a déjà un parcours forçant l’admiration. Pur produit de l’enseignement supérieur français (La Sorbonne, Sciences Po, l’Ecole supérieure de commerce de Paris) et américain (Harvard), ce polyglotte maîtrisant le français, l’anglais, l’allemand et l’espagnol n’évolue que dans la finance. Après une pige d’une année comme consultant au ministère français de l’Economie, des Finances et de l’Industrie, il passe sept années à la banque d’affaires Lazard, où il a dirigé la direction financière, avant d’atterrir chez Rothschild & Co il y a neuf ans. L’intéressé se reconnaît d’ailleurs comme un « investisseur d'amorçage et membre du conseil d'administration de divers projets de start-up dans les domaines de l'éducation, de l'information et des réseaux sociaux ».
Ce spécialiste de la dette souveraine – il a un temps préparé une thèse de doctorat sur le sujet avant de jeter l’éponge - a un passé long comme un bras avant de plonger dans le chaudron africain. Il est impliqué dans le reprofilage des dettes grecque et ukrainienne en vue du retour de ces pays sur le marché des capitaux. Le gouvernement français et le Trésor américain ont déjà fait appel à ses services, comme des entreprises de l’Oncle Sam, à l’instar du raffineur CITGO pour la restructuration de sa dette et le financement d’une raffinerie. Une raison suffisante pour que Stéphane Charbit se penche un jour sur l’avenir de la Sonara ?

