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Exportation de banane : l’hypothétique renaissance de la CDC

Au bord de la ruine depuis le début de la crise dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, cette agro-industrie tente de retrouver une activité normale. Plus de 6000 tonnes de bananes exportées au 2e semestre 2020.

L’une des entreprises qui paye le lourd tribut de la crise anglophone est la Cameroon Development corporation (CDC). Selon le rapport sur la situation des entreprises publiques et des établissements publics réalisé par la Commission technique de réhabilitation des entreprises du secteur public et parapublic (CTR) pour le compte de l’année 2019 « la situation financière de la CDC est préoccupante ». Selon les données financières de cette entreprises l’on note parmi ses indicateurs de performances une chute drastique du chiffre d’affaires à 4,321 milliards en 2019, contre 25,981 en 2018 ; un résultat net de -17,965 milliards en 2019, contre 506,666 en 2018 ; une trésorerie nette de -1,397 milliard en 2019 contre -5,347 en 2018 ; résultat d’exploitation -16,226 milliards contre -26,465 milliards ; une charge de personnels 15,109 milliards contre 22,633 milliards l’année d’avant ; des capitaux propres de l’ordre de 14,647 milliards de Fcfa en 2019, contre 35,557 milliards en 2018.

Cette contreperformance de l’entreprise s’explique tout simplement par la crise sécuritaire qui sévit dans les deux régions du Nord-Ouest été du Sud-Ouest du pays comme le confirme la CTR « cette contreperformance s’explique notamment par la baisse du niveau d’activités des unités de production (plantations et usines), en raison de l’insécurité persistante dans cette région ». Crise qui avait conduit à un arrêt momentané des activités de la CDC depuis le mois d’août 2018. Les employés étaient sans cesse victime de violence, les plantations se faisaient tout le temps attaquées.

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Une autre mauvaise performance de la CDC est la question de l’endettement de l’entreprise qui continue de faire parler d’elle. « L’endettement ne cesse de croître, en raison des difficultés à générer des ressources pour le règlement de ses fournisseurs et le paiement des taxes et autres contributions. Dans ce contexte, la dette fiscale est passée de FCFA 8 434 062 058 en 2018 à FCFA 10 548 369 130 en 2019, tandis que la dette sociale a connu une augmentation de 56,21% entre 2018 et 2019 pour se situer à FCFA 25 749 570 720 », indique le document. Qui poursuit en disant « en dépit de l’appui de l’Etat en 2019 d’un montant de FCFA 4,9 milliards pour le paiement des salaires, il est à relever que la dette salariale de la CDC est en augmentation et se situe à FCFA 14 509 204 811 au 31 décembre 2019. L’accumulation des arriérés de salaires rend la situation sociale difficile dans un contexte où des instructions ont été données par les pouvoirs publics de ne pas procéder à des licenciements ». L’on peut alors noté dans cette catégorie des dettes financières de l’ordre de 16,618 milliards en 2019, contre 11,420 milliards en 2018 ; des dettes fiscales 10,548 milliards en 2019, contre 8,434 milliards l’année d’avant ; des dettes sociales de 25, 749 milliards contre 16,483 milliards l’année d’avant.

A ces données de la CTR peuvent être greffées celles du Groupement inter-patronal du Cameroun (Gicam), qui avait procédé à une évaluation des conséquences économiques de la crise anglophone sur les activités des entreprises qui se trouvent dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Cette dernière actualisée au mois d’octobre 2019, montrait que la CDC avait un manque à gagner en chiffres d’affaires et donc de recettes d’exportation pour le pays qui se chiffraient à environ 30 milliards de FCFA.

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Face à la détresse de cette entreprise détenue totalement par l’Etat, celui-ci s’est engagé à mettre la CDC sous contrat plan Etat-CDC et a finalisé un plan de restructuration de trois ans devant aller de 2019 à 2021. Mais celui-ci n’a pas pu être exécuté au vu de la situation sécuritaire qui y prévaut. Les objectifs principaux de ce plan étaient alors : l’assainissement de la situation financière de la CDC ; la réhabilitation et l’extension des plantations et des usines, en vue de l’amélioration de la productivité, de la compétitivité et la restauration de l’équilibre d’exploitation ; l’accompagnement pour la recherche des financements externes ; la maîtrise des charges d’exploitation pour les rendre compatibles avec le niveau de l’activité (charges salariales, charges liées à l’acquisition et à l’entretien des véhicules, etc).

La CDC d’antan

Avant son arrêt d’activité, la CDC était considéré comme le plus gros employeur après l’Etat camerounais, et le deuxième plus grand exportateur de banane derrière la PHP (Plantations du haut Penja). Avant la crise, celle-ci affichait un chiffre d’affaires de près de 60 milliards de FCFA avec ses différentes productions que sont l’hévéa, la banane et l’huile. Et des exportations au beau fixe pour le compte de l’année 2016 elle a exporté au total 113 610 tonnes de banane.

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L’espoir de survie de la CDC

Malgré une conjoncture assez défavorable marquée notamment par les crises sanitaire et sécuritaire, des indicateurs de performance pour la plus part négatifs, il reste quand même une lueur d’espoir pour la Cameroon development corporation (CDC). Tout d’abord le plan de reconstruction des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest qui est une des résolutions adoptée lors du Grand dialogue nationale et qui figure dans le Programme de développement national. Le 5 mai 2020, le ministre de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat), Alamine Ousmane Mey et le représentant résident du Programme des Nations Unies pour le développement (Pnud) au Cameroun, Jan Luc Stalon ont signé le document du Programme présidentiel pour la reconstruction et le développement (Pprd) de ces deux régions et l’accord de financement du gouvernement destiné au démarrage dudit programme, qui aura une durée de 2 ans, pour une enveloppe globale de 89,62 milliards de FCFA, et dont le Cameroun a déjà débourser 8,9 milliards, soit 10% de ladite enveloppe.

Les orientations de ce plan prévoient alors dans un premier temps des « sensibilisations intenses des bénéficiaires du plan. Nous allons commencer la réhabilitation des écoles, des centres de santé, des routes, la reconstruction des ponts, la réhabilitation des points d’eau et le rétablissement des lignes d’électricité qui ont été détruites. Nous allons construire quelques marchés mais surtout nous allons mettre un accent sur l’agriculture et à cet effet nous comptons pouvoir mettre à la disposition des bénéficiaires du plan un certain nombre d’intrants agricoles pour leur permettre de ressusciter les champs qui ont été abandonnés», a indiqué Paul Tasong, le coordonnateur du comité du plan présidentiel de reconstruction des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest en mai 2020.

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C’est aussi sur la mise en application du plan de reconstruction des régions anglophones que se fondent les perspectives de la CTR pour cette entreprise presque à l’agonie. « La réalisation effective des actions prévues dans le plan de reconstruction des Régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest permettra d’entrevoir avec sérénité la relance des activités de la CDC. A cet effet, la réalisation d’un diagnostic approfondi de la situation de cette société permettra d’actualiser son plan de restructuration », indique le document du ministère des Finances.

Ensuite nous avons la reprise des exportations, bien qu’elle soit assez timide. C’est depuis le mois de juin 2020 que la CDC a repris ses activités dans ce secteur où elle a jadis occupé la deuxième place. Après un arrêt momentané intervenu au mois d’août 2018. Pour les deux derniers trimestres de l’année 2020, elle a exporté au total 6 168 tonnes de banane, contre les 113 610 tonnes pour le compte de l’année 2016.

Enfin comme dernier point pouvant sortir la CDC de cet impasse est la proposition de relance émisse à l’endroit du gouvernement par le Directeur général de la CDC Franklin Ngoni Njie qui sollicite une assistance de l’Etat de 29 milliards. «7 milliards sont nécessaires dans le secteur de l’hévéa, 14 milliards pour les bananerais, 7 milliards pour les palmeraies. Le reste devrait servir à financer les arriérés de salaires », indiquait-il le 18 janvier 2019, lors d’une conférence de presse.

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