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FCFA : Ce que gagne la France avec la réforme

Selon le Sénat français, la fermeture du compte d’opérations permettra au pays de ne plus dépenser de milliards de FCFA pour la rémunération des avoirs extérieurs nets déposés par la Bceao.

Le 30 septembre dernier, le sénat français approuvait la publication d’un rapport d’information fait au nom de la commission d’informations sur le F CFA. Codirigé par les sénateurs Nathalie Goulet (Union centriste, Orne) et Victorin Lurel (Parti socialiste, Guadeloupe) de 119 pages dont EcoMatin a pu obtenir une copie dresse de manière « décomplexé » la réalité sur le système F CFA qui alimente de plus en plus les débats et où l’émotion fait œuvre de raison. Des débats nourris depuis l’annonce, le 21 décembre dernier à Abidjan, de la réforme du F CFA au sein de l’Union économique et monétaire ouest africaine (Uemoa). Réforme qui porte sur le changement du nom de la monnaie de franc CFA, en « eco » ; la fin de la centralisation des réserves de change de la BCEAO auprès du Trésor français et donc la fermeture du compte d’opérations et le retrait de la France des instances de gouvernance dans lesquelles elle était présente, c’est-à-dire le conseil d’administration et le comité de politique monétaire de la Bceao, ainsi que la commission bancaire de l’Uemoa.

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Les rapporteurs relèvent que ces changements s’attachent avant tout à mettre fin aux aspects qui se sont avérés les plus critiqués : le nom, hérité de la colonisation, la présence française, source de toutes les rumeurs sur une « ingérence française », la fin de la centralisation des réserves de change, accusée de servir de « caisse secrète » à la France.

Cependant, révèle le rapport, « la France a déjà perdu, sur le francs CFA, la bataille de l’image ». C’est en tout cas ce qui explique les formulations au sein de l’opinion publique africaine qui ne perçoivent en ces réformes que des changements cosmétiques car faut-il le rappeler la réforme n’intègre pas la parité fixe avec l’euro et la garantie de convertibilité. « Les autorités et les institutions françaises doivent encore améliorer leur communication, au risque que le message de la réforme ne se dilue dans un contexte plus général de revendications à l’encontre de la France » peut-on lire.

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Autre point d’achoppement, c’est la conséquence de cette réforme sur les engagements français. D’après les rapporteurs, la fermeture du compte d’opérations entraine avec elle la fin des conditions avantageuses de rémunération pour les avoirs extérieurs nets déposés par la Bceao auprès du Trésor au titre de l’obligation de centralisation de 50 % de ses réserves de change. « La France a versé 40,6 et 40,4 millions d’euros à la Bceao en 2018 et en 2019 au titre de la rémunération de ses avoirs extérieurs nets » indique le rapport.

A cela s’ajoute le maintien de la garantie de convertibilité appréhendée ici comme un risque. « Pourquoi, alors, maintenir cette garantie, en l’absence de sa contrepartie historique ? » s’interrogent-ils. Comme cela a été expliqué aux rapporteurs par les représentants de la Banque de France et du Trésor français, il ne s’agissait pas « d’abandonner » les pays de l’Umoa ou d’accompagner une réforme qui, sans le maintien de cette garantie, risquait de mener à une instabilité pour ces pays.

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La Cemac réfléchit toujours…

Quels seront les échos et les impacts de la réforme du francs CFA des États de l’Uemoa sur les États de la Cemac? La question, relève le rapport était au centre des échanges en commissions. Le 22 novembre 2019, lors d’un sommet extraordinaire à Yaoundé (Cameroun), et quelques semaines avant l’annonce officielle de la réforme du FCFA de l’Uemoa, les six pays de la Cemac ont décidé d’« engager une réflexion approfondie sur les conditions et le cadre d’une nouvelle coopération avec la France.

À cet effet, ils ont chargé la Commission de la Cemac et la Beac de proposer, dans des délais raisonnables, un schéma approprié, conduisant à l’évolution de la monnaie commune ».

A en croire le gouverneur de la Beac, la réforme envisagée au sein de la Cemac ne devrait pas prendre la forme de celle qui pourrait s’opérer en zone Uemoa. « La Cemac a très clairement réaffirmé son attachement à la parité fixe avec l’euro et à la garantie de convertibilité » indique le rapport du sénat français. Cette situation tient de ce que la fin de la garantie pourrait entrainer une « dévaluation brutale », source de perturbations.

Comme propositions pour accompagner la Cemac vers cette réforme, les rapporteurs proposent que la France non seulement d’accompagner la sous-région dans cette dynamique, mais aussi et surtout engager une réflexion sur les bénéfices économiques que pourrait apporter un découplage des taux de parité du francs CFA d’Afrique de l’Ouest et du francs CFA d’Afrique centrale avec l’euro. Car ces deux monnaies ne sont pas librement convertibles entre elles mais leur parité est identique, alors même que les caractéristiques économiques de ces deux zones monétaires sont différentes.

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