Le groupe indien Jindal Steel & Power, filiale du groupe Naveen Jindal, envisage l’acquisition de la division sidérurgique de Thyssenkrupp Steel Europe, premier producteur d’acier d’Allemagne, dans une démarche qui intègre désormais explicitement ses actifs miniers camerounais. Cette opération vise entre autres, à sécuriser l’accès du minerai de fer extrait du gisement de Ngovayang au marché européen, en particulier face aux contraintes imposées par le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM) que l’Union européenne déploiera pleinement en 2026. « la mise en œuvre complète de la taxe carbone européenne aux frontières en 2026 a fait passer le calendrier de “un jour” à “maintenant” », souligne Eunsoo (Pratham) Cha, analyste du marché indien de l’acier, confirmant que la stratégie européenne du groupe repose autant sur ses ressources africaines.
Lors de l’ouverture des discussions en septembre 2025, le projet camerounais n’était pas officiellement associé au rachat. Il apparaît désormais comme une composante industrielle du montage : en devenant producteur d’acier au sein de l’Union européenne, Jindal pourrait transformer localement un minerai extrait hors UE tout en neutralisant les mécanismes d’ajustement carbone aux frontières. L’opération, estimée à près de 4 milliards d’euros, porterait la capacité annuelle du groupe à environ 23 millions de tonnes et lui permettrait de bénéficier de programmes publics allemands de décarbonation. « L’objectif est de transformer Thyssenkrupp en un producteur intégré d’acier bas carbone », avait indiqué Narendra Misra, directeur des opérations européennes du groupe en septembre.
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Au Cameroun, sa filiale Cameroon Mining Action SA (Camina) détient le permis d’exploitation du gisement de Ngovayang, dans la région du Sud, dont les ressources dépassent 800 millions de tonnes, dont près de 300 millions de tonnes de minerai à 35 % de teneur en fer. Le projet prévoit à terme une production annuelle pouvant atteindre 7,2 millions de tonnes de magnétite après construction de l’usine de traitement confiée en 2025 au groupe d’ingénierie Wood basé a Abu-Dhabi. Aucune production industrielle ni cargaison commerciale n’a encore été annoncée à ce jour, l’accès à une capacité sidérurgique européenne constituant désormais un débouché structurant pour la viabilité économique du projet.
Rappelons que Thyssenkrupp Steel Europe, qui a réalisé environ 10,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024, a reçu en septembre 2025 une offre non contraignante du groupe Jindal. Contrairement aux acquisitions sidérurgiques indiennes des années 2000 centrées sur les marques et les volumes, la logique actuelle repose sur l’intégration amont-aval : sécuriser l’approvisionnement minier, transformer en Europe et répondre aux contraintes carbone, précise l’analyste. Pour le Cameroun, l’aboutissement du rachat renforcerait les perspectives d’exportation du minerai de Ngovayang et pourrait soutenir à terme la contribution encore marginale du secteur extractif au PIB.
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