Le 18 juin dernier à Yaoundé, le gouvernement camerounais a validé un plan de développement de la filière laitière d'un montant de 305,7 milliards de Fcfa (environ 465 millions d'euros) sur la période 2024-2035. Le document stratégique élaboré par un cabinet indépendant, a été confié au ministre de l’Elevage, des pêches et des industries animales (Minepia), Dr Taïga. Selon les autorités, ce plan ambitieux vise à booster la production laitière nationale et à réduire la dépendance du pays aux importations de produits laitiers. « Le plan national pour le développement de la filière laitière vise à augmenter la production du lait de façon significative non seulement pour pouvoir fournir du lait aux populations mais également pour nous éviter de sortir des devises importantes pour les importations », a martelé le consultant Dr Albert Douffissa, coordonnateur des études de ce plan.
En effet, d’après le gouvernement, malgré que le secteur laitier camerounais connaisse une croissance prometteuse ces dernières années, avec une production annuelle estimée à 343,9 milliers de tonnes en 2022, l’offre nationale reste déficitaire de 120 000 tonnes de lait par an par rapport à la demande, actuellement évaluée à près de 500 000 tonnes. D’après une note annuelle de production EPIA, 2018 et 2019 ; SDSR-PNIA 2020-2030 du Minepia, la demande en produits laitiers au Cameroun « est sans cesse évolutive au Cameroun et se chiffrerait à 630 000 tonnes en 2025. Elle est entraînée par un taux de croissance de la population estimé à 2,6% et une consommation moyenne de lait de 23,5 Kg/Hab/an ». Cette tendance a par exemple obligé le pays à importer 495 vaches de hautes performances en provenance de la France en 2023 dans le cadre du projet de développement de l’élevage (Prodel), financé par la Banque Mondiale à hauteur de 134,15 millions de dollars soit environ 78,4 milliards Fcfa sur une durée de 6 ans.
Selon le récent rapport de l’Institut nationale de la statistique (INS) sur le commerce extérieur du Cameroun, 20 596,1 tonnes de lait et dérivés ont été importées pour une enveloppe de 40,6 milliards de Fcfa et 17 217,9 tonnes de lait en poudre ou concentré pour 35 milliards de Fcfa par les industriels, au cours de l’année 2023 afin de combler le déficit de la production nationale. Quoique les quantités n’ont pas connu une hausse considérable au cours de cette année, on enregistre tout de même un relèvement de 2,1 milliards de Fcfa sur l’enveloppe des importations de lait brut et dérivés en glissement annuel (+0,8%). De même, les statistiques douanières du Cameroun indiquent que 89,6 mille tonnes de lait et produits laitiers ont été importés entre 2018 et 2022 pour une valeur de 152,6 milliards de Fcfa. « On observe une tendance à l’inflation du prix du lait sur le marché international à partir de 2020 », précisent-elles.
Un plan d'action complet pour une filière laitière performante
En détail, le plan de développement de la filière laitière camerounaise s'articule autour de six axes majeurs à savoir : le programme génétique ; alimentation, logement et santé ; valorisation du lait ; recherche et développement et enfin le programme gouvernance. Etalé sur une période de 11 ans (2024-2035), ce dernier a pour objectifs de porter la production nationale en produits laitiers à 1 146 600 tonnes en 2035. A travers ce plan, le gouvernement envisage de réduire considérablement les importations des produits laitiers dans le pays. Il est également envisagé la souveraineté alimentaire ; l’économie des devises ; la hausse de la consommation du lait ; la conquête des marchés sous régionaux, l'amélioration de la santé des populations ; ou encore l’amélioration des revenus des acteurs de la filière.
Rappelons que ce plan intervient dans un contexte où le gouvernement entame l’implémentation du Plan Intégré d’Import-Substitution (PIISAH) déroulé sur le triennat 2024-2026 et produit par le ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire (Minepat). Pour relever la production de lait dans le cadre de ce plan, il est prévu entre autres l’acquisition de 2000 génisses gestantes à haute performance laitière en appui au renforcement et à la mise en place des fermes laitières à vocation commerciale, des campagnes de vaccination et détection rapide des pathologies affectant les vaches laitières, etc.

