Lors de la cérémonie marquant la rentrée économique du patronat, le 18 septembre à Douala, le président du Groupement des entreprises du Cameroun (Gecam), Célestin Tawamba, dressant la situation économique du pays à mi-parcours de l’année 2024, a déclaré que les politiques monétaires restrictives menées par la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac) pour réduire l’inflation « auraient accru les difficultés d’accès au crédit des entreprises ». « Pour faire face à l’inflation qui a atteint 7,4% en 2023, la Beac a renforcé la politique monétaire d’austérité qu’elle mène depuis 2021 et qui est articulée autour de : la suspension des opérations d’injection de liquidité dans les banques ; l’intensification des opérations de reprises de liquidité ; les émissions de bons avec pour objectif de retirer de la liquidité dans les circuits bancaires ; ou encore les relèvements progressifs des taux directeurs », a ajouté le patrons des patrons camerounais.
Le gouverneur de la banque centrale commune aux 6 pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) désapprouve ces propos qui n’ont pas été étayés par le Gecam. Interpellé sur la question lors de la conférence de presse à l’issue de la troisième session ordinaire du Comité de politique monétaire de la Beac, le 23 septembre, Yvon Sana Bangui a indiqué que la déclaration de Célestin Tawamba était dénuée de vérité. « Les banques commerciales n’ont pas de difficultés majeures pour accéder au refinancement au niveau de la banque centrale. Ce sont plutôt les entreprises qui éprouvent des difficultés d’accès au crédit, auprès des banques commerciales », a-t-il commenté. Il explique par ailleurs que « pour toute demande de crédit portée par les banques commerciales, en plus des instruments de politique monétaire, nous disposons d’un guichet de refinancement ».
Lire aussi : Patronat : Célestin Tawamba candidat à la tête du Gecam
En clair, pour la Beac, le durcissement des conditions financières auquel les entreprises camerounaises font face et qui est loin d’être un problème conjoncturel n’est pas directement lié à la politique monétaire mises en place pour juguler l’inflation d’origine monétaire. Il faudrait sans doute aller chercher les causes des difficultés d’accès au crédit des agents économiques dans les faiblesses structurelles du système bancaire, en général. La note sur la situation des établissements de crédit produite par le comité national économique et financier signale, par exemple, une forte augmentation du taux de créances brutes en souffrance au 31 décembre 2023, avec tout ce que cela peut constituer comme risques sur les provisions des banques. Ces créances brutes en souffrance sont de 51,6 % à la Banque camerounaise des Pme BC-PME, 38,4 % à la BICEC, 14,8 % à la Société générale Cameroun, 13,5 % à Ecobank, 13,5 % chez Banque Atlantique Cameroun, 13,3 % chez SCB, 13,3 % à NFC-Bank, 12,1 % chez Afriland First Bank, 11,9 % chez UBA, 6,3 % à la CBC, 5,7 % chez CCA-Bank, 5,2 % chez BGFIBank, 2,8 % à Bange Bank, 0,8 % à Citibank, 0,1 % à UBC et 0,1 % à Standard Chartered Bank.
Le rapport 2023 de l’institut d’émission, publié en août, étaie davantage les propos du gouverneur, dans un contexte marqué par une forte hausse des besoins de refinancement des banques commerciales en activités au sein de la Cemac. Celui-ci renseigne qu’au 31 décembre 2023, la moyenne mensuelle des avances octroyées par la Beac au système bancaire sous-régional, toutes opérations confondues, s’est accrue à 924,8 milliards Fcfa, contre 529,3 milliards Fcfa un an plus tôt. Le document explique cette situation, notamment, par l’augmentation de la demande des établissements de crédit admis au compartiment des interventions de la banque centrale, y compris sur le guichet spécial de refinancement.
Le volume moyen des avances au titre de la facilité de prêt marginal, par exemple, est passé de 423,6 milliards Fcfa en décembre 2022 à 793,7 milliards Fcfa à la même période l’année d’après. « Cet accroissement a été soutenu d’une part par la hausse des besoins de liquidités des établissements de crédit non couverts par l’OPIL [entendez opération principale d’injection de liquidité, NDLR] et, d’autre part, par la forte demande émanant des banques en situation de dépendance au refinancement de la banque centrale », souligne la Beac. Au cours du mois de décembre 2023, précise-t-elle, ces concours ont bénéficié principalement à des banques implantées au Cameroun (40,9 %), au Gabon (34,3 %) et au Tchad (18,7 %).

