Le budget de l’État camerounais pour l’année 2026 affiche une ambition sans précédent. Pour équilibrer l’exercice et couvrir les charges non couvertes par les recettes domestiques, l’État prévoit un besoin global de financement de 3 104,2 milliards de FCFA. Cette enveloppe comprend l’amortissement de la dette intérieure et extérieure à hauteur de 1 870,6 milliards (1 021,6 milliards pour la dette interne et 849 milliards pour l’extérieure), un déficit budgétaire de 631 milliards, le paiement des arriérés pour 498,8 milliards et les remboursements de crédits TVA et sorties nettes de trésorerie à 84 milliards. L’ampleur de ces chiffres souligne le rôle déterminant de la dette dans l’équation budgétaire de l’année.
Une stratégie de financement diversifiée et structurée
Pour couvrir ce besoin, le gouvernement a mis en place un schéma de financement combinant plusieurs sources. Les appuis budgétaires des partenaires multilatéraux devraient apporter 246,6 milliards FCFA, tandis que les tirages sur prêts-projets sont prévus à 826,7 milliards. Les émissions de titres publics devraient mobiliser 400 milliards sur le marché sous-régional. Par ailleurs, 1 000 milliards de FCFA sont attendus d’autres emprunts extérieurs, complétés par 167 milliards de financements exceptionnels et 84 milliards via le mécanisme du compte séquestre TVA. Cette combinaison vise à équilibrer les sources de financement tout en limitant la dépendance à une seule catégorie d’instruments.
Succès de l’émission obligataire de janvier 2026
Dans le cadre de cette stratégie, le Cameroun a procédé le 30 janvier 2026 à Londres à une émission obligataire privée de 750 millions de dollars, arrangée par Citi, J.P. Morgan et Cygnum Capital. « Cette opération a rencontré un vif succès, avec un livre d'ordres atteignant près de 1000 millions de dollars, ce qui témoigne d'une sursouscription significative et de la confiance renouvelée des investisseurs dans la qualité de la signature de l'État », s’est réjoui le ministre des Finances, lors d’un gala le 19 février à Douala. Selon Louis Paul Motaze, la décision de sortir sur le marché en début d'année répondait à une logique économique claire : apurer les restes à payer, structurellement pénalisants pour la croissance, relancer l’exécution des projets prioritaires et de sécuriser la fluidité de la dépense publique, tout en libérant des marges de trésorerie pour de nouveaux investissements productifs. Certains investisseurs, n’ayant pu être servis, se tiennent d’ailleurs prêts à souscrire à des conditions compétitives dans le cadre d’un éventuel abondement.
Pour le reliquat de 585 milliards FCFA à mobiliser sur les marchés internationaux, des discussions sont en cours avec la Banque Africaine de Développement et African Trade & Investment Development Insurance (ATIDI) afin de mettre en place un mécanisme de rehaussement de crédit, susceptible d’optimiser le coût des ressources. Sur le marché domestique, la moitié de l’enveloppe (200 milliards FCFA) pourrait être levée via syndication, tandis qu’une émission obligataire publique, comprise entre 100 et 150 milliards FCFA, pourrait compléter cette mobilisation selon les conditions de liquidité et l’appétit des investisseurs. Parallèlement, le prêt direct de 250 milliards FCFA auprès des banques sera structuré pour répondre aux besoins spécifiques des projets inscrits dans la loi de finances. « Selon les projections actuelles, nous envisageons de mobiliser l'essentiel de nos ressources dès le premier semestre 2025, afin d'accélérer l'exécution des nombreux projets inscrits dans la Loi de finances », soutient Louis Paul Motaze.
Projets prioritaires
Bien que la liste officielle des projets prioritaires ne soit pas encore publiée, l'enjeu reste tout de même celui de dynamiser une croissance stagnant à peine à 4%, via des infrastructures génératrices de revenus. Dans le secteur énergétique, par exemple, l'urgence est de combler l'écart entre la capacité actuelle (2 300 MW) et l'objectif de 5 000 MW d'ici 2030, alors que le financement de 400 milliards FCFA pour le redressement du secteur reste à boucler. Dans les transports, les attentes se cristallisent sur le lancement de la phase 2 de l'autoroute Yaoundé-Douala (plus de 1 000 milliards FCFA), l'expansion de la zone logistique du port de Kribi pour en faire un hub de transbordement, et la réhabilitation stratégique du chemin de fer Douala-Ngaoundéré pour optimiser l'évacuation des produits agricoles et miniers. Pour ce qui est des mines, l’exploitation du Fer de Kribi-Lobe et de Mbalam interpelle. Bien que portés par des partenaires privés, l'État doit financer ses parts d'actifs et les infrastructures connexes (chemins de fer miniers, terminaux minéraliers).
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Au-delà de la simple mobilisation de ressources, le gouvernement cherche à renforcer la soutenabilité et la crédibilité macro-budgétaire. La loi de finances habilite le ministre à procéder à des remboursements anticipés et recours à des instruments de couverture contre les risques financiers, afin d’optimiser le coût de la dette et sécuriser les marges de trésorerie. Le ministre souligne également l’importance de mobiliser l’épargne de la diaspora et de développer des obligations thématiques — vertes, sociales et durables — pour attirer des investisseurs sensibles à l’impact et à la qualité des projets. Chaque obligation acquise est ainsi une contribution directe à la construction d’infrastructures routières, énergétiques, scolaires et sanitaires, consolidant durablement la souveraineté financière du Cameroun.

