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Banques et Finance

Financement: la Beac soutient Camtel et Bocom à hauteur de 72 milliards de FCFA

A travers le guichet spécial de refinancement, un mécanisme existant depuis les années 80, mais peu utilisé, a BEAC s’invite directement dans le financement de l’économie camerounaise. Preuve de sa méconnaissance, seuls le Cameroun et le Congo essaient de tirer avantage de cet instrument.

Publiée jeudi 15 janvier 2026 à 19:06:50Modifiée jeudi 15 janvier 2026 à 19:06:52Temps de lecture 5 minPar Simon Pierre Mbarga

Yvon Sana Bangui, Gouverneur de la BEAC

Une enveloppe de 72,5 milliards de FCFA pour soutenir le développement de deux projets économiques d’envergure au Cameroun. Tel en a décidé, il y a quelques semaines, le comité de politique monétaire (CPM) de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC), à travers le guichet spécial de refinancement, appellation depuis 2018 de l’ancien guichet B.

L’un des bénéficiaires n’est autre que G-Stones, appartenant à Dieudonné Bougne, qui hérite de 41,2 milliards de FCFA. La filiale minière du groupe Bougne Compagnie (Bocom), qui conduit le projet d’exploitation de la mine de fer de Bipindi Grand-Zambi, évaluée à 33,3 milliards de dollars, pour une production annuelle de 1,3 million de tonnes, obtient cette facilité de la banque centrale après avoir sollicité un prêt de 76,8 milliards de FCFA auprès d’un pool bancaire mené par Afriland First Bank. Dans les deux cas, les prêts s’étalent sur 7 ans, sans différé, et sont rémunérés au taux directeur (taux d’intérêt des appels d’offres - TIAO).

Lire aussi : Climat : la BEAC transforme son Guichet B en Guichet Vert pour financer la transition durable

Crédit à la banque commerciale

L’opérateur historique des télécommunications Camtel a quant à lui saisi un pool ayant la Commercial Bank Cameroun (CBC) pour chef de file, pour bénéficier d’un prêt de 52 milliards de FCFA pour développer et déployer les réseaux 2G, 3G et 4G. L’objectif étant de couvrir les capitales régionales et départementales, ainsi que les universités et grandes écoles. Le guichet spécial de refinancement y contribuera à hauteur de 31,3 milliards de FCFA, soit 60% du montant de l’emprunt.

Ce taux représente le maximum pour chaque projet de ce qu’apporte ce mécanisme de financement destiné à appuyer des investissements productifs au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Une contribution directe de la banque centrale au financement de l’économie, à travers un crédit octroyé à la banque commerciale demandeuse.  Connu depuis les années 80 sous le nom de guichet B, cet instrument est resté peu connu pendant des décennies. S’agissant des 40% restants, les banques commerciales prêteuses, qui se chargent d’introduire le dossier auprès de l’institut d’émission, accordant la moitié du montant total du projet sous forme de crédit, tandis que le promoteur se charge de trouver le reliquat de comme apport personnel.

Comme c’est le cas des dossiers Camtel et G-Stones, les sollicitations au-dessus de 20 milliards de FCFA sont du ressort d’approbation du CPM. Le gouverneur de la BEAC peut accéder aux demandes de crédit comprises entre 15 et 20 milliards de FCFA, alors que les directeurs nationaux des pays membres (Cameroun, Gabon, Congo, RCA, Guinée équatoriale et Tchad) ont la faculté d’autoriser 4,5 milliards de FCFA trimestriellement, en raison de 1,5 milliard de FCFA maximum par projet.

Lire aussi : CEMAC : la BEAC réduit ses injections à 700 milliards FCFA après une demande bancaire en forte baisse

Besoin de vulgarisation

Preuve de sa méconnaissance, seuls le Cameroun et le Congo essaient de tirer avantage de cet instrument. L’enveloppe du premier pays est passée de 4,6 milliards à 152 milliards de FCFA entre 2019 et 2025, alors que des dossiers d’un encours de 156 milliards FCFA sont en cours de traitement. Le second pays s’en sort avec 240 milliards FCFA depuis 2021, à la seule différence que la part de la Banque de développement des Etats de l’Afrique centrale (BDEAC), dont le siège se trouve à Brazzaville, s’élève à 136 milliards FCFA.

Un mécanisme appelé à connaître un nouvel essor sous le mandat de l’actuel gouverneur qui a mis en place un comité de travail appelé à fournir des pistes pour le booster, notamment en revoyant les conditions d’éligibilité et d’accès. Pour Yvon Sana Bangui, le guichet spécial de refinancement peut contribuer à résorber l’épineux problème de l’érosion des réserves de change, en finançant des projets d’import-substitution. C’est par exemple le cas de la réhabilitation de la raffinerie de la Sonara qui contribuerait grandement à freiner la sortie des devises pour l’achat des produits pétroliers finis sur le marché international. A condition que ce mécanisme fasse l’objet d’une vulgarisation auprès des opérateurs économiques. Même si certaines voix s’élèvent d’ores et déjà pour indiquer que ce type de financement ne figure pas dans le cœur de métier d’une banque centrale…

Lire aussi : Cameroun : pourquoi le budget de la réhabilitation de la Sonara a été porté à 300 milliards FCFA

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