Banques et Finances

Financement : l’Etat compte gonfler sa dette de 3307 milliards d’ici 2021

La projection au 31 décembre 2018, fait ressortir un encours de la dette publique et à garantie publique (hors Restes à Payer /arriérés intérieurs et remboursements des crédits TVA) de 7 131 milliards de FCFA (33,5% du PIB).

Le Comité national de la dette publique vient de publier la stratégie d’endettement du Cameroun pour la période 2019-2021. Selon cette stratégie, le Cameroun vise à terme un portefeuille global de 79% de dette extérieure et 21% de dette intérieure, partant d’une composition à fin 2018 estimée à 76,9% de dette extérieure et 23,1% de dette intérieure. Le besoin d’endettement de l’Etat y compris les appuis budgétaires (354 milliards de FCFA) pour le triennat 2019 –2021, est estimé à environ 3 307 milliards de FCFA sur le triennat, dont 1 260 milliards de FCFA en 2019.

Le besoin d’endettement 2019 sera comblé par la mobilisation effective de 74,2% de dette extérieure (935 milliards de FCFA, dont 347 milliards de FCFA d’appuis budgétaires) et de 25,8% de dette intérieure (325 milliards de FCFA). Le plafond des nouveaux engagements extérieurs pour la période 2019- 2021, est fixé à 2 150 milliards de FCFA, dont 650 milliards de FCFA en 2019.

Ce plafond tient compte des contraintes liées au programme avec le FMI et notamment le maintien de la viabilité de la dette publique du Cameroun avec un risque de surendettement au plus modéré. Le plafond des nouveaux engagements intérieurs sur la même période s’élève à 1 055 milliards de FCFA, dont 325 milliards de FCFA pour l’année 2019. Le plafond des avals à accorder par l’Etat est fixé à 120 milliards de FCFA pour la période 2019-2021, dont 40 milliards de FCFA pour 2019.


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Au terme de l’analyse des quatre stratégies proposées visant à optimiser les coûts et les risques pour l’atteinte des objectifs fixés à l’horizon 2021, la stratégie retenue (S1) fait ressortir les résultats ci-après : le ratio dette/PIB baissera d’un point sur la période, de son niveau actuel (34,5%) pour s’établir à 33,7% à fin 2021 ; le coût de l’endettement restera stable à 2,5% ; le risque de refinancement du portefeuille sera atténué dans la mesure où la durée moyenne du portefeuille global passera de 7,8 ans en 2018 à 9,0 ans à fin 2021 ; le temps moyen pour refixer la dette à fin 2021 passera de 7,3 à 8,4 ans ; la part de dette à taux d’intérêt variable sera maintenue à 21,3% ; la part de la dette effectivement exposée aux fluctuations de taux de change (autre que la dette libellée en euro) baissera de 1,7 point pour se situer à 41,8%.

La mise en œuvre de cette stratégie permettra de maintenir la dette publique viable avec un risque de surendettement modéré. Avec la révision du nouveau cadre de viabilité de la dette, les risques de liquidité sont beaucoup plus à craindre du fait de la faiblesse des recettes d’exportations, nécessaires pour assurer le service de la dette à bonne date. Il est recommandé l’accélération de la mise en œuvre des mesures effectives visant l’amélioration des recettes d’exportations (à travers la diversification des produits exportés, l’accroissement de la production existante et la transformation locale des produits), ainsi qu’une gestion optimale de la dépense publique. Ces mesures en plus de l’amélioration de la qualité de la gouvernance des projets, contribueront au développement durable des populations camerounaises et à une maitrise de son endettement.

La dette a atteint 7 131 milliards de FCFA entre 2015 et 2018

Au 31 décembre 2015, l’encours de la dette publique et à garantie publique représente 26,5% du PIB, soit 4 844 milliards de FCFA, composé de (i) 72,1% de dette extérieure (3 492 milliards de FCFA, soit 19,1% du PIB), (ii) 26,3% de dette intérieure (1 272 milliards de FCFA, soit 7,0% du PIB) et (iii) 1,7% de dette avalisée (80 milliards de FCFA, soit 0,4% du PIB). A fin 2016, du fait des tirages effectués pour la réalisation de nombreux projets, cet encours a connu une augmentation de 10,1% en glissement annuel pour s’établir à 5 332 milliards de FCFA équivalent à 27,9% du PIB. Il était composé de 74,3% de dette extérieure (3 961 milliards de FCFA), 24,5% de dette intérieure (1304 milliards FCFA) et 1,2% de dette avalisée (66 milliards de FCFA).

A fin 2017, l’encours de la dette publique et à garantie publique évalué à 6 255 milliards de FCFA (30,8% du PIB), enregistre une augmentation de 17,3% en glissement annuel. Cette évolution s’explique par les tirages effectués dans le cadre de la réalisation de projets d’infrastructures et le remboursement du capital du capital dû au cours de l’exercice 2017. En termes de répartition, il se constitue de 73,9% de dette extérieure (4 625 milliards de FCFA, soit 22,8% du PIB), 23,2% de dette intérieure (1 578 milliards de FCFA, soit 7,8% du PIB) et 0,8% de dette garantie par l’Etat (52 milliards de FCFA, soit 0,3% du PIB). Au 31 août 2018, l’encours de la dette publique et à garantie publique est de 6 834 milliards de FCFA (33,1% du PIB).

En termes d’évaluation, cet encours a connu une augmentation de 27,1% par rapport au 31 août 2017, du fait principalement (i) des décaissements des appuis budgétaires obtenus dans le cadre du Programme Economique et Financier (PEF) en cours (472 milliards de FCFA sur la période) ; (ii) de l’accélération des décaissements pour la réalisation des travaux des grands projets d’infrastructures ; (iii) de la consolidation en décembre dernier, des avances statutaires (instrument de court terme), en un prêt de longue maturité (577 milliards de FCFA).


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En termes de composition, il est constitué de 76,5% de dette extérieure (5 226 milliards de FCFA, soit 25,3% du PIB), 22,9% de dette intérieure (1 562 milliards de FCFA, soit 7,6% du PIB) et 0,7% de dette avalisée (46 milliards de FCFA, soit 0,2% du PIB). Au 31 décembre 2018, le Comité national de la dette publique estime l’encours de la dette publique et à garantie publique (hors Restes à Payer /arriérés intérieurs et remboursements des crédits TVA) à 7 131 milliards de FCFA (33,5% du PIB), soit une augmentation de l’ordre de 14,0% par rapport à fin 2017.

En marge des raisons justifiant l’augmentation au 31 août 2018, évoquées ci-dessus, cette évolution s’explique également par les nouveaux décaissements potentiels pour le quatrième trimestre 2018, estimés à 289 milliards de FCFA sur la base des appels des fonds non encore exécutés, y compris la troisième tranche de la Facilité Elargie de Crédit (43,6 milliards de FCFA) à décaisser auprès du FMI au terme de la troisième revu du PEF. Sa composition serait alors de 76,5% de dette extérieure (5 456 milliards de FCFA), de 22,9% de dette intérieure (1 634 milliards de FCFA) et de 0,6% de dette avalisée (41 milliards de FCFA).

Règlements : La dette dans tous ses états

Sur la période allant de janvier 2015 à août 2018, l’apurement de la dette publique due aux créanciers de l’Etat a porté sur un montant global de 2 039,1 milliards de FCFA, soit une moyenne annuelle de 509,8 milliards de FCFA. Ce service effectif se décompose en remboursement du principal pour un montant de 1 570,7 milliards de FCFA et en paiement des intérêts pour 468,4 milliards de FCFA, dont respectivement 350,4 milliards de FCFA et 112,4 milliards de FCFA pour le principal et les intérêts payés entre janvier et août 2018.

L’estimation des tirages effectifs sur la période 2015-2018 est de 4 409 milliards de FCFA, dont 73,8% effectues auprès des bailleurs de fonds extérieurs contre 26,2% auprès des banques locales. Les décaissements extérieurs du 1er janvier 2015 au 31 août 2018 sont estimé s à 3 254 milliards de FCFA, dont 755 milliards d’appuis budgétaires provenant de l’AFD, du FMI, de la Banque Mondiale et de la BAD. Les décaissements de 2018 s’évaluent à 53% pour les projets provenant des bailleurs de fonds multilatéraux. A fin août 2018, les décaissements sur les prêts extérieurs hors appuis budgétaires sont évalués à 428 milliards de FCFA comparés au plafond annuel de 571 milliards de FCFA fixé dans le programme en cours.


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Du 1er janvier 2015 au 31 août 2018, les emprunts totaux contractés par l’Etat se sont élevés à 5 631 milliards de FCFA, dont 79,6% auprès des bailleurs de fonds extérieurs et 20,4% sur les marchés financier et bancaire domestiques. Les nouveaux engagements extérieurs (hors appuis budgétaires) effectués par le Gouvernement entre janvier 2015 et août 2018 sont évalués à 4 485 milliards de FCFA, dont 322 milliards de FCFA au cours des huit premiers mois de l’année 2018 sur le plafond annuel fixé à 681 milliards de FCFA par ordonnance du Chef de l’Etat du 04 juin 2018.


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S’agissant des nouveaux engagements par type de concessionnalité, 78% du montant total des conventions signées du 1er janvier au 31 août 2018 sont à des termes non-concessionnels, contre 22% concessionnels. Suivant la méthodologie de détermination de la concessionnalité d’un financement adoptée dans le mémorandum du Programme économique et financier (PEF), un prêt est considéré comme étant concessionnel si l’élément don est supérieur ou égal à 35%. L’élément don est calculé sur la base du différentiel entre la valeur faciale du prêt et la valeur actualisée du service de la dette, rapportée au montant nominal du prêt, en utilisant un taux d’actualisation de 5%. En termes d’évaluation par rapport aux instruments définis dans la stratégie d’endettement 2018, le tableau ci-après présente les nouveaux engagements par instrument de dette.

La Rédaction EcoMatin

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