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Péril sur les micro-finances anglophones

Les régions du Sud-ouest et du Nord-ouest abritent 30% des microfinances du Cameroun. On enregistre malheureusement une chute drastique des activités depuis le début de la crise anglophone.

Le Cameroun compte depuis 2016, 412 Établissements de micro-finances (Emf) actives sur le triangle national. Soit 120 établissements de 1ère catégorie, 41 de 2ème, 9 de categorie 3 et 148 Emf évoluant en réseau. Le top 10 du classement de ces structures financières par régions, classe celles du Littoral en tête, en termes d’effectif. D’après les experts, il s’agit « d’une mauvaise répartition géographique« . Douala et Yaoundé concentrent  ainsi près de 50% des établissements de micro-finances du Cameroun. Bamenda et Buea, les deux régions anglophones, du Nord-ouest et du Sud-ouest abritent 30% de cet effectif. Soit 125 Etablissements de micro-finances. Le total cumulé des Emf dans le Littoral, le Centre, le Nord-ouest et le Sud-ouest est finalement estimé à 87%. Ce qui correspond à 15% des activités bancaires.

Ahmadou Bello, Chef de service de la Division des micro-finances au Ministère des finances, parle d’un  » secteur dynamique« . L’expert en veut pour preuve l’épargne enregistrée par les Emf en 2016: 650 milliards de FCFA, soit 16,5% du système bancaire global. Toujours en 2016, les Emf ont accordés 350 milliards de FCFA à leurs clients estimés à 2.100.000  sur toute l’étendue du territoire camerounais. Participant ainsi à 10% dans le financement de l’économie nationale. Le secteur emploie 11.000 personnes. Dans cette configuration, les régions du Nord et du Sud-ouest pèsent près de 200 milliards de FCFA d’épargne collectée auprès de ses clients estimés à 700.000 sur le triangle national. On estime par ailleurs le volume de fonds accordés à ses épargnants à 75 milliards de FCFA.

Dans un récent rapport rendu public par le Groupement inter-patronal du Cameroun (Gicam), on estime à plus de 200 milliards de FCFA,  les pertes subies par le tissu industrialo-économique des Régions du Sud-ouest et du Nord-ouest. Pertes intégrant celles enregistrées par les établissements de micro-finances. Selon ce rapport,  la crise anglophone a globalement déjà coûté 2.153.192.651 de FCFA de destruction de biens immobiliers, de matériels roulants et meubles. Le manque à gagner en termes de chiffre d’affaire est estimé à 269.056.139.065 FCFA dans différents secteurs, incluant celui de la micro-finance.  « Les dépôts de fonds, crédits octroyés et autres services financiers offerts par les établissements de micro-finances ont chuté de moitié », révèle une source sur place. Pour cause, « la recrudescence de la thésaurisation, le recul des investissements, la dispersion des clients etc… ».  Ahmadou Bello insiste néanmoins sur   » la solidité du secteur » qui reste d’après lui, malheureusement « très vulnérable ». Du fait de l’impact négatif de la crise anglophone. Mais également à cause de nombreux dysfonctionnements: Ahmadou Bello accuse les membres des conseils d’administration des Emf de « mettre en place des politiques financières ruineuses pour les épargnants ».

Il dénonce également « un système déficitaire de contrôle interne voulu par les dirigeants des EMF de notre pays ». L’éloignement de certaines micro-finances dans les villages reculés,  la mauvaise répartition géographique, le non-respect des dispositions contenues dans les divers cadres de régulation du secteur des EMF, notamment les 21 normes prudentielles édictées par le Régime Cemac, l’Acte uniforme Ohada, la Cobac ou le ministère des finances, autorité monétaire participent par ailleurs à cette fébrilité.

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