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Finances publiques : Cameroun, 2e économie la plus résiliente d’Afrique

Selon une étude de l’agence de notation financière américaine Moody’s, le Cameroun serait la seconde économie du continent après le Rwanda, qui possède le plus d’outils pour surmonter une crise économique mondiale

En cas de fort ralentissement de l’économie mondiale, quels sont les pays africains dont les budgets résisteraient au choc ? Ceux qui seraient capables d’une plus grande flexibilité en taillant très vite dans leurs dépenses. Dans un rapport publié ce mois août, la célèbre agence de notation financière américain Moody’s fait savoir que le Rwanda, le Cameroun et la Cote d’Ivoire composent respectivement le trio de tête des pays africains qui surmonteraient le mieux une crise économique mondiale et qui seraient donc capables de continuer à rembourser leurs créanciers. Parce que, rapporte Moody’s, ces pays sont ceux qui peuvent maîtriser le mieux leurs dépenses publiques obligatoires (salaire de la fonction publique, subventions, investissements…).

Selon les explications de David Rogovic, vice-président de Moody’s et co-auteur de l’étude, ces Etats « montrent une capacité à réduire leurs dépenses, mais aussi une volonté gouvernementale d’appliquer cette politique ». Ils exposent leur capacité à « réduire les graves déséquilibres budgétaires », dont ils souffraient. En la matière, le Cameroun fait figure d’exemple. Car l’on est passé d’un déficit budgétaire de 6,1 % du Produit Intérieur Brut (PIB) en 2016, à 4,9% grâce à la mise en œuvre du Programme économique et financier signé avec le Fonds Monétaire International (FMI). Si en 2018, le déficit budgétaire se situe autour de 2,6 %, les projections en 2019 indiquent 2,1%.

Cette résilience de l’économie camerounaise s’observe également à partir du contexte sociopolitique actuel. Car le pays subit de plein fouet les conséquences de la guerre contre Boko Haram dans sa partie septentrionale et que la crise séparatiste dans ses régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. En plus de la crise des prix du pétrole qui secoue les Etats de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (Cemac) depuis la fin 2015.

En revanche, le Ghana, l’Afrique du Sud, Maurice et la Namibie sont par ordre croissant les pays les plus fragiles en cas de crise économique. Leurs dépenses obligatoires excèdent 80% de leurs dépenses totales. L’étude estime que pour l’Afrique du Sud et Maurice, « la structure favorable de leur dette (longue maturité et petite proportion libellée en devises étrangères) compense le risque crédit immédiat provoqué par des dépenses rigides ».

Prof. Kelly Mua Kingsley: « Nous sommes tous conscients des efforts déployés pour combler l’écart budgétaire »

L’expert en ingénierie financière est l’oracle vers lequel beaucoup se tournent pour comprendre les problématiques du secteur bancaire, la finance d’entreprise et de la finance de marché. Suite au classement des pays africains capable de résister à une crise économique mondiale publié par l’agence de notation Moody’s, il livre son analyse sur les éléments ayant joué à la faveur du Cameroun pour occuper la seconde position après le Rwanda.

EcoMatin : Selon Moody’s, le Cameroun est la deuxième économie en termes de résilience face aux chocs extérieurs en Afrique subsaharienne. Quelle est votre opinion sur ce classement?

Le Cameroun est une économie diversifiée qui dispose de ressources variées pour financer son économie et son budget. Cette notation, qui est très importante pour montrer notre crédibilité, va faciliter notre climat d’investissement.

EcoMatin: Quelles sont les implications de cette classification, en particulier sur les marchés financiers?

Nous sommes tous conscients des efforts déployés par nos chefs d’État régionaux pour combler l’écart budgétaire en raison de la chute des prix des produits de base sur le marché mondial. Malgré la résilience de notre économie due à la diversification du portefeuille d’investissements, le marché financier est une source primaire alternative pour d’autres pays. Sans cette forte crédibilité, convaincre les investisseurs devient une tâche ardue. Nous réduisons notre déficit budgétaire en mobilisant des ressources sur le marché financier, en empruntant directement ou par l’intermédiaire d’autres institutions donatrices, à mesure que le niveau de risque baisse.

EcoMatin : Quels sont les éléments clés qui peuvent avoir conduit à cette note positive?

Le fait que nous ayons été cohérents dans notre politique de gestion durable de la dette montre que nous sommes pleinement capables d’honorer nos engagements externes. Selon les règlements de la CEMAC, le portefeuille de la dette des pays membres ne devrait pas dépasser 70% de leur PIB; notre dette actuelle représente environ 40% du PIB, ce qui vous permet de voir la marge laissée.

Deuxièmement, notre capacité à réduire les dépenses opérationnelles et d’investissement était essentielle pour renforcer notre résilience externe aux chocs économiques. Des efforts sont déjà déployés dans ce sens avec le nettoyage de la masse salariale, par exemple.

Troisièmement, la flexibilité de notre économie résiste grâce à sa diversification. Le Cameroun est valable dans une large mesure en fonction des prix des produits de base, mais de nombreuses autres sources d’investissement financent l’économie.

Quatrièmement, nous participons à un programme économique avec le FMI. Les indicateurs de performance ont été évalués à trois reprises jusqu’à présentes avec des conclusions définitives. Le pays prépare actuellement son quatrième examen et nous sommes confiants d’en tenir compte. La note indique que notre gestion des finances publiques est sur la bonne voie car nous commençons à percevoir les rendements des grands projets qui ont conduit à notre émergence.

EcoMatin : Quelle est votre perception sur le financement de projets spécifiques concernant le plan d’émergence qui a manqué?

Fermer les yeux sur le retard pris dans l’exécution de certains projets d’émergence réservés, on se leurre. Les défis sont présents en raison de multiples défis naturels, imprévus et créés par l’homme, la chute des prix des produits de base après une période de prospérité juteuse ne peut pas être compromise, par exemple, la pression du projet CAN, les tensions sociopolitiques, etc. ont eu un impact significatif. Le rapport de l’humeur est un test décisif pour notre résilience à ces enfants de l’économie.

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