Comme Moody’s il y’a quelques semaines, Fitch Ratings a annoncé une évolution défavorable de la note de crédit du Gabon au terme d'une nouvelle évaluation rendue publique le 26 juillet 2024. L'agence de notation américaine a en effet abaissé la note d'émetteur à long terme en devises du gouvernement gabonais de B- à CCC+, soit 4 crans seulement au-dessus du défaut de paiement. En d'autres termes, Fitch estime que la capacité du Gabon à rembourser ses emprunts s'est détériorée ; le pays est devenu donc trop risqué pour les prêteurs.
« La dégradation de la note à « CCC+ » reflète les risques croissants pesant sur la capacité de remboursement de la dette », précise l'agence. Selon Fitch, le risque politique lié au coup d'État militaire d'août 2023 a clairement été dissipé avec la formation du gouvernement de transition, les progrès dans la mise en œuvre du programme de transition et le projet d'organiser des élections en août 2025.
Au titre des facteurs qui pourraient empêcher Libreville à rester solvable, il y’a la pression que subissent actuellement les finances publiques. Alors que les recettes s’amenuisent-notamment les recettes pétrolières en raison du vieillissement des puits et de la baisse des prix- les charges budgétaires du gouvernement de transition ont considérablement augmenté. En effet, dans un souci de transparence, le nouvel exécutif a opéré des révisions budgétaires ce qui lui a permis de découvrir une sous-déclaration des dépenses et emprunts du précédent régime au cours des exercices 2022 et 2023. Ces dépenses extrabudgétaires précédemment exclues ont été incluses dans la loi de finances de 2024, alourdissant le niveau d’endettement (à 70% à fin 2023 contre 56% dans une précédente estimation) et les charges de la dette.
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« La mauvaise qualité des données et la sous-déclaration potentielle des dépenses restent préoccupantes, compte tenu des faiblesses passées de la gestion des finances publiques et de l'incertitude quant à la capacité de la nouvelle administration à apporter des améliorations », déplore l’agence américaine. À cela s’ajoute une politique budgétaire que l’agence qualifie « expansionniste » et qui, elle, est le fait du gouvernement en place. En effet, malgré la situation des ressources, le gouvernement de transition a quand même engagé un certain nombre de dépenses sociales et d'investissements afin de répondre aux attentes populaires, sans visibilité claire sur les ressources pour les réaliser.
« Le gouvernement a fait plusieurs annonces de dépenses pour répondre aux importants besoins sociaux et d'infrastructures du Gabon. Il prévoit d'accroître le recrutement dans le secteur public, d'apurer les arriérés de pensions et d'ajouter de nouvelles exonérations fiscales, sans plan d'ajustement budgétaire concret », indique Fitch. Compte tenu de ce contexte, l’agence américaine anticipe une croissance économique « modérée » et un déficit budgétaire qui se creusera pour atteindre 3,9% du PIB en 2024, 5,3% en 2025, 5,8% en 2026 alors que le solde budgétaire du pays était encore excédentaire en 2022, et le déficit de 2023 n’était que de 1,8%.
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Libreville a déjà accumulé des arriérés extérieurs estimés à 273,1 millions USD à fin mai 2024 et est attendu en 2025 pour un paiement de 605 millions USD sur ses eurobonds. L’hypothèse d’une nouvelle accumulation est donc plausible selon Fitch. Ce d’autant que le pays dispose d’une marge de manœuvre limitée en matière de refinancement. Sur le marché international, les taux restent élevés tandis que sur le marché régional de la dette, l’étroitesse des marges de manœuvre des prêteurs n’est pas une garantie pour le pays désormais pris en tenailles entre l’impératif de rétablir l’équilibre budgétaire tout en assumant les promesses socio-économiques tenues au lendemain du putsch. Sur ce point, personne n’aimerait être à la place du général Oligui Nguema.

