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Business et Entreprises

Fonds bloqués et coûts élevés : les freins persistants à l’essor de l’aviation africaine

Malgré une croissance solide, l’industrie aérienne africaine reste fragilisée par des contraintes structurelles majeures en tête desquelles le blocage des fonds ( 774 millions de dollars, soit 80% du total mondial) qui freine les investissements et réduit l’offre.​

Publiée mercredi 6 mai 2026 à 11:52:23Modifiée mercredi 6 mai 2026 à 11:52:24Temps de lecture 6 minPar Vicky BAGAL

Kamil Alawadhi, vice président IATA
Kamil Alawadhi, Vice président IATA pour l'Afrique et Moyen Orient, lors de la présentation inaugurale du 1er jour du Focus Africa Conference à Addis Abeba, le 29 avril 2026 © IATA

L’industrie de l’aviation africaine fait face à de nombreux goulots d’étranglement qui freinent sa croissance économique malgré des performances opérationnelles effectives. Selon IATA, ces freins sont entre autres de la problématique du blocage des fonds, des coûts d’exploitation élevés et de la faible attractivité. Dans son audit sur la situation de l’industrie africaine de l’aviation, le Vice président Afrique et moyen orient de IATA, Kamil Alawadhi, a souligné les fonds des compagnies bloqués en Afrique atteignent en 2025, 774 millions de dollars (environ 433 milliards FCFA) , soit 80% du total mondial du fait des restrictions gouvernementales sur le rapatriement des fonds plus sévères sur le continent.

Lire aussi : Plus de 100 milliards FCFA de recettes aériennes bloquées en CEMAC ; l’IATA alerte sur un risque de paralysie

Selon le responsable de IATA, cette situation est le principal frein à l’expansion de l’activité et parmi les gouvernements les plus strictes apparaissent en premier l’Algérie et la zone CEMAC, principalement le Cameroun. Dans son exposé, ce dernier révèle que l’Algérie totalise 257,5 millions USD (21% de l’enveloppe totale) tandis que la CEMAC bloque 105,1 millions USD (11%).  « La politique restrictive sur le rapatriement des fonds appliquées par la Banque centrale (BEAC, Ndlr) met à mal l’activité de l’aviation dans la région. En titre d’exemple, un vol de Ethiopian Airlines (ET) reliant Yaoundé (Cameroun) à Addis-Abeba (Éthiopie) est opéré par un Boeing 737-800 d’une capacité de 170 sièges. Le taux de remplissage moyen est de 70%, soit environ 120 passagers par vol.

Lire aussi : Ethiopian Airlines, Egyptair, Turkish Airlines… comment la crise chez Boeing va impacter ces compagnies qui desservent l’Afrique centrale

Avec un tarif moyen de 1 000 dollars par siège et une fréquence d’un vol quotidien (365 vols par an), les revenus générés par Ethiopian Airlines au Cameroun s’élèvent à 43,8 millions de dollars par an. Le bénéfice net, en revanche, reste très faible autour de 56 940 dollars par an. Si ces revenus sont bloqués pendant un an au Cameroun, avec une dépréciation monétaire de 4%, leur valeur chute à  42,05 millions de dollars, soit une perte de 1,75 million de dollars. Cela se traduit par une perte nette estimée à -1,69 million dollars, transformant une activité rentable en activité déficitaire », explique le vice président appuyé par Mesfin Tasew, CEO d’Ethiopian Airlines.

Protéger les réserves de change et la stabilité du Franc CFA

Toutefois il faut mentionner que, même si la politique monétaire de la Banque des Etats d’Afrique centrale, est fortement critiquée par les opérateurs, celle-ci est liée à plusieurs enjeux économiques et financiers dans la région. En effet, La BEAC limite le rapatriement des fonds dans le cadre de la réglementation des changes de la CEMAC afin de préserver l’équilibre macroéconomique de la zone. D’une part, ces mesures visent à consolider les réserves de change, jugées essentielles pour éviter une crise extérieure et soutenir la parité du franc CFA avec l’euro. 

Lire aussi : Politique monétaire : la BEAC relève ses taux directeurs face à l’érosion des réserves de change

D’autre part, elles permettent de lutter contre la fuite des capitaux et les flux financiers illicites, en imposant un contrôle strict et une centralisation des devises auprès de la Banque centrale.  Ainsi, la réglementation, régulièrement renforcée depuis 2019, impose des obligations de déclaration, de domiciliation et d’autorisation préalable pour les opérations avec l’étranger, ce qui explique les lenteurs ou blocages perçus par les entreprises.

Un coût d’exploitation parmi les plus élevés au monde

Un autre frein à l’essor de l’aviation africaine est la lourdeur des charges (carburant, taxes, redevances liées entre autres aux crises dans le moyen orient). De fait, l’Afrique est la région la plus chère pour opérer en terme de carburant (+17% par rapport à la moyenne mondiale), de maintenance, assurance, capital (+6 à 10%), de redevances de navigation (+10%) et de taxes et charges (+15%).

Lire aussi : Cameroun : un plan de 95 milliards FCFA pour moderniser l’aéroport international de Douala

Résultat : des couts d’exploitation plus élevés qui freinent les investissements et des billets plus chers en contrevent avec le pouvoir d’achat local, ce qui réduit fortement la demande. L’industrie aérienne africaine est également marquée par une forte fragmentation du marché illustré par un morcellement du tissu de transporteurs, une absence d’économies d’échelle et une faible intégration régionale, ce qui limite sa compétitivité globale. À ces contraintes structurelles s’ajoutent des flottes relativement vieillissantes — plus anciennes d’au moins 5 ans que la moyenne mondiale — ainsi que des infrastructures encore insuffisantes, qui freinent le développement du secteur et pèsent sur ses performances.

Un potentiel freiné par son environnement

La connectivité aérienne reste limitée, en raison du coût élevé des billets, de politiques de visas restrictives et d’une demande intra-africaine encore faible. Si des progrès sont observés en matière de sécurité, notamment avec une amélioration du taux d’accidents, plusieurs défis persistent, notamment sur la qualité des infrastructures et des enquêtes.

Lire aussi : Aviation d'affaires : la Guinée Equatoriale explore un partenariat avec Jetex pour renforcer son attractivité

Pourtant, le secteur reste stratégique pour l’économie. Des pays comme l’Éthiopie ou l’Afrique du Sud démontrent qu’un soutien étatique structuré peut en faire un levier de croissance. « L’aviation africaine est freinée moins par la demande que par son environnement. Le potentiel est là, mais sans réformes structurelles portées par une vision politique claire, la croissance restera limitée », conclut Kamil Alawadhi.

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