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Banques et Finance

Fonds RES : la BEAC change de méthode après 6 ans de négociations infructueuses avec les compagnies extractives

Après six années de négociations sans aboutissement avec les compagnies pétrolières et minières, la BEAC ajuste sa stratégie sur les fonds de restauration des sites. Conformément aux orientations des chefs d’État, les discussions se poursuivront désormais dans un cadre bilatéral, entre chaque État et les opérateurs.

Publiée jeudi 23 avril 2026 à 10:11:37Modifiée vendredi 24 avril 2026 à 12:11:39Temps de lecture 5 minPar Cedrick JIONGO

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À Washington, face à la Chambre de commerce américaine et aux représentants des majors du secteur, le gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui, a rompu avec la retenue habituelle du langage institutionnel.

Six ans. C’est le temps qu’ont duré les négociations entre la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) et les compagnies pétrolières et minières sur les fonds de restauration des sites d’exploitation (Fonds RES). Six années sans qu’aucune convention ne soit signée.

À Washington, face à la Chambre de commerce américaine et aux représentants des majors du secteur, le gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui, a rompu avec la retenue habituelle du langage institutionnel. Il a dénoncé sans détour ce qu’il qualifie de « stratégie dilatoire » des opérateurs extractifs et de leurs relais. En ligne de mire : leurs conseils juridiques et lobbyistes, dont l’avocat d’affaires britannique Steven Galbraith, très actif sur ce dossier.

Une situation « inadmissible »

« Pendant six ans, vous avez défendu avec brio les intérêts de vos clients (…) vous avez exigé la renonciation à l’immunité de la BEAC (…) maintenu l’opacité la plus totale sur les données chiffrées », a-t-il lancé, accusant les compagnies d’avoir multiplié les objections techniques pour repousser toute issue. Avant d’ajouter, non sans ironie : « Vos clients vous ont sans doute très généreusement rémunérés pour ce résultat ».

Selon les estimations de la BEAC, les Fonds RES pourraient atteindre plus de 6 000 milliards FCFA, constituant un levier stratégique pour les réserves de change de la sous-région. En face, les opérateurs – du moins leurs représentants – évoquent des niveaux sans commune mesure, de l’ordre de 1000 milliards FCFA seulement. Un écart abyssal qui illustre, entre autres, l’ampleur du désaccord. « Depuis six ans, nous ne savons toujours pas quels montants ont été provisionnés, ni où ces fonds sont logés », a insisté le gouverneur, jugeant cette situation « inadmissible ». Pour la BEAC, cette opacité prive les négociations de toute base factuelle et rend désormais le cadre multilatéral inopérant.

La fin du modèle centralisé de la BEAC

Jusqu’ici, la BEAC agissait au nom des États de la CEMAC pour négocier avec les compagnies extractives le rapatriement des fonds destinés à la réhabilitation des sites après exploitation. Ce modèle centralisé, adossé à la réglementation des changes de 2019, visait à renforcer les réserves de change de la sous-région. Mais après plusieurs années d’impasse, l’institution reconnaît elle-même les limites de cette approche. « Le modèle centralisé (…) sera clôturé au profit d’une approche décentralisée », indique-t-elle désormais.

Concrètement, chaque État mènera désormais ses propres négociations, avec l’appui technique de la banque centrale. Un changement de cap qui s’inspire directement de l’expérience gabonaise. Libreville est en effet devenu le premier pays à tester cette nouvelle approche, avec des résultats tangibles. Selon plusieurs sources concordantes, la compagnie Assala Gabon a déjà rapatrié 170 millions de dollars (environ 102 milliards FCFA), première tranche d’un montant total de 270 millions de dollars.
Pour la BEAC, ce précédent valide l’efficacité d’un cadre bilatéral appuyé par une forte implication politique. « Le modèle gabonais (…) nous a démontré qu’une autre voie est possible », a souligné le gouverneur, Sana Bangui.

Un bras de fer avec les majors et leurs soutiens

Au-delà du différend sur les montants, l’autre point de friction majeur qui oppose la BEAC aux compagnies extractives c’est le statut même des fonds de restauration et, surtout, la question sensible de l’immunité de la banque centrale. Ces dernières contestent notamment la volonté des autorités de considérer ces fonds comme des réserves de change, une position également relayée au Congrès américain à travers un projet de loi visant à limiter le soutien du FMI à la région.

Pour le gouverneur Yvon Sana Bangui, ces initiatives traduisent une stratégie coordonnée visant à affaiblir la position des États. Il évoque même une « offensive politique, judiciaire et financière » menée en parallèle des négociations. Dans ce contexte, la question de l’immunité de la BEAC est devenue une ligne rouge. « La BEAC ne renoncera jamais à son immunité. Jamais », a-t-il insisté, qualifiant cette exigence d’« inadmissible ».

La nouvelle stratégie n’est toutefois pas sans risques. En optant pour des négociations bilatérales, les États pourraient se retrouver isolés face à des multinationales disposant d’une forte capacité de négociation. Les pays les mieux armés sur les plans juridique, technique et diplomatique pourraient tirer leur épingle du jeu, au détriment des autres.

La clé des équilibres extérieurs de la CEMAC

Si rapatriés, les Fonds RES pourraient constituer un levier décisif pour renforcer des réserves de change fragilisées, tombées à 6 769 milliards FCFA à fin février 2026, en recul de plus de 10 % sur un an. Leur rapatriement permettrait non seulement de consolider la position extérieure de la sous-région et de sécuriser le franc CFA, mais aussi de financer des projets structurants à moindre coût. À l’inverse, dans un contexte de dépendance aux matières premières et de forte pression sur les importations, l’absence de ces ressources accentue les vulnérabilités, avec en toile de fond le risque toujours sensible d’un décrochage des réserves en dessous du seuil critique de trois mois d’importations.

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