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Gabon : deux recours en justice contre la suspension des réseaux sociaux

Facebook et TikTok, les réseaux sociaux les plus utilisés au Gabon, ainsi que Youtube et Instagram étaient toujours coupés mercredi au Gabon.

Publiée jeudi 5 mars 2026 à 09:04:59Modifiée jeudi 5 mars 2026 à 09:05:00Temps de lecture 5 minPar EcoMatin

Réseaux sociaux

(AFP) Plusieurs citoyens gabonais, dont l'opposant Alain-Claude Bilie-by-Nze cette semaine, ont saisi la justice contre la suspension des réseaux sociaux, qui dure depuis plus de deux semaines au Gabon.

La Haute autorité de la communication (HAC) avait annoncé mardi 17 février la suspension des réseaux sociaux "jusqu'à nouvel ordre", invoquant notamment la diffusion de "contenus (...) portant atteinte (...) à la stabilité des institutions de la République et à la sécurité nationale". "C'est inédit par la durée et par le caractère massif qui est en fait une punition collective", a déclaré mercredi à l'AFP l'ancien Premier ministre de ce pays d'Afrique centrale de 2,5 millions d'habitants.

Facebook et TikTok, les réseaux sociaux les plus utilisés au Gabon, ainsi que Youtube et Instagram étaient toujours coupés mercredi, ont constaté des journalistes de l'AFP, tandis que WhatsApp fonctionnait de manière limitée.

Lire aussi : Gabon : pourquoi le gouvernement suspend les réseaux sociaux sur l’ensemble du territoire national

Cette suspension a été décidée alors que le président Brice Oligui Nguema, élu avec 94,75% des voix l'an dernier, a fait face en ce début d'année à plusieurs mouvements sociaux, dont une grève d'enseignants qui a duré près de deux mois.

"État de droit"

"C'est la première fois, dans notre pays, que l'on coupe la totalité des réseaux sociaux sans justification valable, pour une durée indéterminée", s'est insurgé M. Bilie-by-Nze, estimant que "rien n'autorise ni le gouvernement ni la HAC à prendre une telle mesure". "Une démocratie moderne ne peut se gouverner par des mesures générales et disproportionnées qui pénalisent indistinctement toute une population et l'économie nationale", avait également commenté l'opposant mardi dans un communiqué annonçant la saisine du Tribunal de première instance de Libreville pour une requête en référé.

La semaine dernière, quatre citoyens gabonais avaient également déposé une requête devant la Cour constitutionnelle face à une mesure qu'ils estiment "liberticide" et "disproportionnée". "Il aurait été plus approprié d'identifier et de sanctionner les auteurs d'infractions sans pénaliser l'ensemble de la population", estime notamment l'une d'entre eux, Cabrel-Jeannis Ndomba Mouele, interrogée par l'AFP.

VPN

"Notre souci premier, c'est le maintien d'un environnement numérique assaini, sécurisé et respectueux de nos droits", s'est défendu lundi le président de la HAC Germain Ngoyo Moussavou, dans une interview au journal gabonais l'Union. De nombreux Gabonais continuent néanmoins d'aller sur les réseaux sociaux grâce aux réseaux privés virtuels (VPN), un outil permettant de contourner ce type de restrictions. Le fournisseur Proton a notamment fait état d'une forte hausse des téléchargements de son outil VPN le 18 février au Gabon, premier jour de coupure effective.

Lire aussi : Le Gabon en pourparlers avec Meta et TikTok après la suspension des réseaux sociaux

La HAC travaille à "une exécution totale de la décision, y compris en intégrant la question des VPN", a commenté Germain Ngoyo Moussavou, alors qu'aucun gouvernement n'est jamais parvenu à leur interdiction totale, très difficile techniquement.

Le gouvernement a fait état la semaine dernière de discussions avec le groupe américain Meta, propriétaire de Facebook, WhatsApp et Instagram, et l'application chinoise TikTok, en vue d'obtenir une meilleure régulation des contenus.

"Rumeurs"

Le gouvernement a également annoncé un projet d'ordonnance visant à "réglementer l'usage des réseaux sociaux" et notamment organiser "les mécanismes de réaction publique et judiciaire face aux communications numériques susceptibles de provoquer un risque grave et immédiat". "Ce n'est pas définitif, c'est une suspension le temps de faire primer cet intérêt supérieur que nous avons à mieux réguler", a déclaré le 25 février le porte-parole de la présidence, Théophane Zamé-Nze Biyoghe, dans une interview au média Brut, qui diffuse essentiellement sur les réseaux sociaux.

Pour le chercheur en communication Fabrice Lollia, interrogé par l'AFP, cette suspension qui s'éternise et empêche la circulation des informations pourrait "alimenter la méfiance, les rumeurs et la désinformation" et ne faire finalement "qu'amplifier à long terme" les maux qu'elle est sensée contrer.

© Agence France-Presse

Lire aussi : Cameroun : Que dit réellement la loi sur la taxe de 1 % appliquée sur les plateformes de mobilité numérique ?

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