Au Gabon, la mesure classique de la richesse nationale pourrait être profondément remise en cause. D’après la Banque africaine de développement (BAD), l’intégration des services écosystémiques dans les comptes nationaux permettrait d’augmenter le produit intérieur brut (PIB) de 21,86 %, soit un gain estimé à environ 4,62 milliards de dollars (près de 2 650 milliards FCFA). « La prise en compte des services éco-systémiques des forêts gabonaises dans les comptes nationaux […] permettrait de valoriser les ressources non renouvelables du Gabon », souligne l’institution dans son rapport.
Cette revalorisation repose principalement sur la capacité du massif forestier gabonais à capter et stocker le carbone, un service aujourd’hui absent des agrégats économiques traditionnels. En passant d’un PIB de 21,12 milliards USD à un « PIB vert » de 25,73 milliards USD, le pays verrait sa structure économique redéfinie. Pour la BAD, « l’exploitation optimale, durable et transparente des ressources naturelles (raffinerie de pétrole et d’or, industrie métallurgique, 2ème et 3ème transformation du bois, agro-industrie) » constitue un levier clé pour « accroître leur contribution à l’économie et réduire le déficit de financement ».
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Au-delà du Gabon, le tableau comparatif met en évidence des dynamiques similaires, mais d’ampleur variable, dans la sous-région. En Afrique centrale, la République du Congo afficherait une hausse de 36,63% de son PIB grâce à l’intégration du capital naturel, tandis que la République centrafricaine enregistrerait une progression spectaculaire de 330,81%, traduisant le poids déterminant de ses ressources forestières. À l’inverse, le Cameroun, dont l’économie est plus diversifiée, verrait son PIB progresser plus modestement de 9,99%. Ces écarts illustrent les différences structurelles entre économies extractives et économies plus industrialisées au sein de la CEMAC.
Cette lecture renouvelée de la richesse pose des enjeux majeurs en matière de politiques publiques et de financement. En réévaluant le poids réel de son économie, le Gabon pourrait améliorer significativement ses indicateurs de dette et sa crédibilité sur les marchés financiers. Mais pour concrétiser ce potentiel, la BAD insiste sur la nécessité de renforcer les capacités statistiques et de développer des instruments comme les marchés carbone ou les mécanismes de financement innovants. « L’élaboration des comptes du capital forestier est en cours », note l’institution, qui y voit une étape décisive pour intégrer durablement cette richesse verte dans la stratégie de développement du pays.

