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Gabon : malgré le contrat de 131 milliards FCFA avec SUEZ, la crise de l'eau s'aggrave

Le vice-président Hugues Alexandre Barro Chambrier a réuni la SEEG et SUEZ afin d'obtenir une amélioration rapide de l'approvisionnement en eau potable. Malgré l'état d'urgence hydrique décrété début juillet, les coupures persistent dans une grande partie du pays.

Publiée lundi 13 juillet 2026 à 21:03:20Modifiée lundi 13 juillet 2026 à 21:03:22Temps de lecture 5 minPar Vicky BAGAL

Crise d'eau
Un robinet sec © DR

Réunis le 11 juillet autour du vice-président de la République du Gabon, Hugues Alexandre Barro Chambrier, le ministre de l'Accès universel à l'eau et à l'énergie, Philippe Tonangoye, ainsi que les responsables de la Société d'énergie et d'eau du Gabon (SEEG) et du groupe français SUEZ ont été appelés à accélérer la mise en œuvre des mesures destinées à rétablir durablement l'approvisionnement en eau potable. Cette réunion d'urgence intervient alors que les pénuries continuent de toucher aussi bien le Grand Libreville que plusieurs villes de l'intérieur du pays.

Pourtant, les autorités avaient engagé ces derniers mois une série de mesures destinées à contenir la crise. En avril 2026, la SEEG et SUEZ ont officiellement lancé la phase opérationnelle de leur partenariat stratégique de cinq ans, adossé à un contrat de 200 millions d'euros (près de 131 milliards de FCFA). Signé un an plus tôt, cet accord était resté en suspens dans l'attente du décaissement par l'État de 1,9 milliard de FCFA destiné à l'acquisition des premiers équipements. Le projet vise notamment à améliorer l'exploitation des infrastructures existantes et à réduire les pertes sur le réseau.

Lire aussi : Gabon: le français Suez veut investir 131 milliards FCFA pour améliorer l'accès à l'eau

Trois mois plus tard, les difficultés d'accès à l'eau potable persistent dans plusieurs localités. Face à l'aggravation de la situation, l'exécutif a décrété, le 2 juillet, un état d'« urgence hydrique » et plafonné les prix de l'eau distribuée par camions-citernes. Les tarifs sont ainsi passés de 10 000 à 4 000 FCFA le mètre cube (-60 %) afin de limiter la spéculation et de soulager les ménages. Sur le terrain, les effets de ces mesures restent toutefois difficiles à percevoir.

Des populations toujours confrontées aux pénuries

À Gamba, dans la province de l'Ogooué-Maritime, l'accès à l'eau est devenu une véritable course contre la montre. « Un jour sur deux, il faut se lever à 4 heures du matin pour récolter de l'eau pendant au moins 40 minutes, puis la distribution s'interrompt. On passe le reste de la journée sans eau. Pour faire la lessive ou la vaisselle, il faut descendre à la lagune avec des cuvettes », témoigne Hélène Eyi, une habitante.

Lire aussi : Gabon : la moitié de l’eau potable produite chaque année est perdue dans le réseau de distribution

Même constat à Lambaréné, chef-lieu de la province du Moyen-Ogooué, où certains habitants affirment être privés d'eau depuis plusieurs semaines. « Depuis le début du mois de juillet, la commune est sans eau. Les robinets des maisons et les pompes publiques sont complètement secs. Je suis obligée de dépenser en moyenne 8 000 FCFA par semaine, dont 2 000 FCFA de taxi pour aller chercher de l'eau dans des forages privés », explique Audrey Balikidra.

Dans le Grand Libreville, plusieurs reportages diffusés ces derniers jours par les médias publics font également état de quartiers où les ménages dénoncent des interruptions prolongées de la distribution, certaines localités étant restées plus de trois semaines sans eau courante.

Une crise aux causes structurelles

Confronté à des résultats jugés encore insuffisants, le gouvernement entend désormais accélérer la mise en œuvre du partenariat avec SUEZ. Selon le vice-président gabonais, la réunion d'urgence tenue avec la SEEG et le groupe français avait précisément pour objectif de « lever les blocages opérationnels et d'obtenir une amélioration plus rapide de la desserte en eau potable ».

Lire aussi : Gabon : la gestion de la SEEG officiellement transférée au Fonds souverain, FGIS

Cependant, si les attentes étaient fortes autour de l'arrivée de SUEZ, les difficultés actuelles s'expliquent largement par le caractère structurel de la crise. Le contrat de cinq ans conclu avec le groupe français vise avant tout à optimiser les infrastructures existantes à travers la réduction des fuites, l'amélioration du rendement du réseau et le transfert de compétences aux équipes de la SEEG. Il ne permet pas, à lui seul, de créer rapidement de nouvelles capacités de production, alors que les installations demeurent insuffisantes pour répondre à une demande en constante progression. Selon la SEEG, près de 40 % de l'eau produite est encore perdue dans le réseau.

Pour rappel, le Conseil des ministres a approuvé, le 25 juin, le projet de loi portant sur la scission de la SEEG en deux entités distinctes, l'une dédiée à l'eau et l'autre à l'électricité. Cette réforme structurelle vise à améliorer la qualité des services publics et à mettre fin aux perturbations récurrentes.

Lire aussi : Gabon : la SEEG bientôt scindée en deux sociétés dédiées à l'eau et à l’électricité

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