Le club des éditorialistes de EcoMatin

Gouatchié comme Ponce Pilate

Pendant la guerre du Vietnam qui traversa la double décennie de 1960 à celle de 1970, une image est restée gravée dans la mémoire des personnes qui admiraient les reportages photos des intrépides chasseurs d’images des agences Gamma et Hao. Qui de l’époque: une femme courant et portant dans ses bras une fillette tuée par des bombardements des avions américains qui larguaient avec furie leurs engins de mort sur la capitale du sud Vietnam.

L’image que les chaînes de télévision ont diffusée en boucle du quartier Gouatchié à Bafoussam, nous replonge sur Saigon: un homme portant dans ses bras un corps boueux de gosse, sorti des décombres après des éboulements des terrains dans la nuit du 28 au 29 octobre. Le bilan officiel et provisoire est lourd: 42 corps retrouvés sans vie, une trentaine de personnes disparues.

Comme il fallait s’y attendre, des officiels gouvernementaux et ceux de la préfectorale ont réagi, chacun dans son champ de compétence. Le chef de l’Etat a fait ce qu’il estime être de ses compétences : débloquer 200 millions de francs Cfa pour des besoins d’urgence, et adresser ses condoléances aux familles éprouvées.

Nous avons écouté aussi les déclarations du maire et celles du préfet de la localité. L’un et l’autre se sont lavés les mains à la manière de de Ponce Pilate : « Nous avons interdit aux populations de construire dans cette zone, car leur disions-nous, c’est une zone à haut risque…mais personne ne nous a écoutés… », se sont-ils contentés de se dédouaner.

Le Cameroun accuse un retard lamentable dans la construction des logements sociaux. Depuis l’avènement des maisons Sic à Yaoundé et à Douala il y a 40 ans, ce sujet ne fait plus partie des préoccupations gouvernementales

Des personnes rencontrées sur les lieux du drame et qui ont vécu la naissance des constructions anarchiques à Gouatchié affirment, elles aussi que personne n’avait reçu le permis de bâtir en cette zone. Le drame s’est produit, avec son lot de morts et des désolations.

Le Cameroun accuse un retard lamentable dans la construction des logements sociaux. Depuis l’avènement des maisons Sic à Yaoundé et à Douala il y a 40 ans, ce sujet ne fait plus partie des préoccupations gouvernementales. Pire, quand bien même ces logements dits « sociaux » existent, les coûts locatifs ne sont pas à la portée de toutes les bourses. L’Etat du Cameroun avait cessé depuis longtemps d’aménager des zones où à moindre frais, des personnes aux faibles revenus pourraient se construire une maison aux normes sécuritaires affirmées. Les constructions anarchiques sont devenues la norme. Gouatchié en est la conséquence.

Une maison ne se construit pas en 10 minutes. On voit des aménagements du site commencer, les blocs sortir de terre, les murs s’élevés, la charpente construite et les tôles posées. Durant toutes ces étapes, le maire a tout le temps de faire arrêter des constructions en zone à risques. Le préfet et lui ont laissé faire; des habitations dangereuses se sont multipliées, sous des regards complaisants ou complices du maire et du préfet. Après le drame, il est trop facile de dire: « Nous n’avons pas autorisé ces constructions ». Ponce Pilate n’avait pas dit autre chose après l’exécution de Jésus, mais il était quand même mort, comme le gosse de Gouatchié.

La Rédaction EcoMatin

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