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Gouvernance bancaire : Société générale, UBA, BGFI, Citi et CBC au scanner du FMI

Ces banques intéressent le Fonds monétaire international dans le cadre de la 5è revue du programme économique triennal parce qu’elles pourraient être impactées par le report de la CAN, les créances de la Sonara, la crise sécuritaire, etc.

Dans le cadre de la 5ème revue du programme économique triennal (2017-2019) que mène actuellement le Fonds monétaire international (FMI), cinq banques ont ciblé pour des réunions bilatérales. Si l’on s’en tient au chronogramme officiel, la mission menée par Amadou Sy a mené des entretiens, le 31 octobre dernier, avec Société générale Cameroun, UBA, BgfiBank, Citi et la Commercial Bank Cameroon (CBC).

Au menu des entretiens : l’évolution des activités en 2018, 2019 et perspectives ; stratégie digitale, mobile money et data ; refinancement de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac); l’impact de la mise en œuvre de la réglementation de change ; l’impact de la situation de la Société nationale de raffinage (Sonara), victime d’un incendie le 31 mai dernier, de la crise sécuritaire et du report de la CAN sur le portefeuille des crédits ; la mise en œuvre du registre des sûretés mobilières.


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L’un des points culminants au cours de ces réunions bilatérales est l’impact de l’incendie de la Sonara. En effet, la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac) a publié en août dernier une analyse sur ladite société considérée comme étant une entreprise de « grand standing », conformément à la classification Cobac. À en croire le gendarme du secteur financier de la sous-région Cemac, la suspension des activités de la principale raffinerie du pays, d’une capacité de raffinage de 2,1 millions de tonnes de pétrole brut par an, a une incidence sur le taux des créances bancaires en souffrance au Cameroun.

À cet effet, la Cobac écrit : « Les crédits bruts à la Sonara sont estimés à 119,3 milliards [de FCFA] à fin avril 2019, soit 3,3 % du volume total des crédits bruts. En supposant que la Sonara ne pourrait plus faire face à ses engagements financiers en raison de la suspension de ses activités, en dépit des dépôts de près de 87 milliards à fin avril 2019 et qui seraient prioritairement utilisés pour des cas urgents, le taux des créances en souffrance du système bancaire camerounais s’élèverait à 19,6 % au lieu de 16,2 % à fin avril 2019, traduisant une dégradation plus importante de la qualité du portefeuille de la clientèle ».

L’analyse de la Commission bancaire n’est pas rassurante dans un secteur où l’on totalisait déjà 489 milliards de FCFA de créances en souffrance dans les banques commerciales camerounaises en 2016. Pis, avec également 106 milliards FCFA de créances en souffrance en 2017 dans le secteur de la microfinance, le Cameroun a concentré à lui tout seul, 79 % des créances douteuses de l’ensemble la zone Cemac.

Pour accueillir la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) de football, le Cameroun devait lancer la construction et la rénovation de ses infrastructures sportives. Ces investissements ont un coût : environ 430 milliards de FCFA. L’enveloppe peut sembler énorme au regard du contexte économique actuel. Mais malgré les difficultés, le gouvernement a consenti à aller jusqu’au bout, pour respecter le cahier de charges de la Confédération Africaine de Football (CAF). Parfois en recourant à des emprunts bancaires.


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Parmi les infrastructures qui coûtent le plus, figure en tête, le Complexe multisport de Japoma, situé dans la banlieue de Douala. Lancée en juin 2016, la construction de cet édifice qui comprend un stade de compétition couvert d’une capacité de 50 000 places assises, une pelouse en gazon naturel, deux terrains d’entrainement de 2 000 places chacun, une piste d’athlétisme, des parkings, une piscine olympique avec 8 couloirs a été confiée au groupe turc Yenigûn Construction Industry. D’un coût global de 140 milliards, il est financé à hauteur de 116 milliards de FCFA par un accord signé avec Eximbank-Turk, et 24 milliards par un prêt à la banque gabonaise BGFI.

Pour la construction du Complexe sportif d’Olembe, c’est en août 2016 que le gouvernement camerounais a signé avec la banque italienne, Intesa Sanpaolo, deux accords de crédit de 138 milliards F CFA, pour le financement du projet qui va abriter en son sein, le stade qui portera le nom du chef de l’Etat, Paul Biya. L’apport de l’institution bancaire italienne qui représente 85% du coût global du projet (163 milliards de FCFA), se décline en deux crédits : un crédit acheteur d’un montant de 111,52 milliards de FCFA garanti par la SACE (Agence du gouvernement italien de garantie à l’export) ; et un crédit commercial lié, d’un montant de 20,027 milliards de FCFA. Il s’agit d’un financement consistant, appelé à être complété par une contrepartie camerounaise de 24,45 milliards de FCFA, représentant les 15% restant du coût global du projet.

Le cas de la CBC

Pour le cas spécifique de la réunion bilatérale avec la CBC, le FMI s’est penché sur les états financiers 2018 et les créances en souffrance ; le traitement du transfert de créances à la Société de recouvrement et la mise en œuvre de l’accord CBC-Etat-SRC sur les montants en jeu ; les nouveaux engagements 2019 (volume, type d’emprunteur, niveau de risque, termes) et les perspectives 2019-20 ; le refinancement BEAC ; la mise en œuvre du contrat de performance et son avenant.

Sortie d’une restructuration en 2016 grâce au concours des capitaux publics, la Commercial Bank-Cameroun (CBC) est désormais sous contrat de performance avec l’Etat Cameroun. Ce contrat couvre la période 2018-2020. Dans ce sens, l’Etat du Cameroun exige de la CBC dirigée actuellement par Léandre Djummo, un triple objectif : « asseoir dans l’établissement, un cadre de gouvernance conforme aux bonnes pratiques ; parvenir à une consolidation de l’assise financière de la banque au regard des normes prudentielles en vigueur ; préparer l’ouverture du capital de la banque au profit des investisseurs crédibles, conformément à l’engagement de l’Etat, actionnaire majoritaire ».


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En termes d’objectifs financiers, la CBC doit, dans le cadre dudit contrat, pouvoir présenter des dépôts d’une valeur de 215,480 milliards FCFA en 2018 contre 172,384 milliards FCFA en 2017. En 2019, l’Etat attend des dépôts d’une valeur de 249,650 milliards FCFA et de 268,697 milliards FCFA en 2020. Le total bilan, quant à lui, doit être de 295,210 milliards FCFA en 2018 pour évoluer à 328,726 milliards en 2019 et 356,946 milliards en 2020.

En termes de bénéfice, l’Etat exige de la CBC, un montant de 1,803 milliard FCFA en 2018, puis 2,110 milliards en 2019 et 2,603 milliards en 2020. Les fonds propres nets corrigés de 12,016 milliards en 2017 doivent progresser à 12,937 milliards en 2018, puis à 14,097 milliards en 2019 et 15,529 milliards FCFA en 2020. En 2016, l’Etat du Cameroun et la Commission bancaire de l’Afrique centrale ont mené avec succès le redressement de la CBC, dans la perspective d’une cession des parts de l’Etat à des investisseurs privés crédibles.

Fondée en 1997, la CBC a connu, en 2009, des difficultés en termes de respect des ratios prudentiels et de préservation des fonds propres. La banque était dirigée à l’époque de ces contreperformances par le milliardaire, Yves Michel Fotso, aujourd’hui emprisonné pour détournement et complicité de détournement de deniers publics. L’administration provisoire de la CBC d’un capital de 12,5 milliards FCFA a été prorogée six fois.

Groupement économique

Entre temps, le Groupement d’intérêt économique (GIE) du groupe bancaire camerounais Commercial Bank (CBC), veut étendre son marché au-delà de ses filiales du Tchad et de la République centrafricaine (RCA). Joseph Fotso, l’administrateur délégué du Groupement explique qu’en raison des besoins actuels du marché dans le secteur de la monnaie numérique et de la digitalisation des transactions monétaires, le GIE veut saisir l’opportunité de rentabiliser davantage ses prestations en s’ouvrant à d’autres clients autres que CBC Cameroun, Commercial Bank Tchad et Commercial Bank RCA. C’est ce trio de banques qui a constitué le Groupement, le 26 décembre 2008, dans le but de fournir des services, des équipements informatiques et monétiques.

«Nous avons l’avantage de l’interbancarité qui est d’ailleurs en train d’être mise en place par le Gimac [Groupement interbancaire monétique de l’Afrique centrale]. Nous avons aussi l’avantage d’avoir un data center assez performant. Des ingénieurs qui participent à l’offre du Groupement comptent développer des applications pour aider les banques dans la gestion quotidienne», affirme Joseph Fotso.

 

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