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Gouvernement Dion Ngute : bilan économique en demi-teinte, un an après

EcoMatin accorde les bons et les mauvais points des 12 premiers mois de l’équipe du Premier ministre, formée le 4 janvier 2019.

Les pertes économiques causées depuis 2016 par la crise dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, selon une enquête du Groupement inter patronal du Cameroun (Gicam) publiée en septembre 2018, étaient évaluées à plus de 300 milliards de FCFA. En prenant les commandes du gouvernement le 4 janvier 2019, Joseph Dion Ngute avait comme priorité des priorités, le rétablissement de la paix dans cette partie du pays où l’ensemble des entreprises publiques et parapubliques sont au bord de la faillite. C’est le cas de la Cameroon Development Corporation (CDC), le plus gros employeur du pays après l’Etat. En juillet 2019, elle a annoncé la suppression de 11 000 emplois. Pour ce qui est des entreprises privées installées dans ces deux régions, la plupart sont en arrêt d’activités. Le secteur touristique qui était l’un des fleurons de l’économie de cette partie du pays, connaît un essoufflement spectaculaire. En clair, le Premier ministre n’est pas parvenu, en 12 mois, à ramener la paix et la sérénité dans ces régions qui, jusqu’en 2015, contribuaient pour 16,3% au Pib du Cameroun.


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En 2020, cette crise demeure « l’un des problèmes les plus urgents », selon le président de la République, Paul Biya. Les autres dossiers chauds de l’équipe Dion Ngute avaient trait, entre autres, à la poursuite des grands projets infrastructurels, y compris les chantiers de la Coupe d’Afrique des nations (CAN), le parachèvement des projets inscrits dans le Plan d’urgence triennal pour l’accélération de la croissance et l’amélioration des conditions de vie des populations, les réformes institutionnelles, la couverture santé universelle et le redressement de l’économie. Sur le dernier point, la croissance du Cameroun devrait s’établir à 4,2% à fin 2019 (contre 3,8 en 2018), selon le Fonds monétaire international (FMI). En attendant la confirmation de ce chiffre dans les prochains jours, il apparaît que le gouvernement a fait beaucoup d’efforts pour un retour de la croissance. A contrario, il y a une atonie persistante dans la conduite des grands projets.

Environnement des affaires

Sur ce plan, non seulement aucun projet structurant dit de seconde génération n’a été lancé en dehors du chantier du barrage hydroélectrique de Nachtigal à Batchenga (Centre), aucun des projets lancés à partir de 2012 dans le cadre du programme des « Grandes réalisations » n’a véritablement été parachevé.

Les travaux de construction des lignes d’évacuation de l’énergie produite par les barrages hydroélectriques de Memve’ele et Mekin dans la région du Sud se poursuivent timidement. Toutefois, le gouvernement a pu trouver une solution provisoire, en mettant sous-tension ces barrages, ce qui a permis l’injection d’environ 85 mégawatts d’électricité supplémentaire dans le réseau interconnecté Sud (RIS).


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Par ailleurs, alors que l’on croyait le dossier suffisamment avancé sous l’ex-ministre de la Santé publique, André Mama Fouda, Joseph Dion Ngute et son équipe n’ont pas pu faire aboutir en 2019, la couverture santé universelle promise depuis des décennies par le président de la République. Par ailleurs, l’on note une dégradation persistante de l’environnement des affaires. La perte d’une nouvelle place par le Cameroun dans le classement Doing Business publié en octobre dernier, illustre à suffisance cette tendance. En effet, après avoir reculé de deux places dans le classement précédent, il est passé du 166e rang au 167e en 2020.

Baisse du budget

Les chantiers de la CAN, eux aussi piétinent. Et du point de vue de l’amélioration des conditions de vie des populations, il y a eu augmentation du niveau général des prix à la consommation finale des ménages – alors que les revenus desdits ménages stagnent. Selon l’Institut national de la statistique (INS), les prix étaient en hausse de 2,5% au cours des neuf premiers mois de l’année 2019. Par ailleurs, il reste toujours attendu la publication des nouveaux chiffres sur l’emploi. Dans son adresse à la jeunesse, le 10 février 2019, Paul Biya avait annoncé que 500 000 nouveaux emplois seraient créés pour les Camerounais au cours de l’année qui vient de s’achever.

Pour la première fois depuis au moins 10 ans, le budget du Cameroun sera en basse (-260 milliards de FCFA). Il s’établit cette année en recettes et en dépenses à 4951,7 milliards de Fcfa, contre 5212 milliards Fcfa en 2019. Sur le plan des réformes institutionnelles, le gouvernement Dion Ngute a le mérite d’avoir donné naissance à la loi portant Code général des collectivités territoriales décentralisées, qui prévoit la mise en place effective des régions en 2020 et accorde un statut spécial aux deux régions du Nord-ouest et du Sud-ouest, dans la partie anglophone du pays. Avec ce dispositif juridique et institutionnel, le processus de décentralisation devrait connaître une accélération cette année. Au moins 500 milliards de FCFA seront affectés aux régions et aux communes en 2020, si la portion de 15% du budget de l’Etat est effectivement débloquée en faveur de ces collectivités territoriales.

Des mesures structurelles qui portent

Le 4 janvier 2019, Louis Paul Motaze est maintenu au poste de ministre des Finances au sein du gouvernement, avec comme nouveau Premier ministre Joseph Dion Ngute. Il est, à ce titre, un des plus expérimentés dans cette équipe gouvernementale au sein de laquelle il a occupé à deux reprises le poste de ministre de l’Economie et une fois celui de Secrétaire général des Services du Premier ministre (Sgpm). C’est dire la confiance que lui porte le chef de l’Etat Paul Biya pour continuer de mener à bien les dossiers qui lui incombent.

Et ils sont nombreux. Parmi les plus importants, il y a la poursuite des mesures structurelles diligentées sous l’égide du Fonds monétaire international (FMI). Elles portent sur l’amélioration de la viabilité budgétaire et la gestion du secteur public, le renforcement de la mobilisation des revenus non pétroliers, la réforme du système de passation des marchés publics, et la gestion de la Fonction publique et des entreprises étatiques. Le pilotage de ces réformes, conduit avec succès, a déjà permis au Cameroun de bénéficier de plusieurs financements. Au cours des 12 derniers mois, le Minfi et son équipe ont travaillé de manière à décrocher davantage de décaissements dans le cadre du Financement élargi de crédits (FEC).


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L’autre front sur lequel a continué le Minfi est celui de l’assainissement du fichier solde de l’Etat du Cameroun, avec l’opération de Comptage physique des personnels de l’Etat (Coppe), démarrée en 2018, qui a permis de réaliser 36 milliards de FCFA d’économie. Au cours de l’année qui vient de s’achever, cette maitrise de la masse salariale s’est poursuivie, avec notamment le débusquage de quelque 10 000 agents fictifs qui siphonnaient les caisses de l’Etat depuis de longues années. Mais, cela ne s’est pas arrêté à ce niveau. Louis Paul Motaze décide en effet de passer au virement individualisé des fonctionnaires et agents publics, ainsi que des pensionnés. Résultat : entre fin août et fin septembre, des économies pour 200 millions de FCFA réalisées, l’équivalent de 25 salles de classes modernes selon la mercuriale camerounaise.

En fait, le ministre des Finances a mis en branle la machine à réformes dans différents secteurs comme la douane camerounaise où il a impulsé une véritable purge contre les gabelous véreux, ou celui de la décentralisation avec des Collectivités territoriales décentralisées qui ont connu une véritable bouffée d’oxygène grâce aux fonds du Trésor public. Sans oublier les réformes engagées pour assouplir les modalités de mise en retraite et de paiement des pensions des retraités et autres pensionnés camerounais. En réalité, Louis Paul Motaze n’est pas un super ministre, mais on peut lui reconnaître d’avoir impulsé, au cours de la première année du gouvernement Dion Ngute, des changements importants.

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