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Grand dialogue national : retour sur les moments forts

Les séances plénières de fermeture et de clôture du GDN se sont déroulées sans tracas, contrairement aux travaux en commissions qui ont connu de nombreux soubresauts.

Commencé le 30 septembre 2019 sur les hauteurs du Palais des Congrès de Yaoundé, le Grand Dialogue National (GDN) convoqué par le président de la République Paul Biya pour mettre fin à la crise dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest, s’est achevé vendredi 4 octobre. Selon les organisateurs, tout semble s’être passé sans anicroche. Sauf que lors de la dernière journée, le programme a connu des égratignures. Annoncée à 11 heures précises, la plénière de clôture a démarré avec trois heures de retard. Selon nos sources, ce retard est dû au fait qu’il existait encore quelques dissonances sur certains points des recommandations faites dans le rapport général.

Au cours de la semaine, les choses n’ont pas toujours été simples dans les commissions. Au sein de celle dédiée à la décentralisation et au développement local, les discussions ont été très houleuses, avec comme point d’achoppement la forme de l’Etat. D’un côté, ceux qui voulaient le retour de nouveau au fédéralisme, majoritairement originaires de la zone anglophone. Et de l’autre côté, ceux qui soutenaient mordicus le maintien de la décentralisation, majoritairement originaires de la zone francophone et surtout membres du Rassemblement démocratique du Cameroun (RDPC). La deuxième faction a gagné puisque l’option finalement prise est la décentralisation.

Au demeurant, les travaux de ce Grand Dialogue National ne sont pas sortis du cap fixé par le Premier ministre le premier jour. « En décidant de convier les forces vives du Cameroun à ce Grand dialogue national, le président Biya rend chacun de nous entièrement responsable du destin de notre patrie », avait en effet indiqué Joseph Dion Ngute. Avant de souligner que ces assises étaient l’occasion « d’un sursaut collectif, destiné à trouver des solutions concrètes et pragmatiques, loin des querelles de chapelles, aux problèmes qui nous ont séparés physiquement et intellectuellement ces dernières années ».

Le chef du gouvernement et président du GDN s’est d’ailleurs dit satisfait de la conduite des concertations et de la qualité des recommandations qui ont été faites à l’issue des travaux du Grand Dialogue. Celles-ci seront remises à l’appréciation du président de la République.

Repentance : le show des ex-combattants sécessionnistes

Moment sincère de réconciliation ou mise en scène savamment orchestrée par des manipulateurs ? La question a été disputée au sein de l’opinion publique camerounaise durant le Grand Dialogue National (GDN), en ce qui concerne la participation d’ex-combattants séparatistes. Au cours de la cérémonie solennelle d’ouverture, une trentaine de jeunes ont été présentés dans la salle 1 500 du Palais des Congrès de Yaoundé comme étant d’anciens membres de groupes armés repentis.

Ces derniers, ont loué la convocation du GDN par le président, et émis le vœu que les recommandations soient appliquées. Sauf que, sortant du discours qu’on avait préparé pour eux, leur porte-parole a tenu à justifier leur ralliement aux troupes sécessionnistes. D’après lui, leur position radicale découle de la marginalisation et du mépris dont ils ont souvent été victimes de la part des instances gouvernantes et même des populations francophones. Une autre jeune dame a expliqué avoir été trompée par les « ambazoniens » pour embrasser leur cause. Tous, en tout cas, demande pardon pour le mal qu’ils ont causé.

Même rengaine, deux jours plus tard, lorsque cinq anciens généraux des troupes séparatistes ont été présentés à la presse. General Capture and Destroy, Commandant Pussy, Ezemo Gardien du Temple, Commandant No Mercy et Commandant Champion ont exprimé leurs regrets d’avoir participé à la destruction d’une partie du pays et causé des centaines de morts. « J’ai tué mes frères et je demande pardon au peuple camerounais car nous sommes un seul et même pays. Nous voulons travailler ensemble dans la paix et l’unité nationales », a déclaré Général « Capture and Destroy ». Le bal des repentis ne s’est pas arrêté à ce niveau, puisque jeudi et vendredi, une vingtaine d’autres se sont adressés au public.

Pour de nombreux camerounais, ces apparitions d’anciens « ambazoniens » n’étaient qu’une mise en scène orchestrée par les pouvoirs publics pour donner l’impression que la défection grandit dans les rangs des sécessionnistes. On note que ces déclarations ont eu des retours contraires aux effets attendus. L’exacerbation est d’autant plus grande que les victimes de cette guerre dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest sont passées quasiment inaperçues au cours de ce Grand Dialogue National, alors que leur réinsertion était un des sujets centraux des assises.

Participations : satisfactions, défections et déceptions

Tout évènement connait généralement des satisfaits et des déçus. Et ce n’est pas le Grand Dialogue national qui a échappé à cette règle. Cela s’est ressenti moins de 24 heures après le démarrage des travaux. En effet, au moment de la constitution des commissions, il a été constaté le désistement de Christopher Fomunyoh, que l’on avait annoncé comme président de la commission chargée de la reconstruction et du développement des régions touchées par le conflit. Absence qui, du reste, n’a pas surpris beaucoup de participant, connaissant les accointances et lui et les leaders séparatistes basés à l’étranger.

A sa suite, et de manière plus fracassante, on a noté le lendemain le désistement de Me Akere Muna, leader du mouvement NOW. Selon lui, cette décision découlait de ce qu’il ne souhaitait plus jouer le « figurant ». Il dénonçait le fait que tout ait été mis en place sans consensus ; les personnalités, les commissions et leurs compositions, ainsi que les thématiques ayant été déterminées de manière unilatérale par une des parties prenantes qui est le gouvernement. Ce sont par ailleurs les mêmes griefs portés par Alice Sadio, président de l’Alliance des forces Progressistes (AFP) qui a elle aussi quitté les lieux.

D’autres ont par contre résolu de revenir en salle, après avoir entrepris de ne plus assister aux travaux. C’est le cas de Jean jacques Ekindi, président du Mouvement Progressiste (MP) qui a annoncé son désistement dans l’après-midi du mardi, avant de se rebiffer le lendemain. Selon ses explications, il est revenu assister aux travaux après avoir été rassuré par le Premier ministre que ses suggestions seraient prises en compte. Même volte-face du côté de Célestin Bedzigui, président du Parti de l’Alliance Libérale (PAL), au bord de la rupture par ce qu’il estimait que « Le Grand Dialogue National prescrit par le président Biya a été transformé en monologue de Dion Ngute ».

L’une des figures que l’on peut également évoquer dans ce lot de déceptions est Cabral Libii. Le désormais président du Parti Camerounais pour la Réconciliation Nationale (PCRN) s’est dit déçu du déroulement des travaux. Vice-président de la commission en charge du retour des réfugiés et des personnes déplacées, il a qualifié les assises de « sessions du comité central du RDPC à une assemblée générale d’émargement aux fins d’obtenir des primes de session ». Il était convaincu que le Grand Dialogue National accoucherait d’une souris.

On ne saurait oublier cette atmosphère dans les coulisses du palais des Congrès qui montrait bien que même dans les rangs du Rassemblement démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), une pléthore de personnalités était mécontente du déroulement des assises.

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