Les banques de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) devraient rester « résilientes » face aux conséquences du conflit entre les États-Unis et l’Iran, mais une flambée durable des prix du pétrole pourrait alimenter l’inflation et fragiliser leur solvabilité, a averti l’agence de notation Fitch Ratings dans une note publiée le 22 juin.
10 600 milliards FCFA de créances publiques
« Les profils de crédit des banques de la CEMAC devraient rester résilients face aux effets du conflit irano-américain, avec un impact limité sur leurs indicateurs de crédit », écrit Fitch. L’agence souligne toutefois que cette résilience repose sur un équilibre fragile, alors que les établissements de la sous-région demeurent fortement exposés aux finances publiques. À fin septembre 2025, les créances des banques sur les États et les entreprises publiques atteignaient 10 600 milliards de FCFA, soit 39 % de leurs actifs totaux. Près de 80 % de cette exposition était constituée de titres publics, faisant des banques les principaux financeurs des gouvernements de la région.
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Selon Fitch, la hausse des cours du pétrole consécutive à l’escalade militaire au Moyen-Orient devrait, dans un premier temps, profiter aux pays exportateurs d’hydrocarbures de la CEMAC (Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale et Tchad) grâce à des recettes budgétaires et extérieures supplémentaires. L’agence estime toutefois qu’une partie importante de cette manne sera absorbée par les dépenses publiques, notamment les investissements au Gabon et les subventions au Congo, limitant ainsi son impact sur les tensions persistantes de liquidité observées sur le marché régional des titres publics.
Risques de refinancement
Le principal risque identifié par Fitch concerne une hausse durable des prix de l’énergie. Bien que producteurs de pétrole brut, les pays de la sous-région restent dépendants des importations de produits raffinés. Une envolée prolongée du brut au-delà de 100 dollars le baril pourrait ainsi renchérir les coûts de transport, alimenter l’inflation, réduire le pouvoir d’achat des ménages et accroître les charges d’exploitation des entreprises. Dans ce scénario, la capacité de remboursement des particuliers et des PME pourrait se détériorer, entraînant une dégradation de la qualité des actifs bancaires. « Nous estimons que ces effets compenseraient largement toute amélioration de la qualité des actifs liée aux prêts souverains induite par la hausse des prix du pétrole », prévient Fitch.
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L’agence met également en garde contre un éventuel durcissement des conditions de financement. Une inflation durablement élevée ou une baisse de l’appétit des investisseurs pourrait compliquer le refinancement des dettes arrivant à échéance, en particulier pour le Gabon et la République du Congo, deux pays dont les profils souverains demeurent fragiles. Une telle situation augmenterait le risque de pertes sur les créances publiques détenues par les banques et accentuerait les tensions de liquidité dans le système financier régional.
Créances douteuses
Cette mise en garde intervient alors que le secteur bancaire de la CEMAC reste confronté à des fragilités structurelles. À fin septembre 2025, le ratio de créances douteuses atteignait encore 16,7 %, même s’il s’inscrit en amélioration par rapport aux années précédentes. Le taux de couverture par les provisions demeure limité à 74 %, un niveau que Fitch juge insuffisant pour absorber un choc économique majeur dans un contexte d’incertitudes géopolitiques croissantes.
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