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Guillaume Wamal : « le cautionnement des marchés publics impose de bloquer en numéraire 35 à 45% du budget du projet en avance »

Depuis l’instauration d’une caution numéraire obligatoire pour accéder aux marchés publics au Cameroun, le secteur des BTP est en crise. Dans cette interview, Guillaume Wamal, président de l’Association nationale des entreprises d’entretien routier, des bâtiments et des travaux publics (ANEER-BTP), tire la sonnette d’alarme. Il dénonce une mesure qui handicape les PME locales et asphyxie leur trésorerie. Face à la menace qui pèse sur le secteur, l’organise qu’il dirige appuyée par l’APICCAM ont saisi le ministre des Marchés Publics et même le Premier Ministre en vue d'une action de normalisation.

Publiée mercredi 23 avril 2025 à 19:37:48Modifiée mercredi 23 avril 2025 à 19:37:59Temps de lecture 6 minPar Arthur WANDJI

Guillaume Wamal, Président de l’Association Nationale des Entreprises d’Entretien Routier, des Bâtiments et des Travaux Publics (ANEER-BTP) au Cameroun

Comment les acteurs du secteur du BTP ont-ils accueilli la décision du ministre des Marchés Publics d’imposer une caution numéraire préalable pour soumissionner aux appels d’offres ?

La mise en application de ces mesures a suscité sidération et incompréhension au sein du secteur de la construction considéré à juste titre comme le moteur de la croissance du pays dont le poids économique représente 7% du Produit National Brut. Animé par un tissu entrepreneurial composé à près de 99% de PMEs locales principalement, le secteur des BTP se trouve à présent dans un état de léthargie. Ces mesures étant venues s’ajouter aux nombreuses entraves auxquelles nous sommes confrontés depuis plusieurs années.

Lire aussi : Commande publique : la nouvelle réforme sur les cautionnements inquiète le patronat camerounais

Les entreprises, dans leur grande majorité, se sont subitement retrouvées dans l’impossibilité de continuer à prester dans le secteur de la commande publique. Les conditions exigées étant pratiquement inaccessibles.

Au demeurant quelle compréhension faudrait-il avoir de la notion de caution dès lors que 100% de la valeur à cautionner ferait l’objet de la constitution d’un déposit en numéraire ? C’est le lieu de préciser que la caution n’est pas le papier délivré. La caution c’est l’institution financière émettrice de ce document par lequel elle atteste son engagement par signature envers le créancier à exécuter l’obligation contractée par son client au cas où ce dernier ne parviendrait pas à le faire.

Quelles démarches avez-vous entreprises pour faire entendre votre voix ? Avez-vous proposé une alternative concrète à cette mesure ? Si oui laquelle ?

Dès la publication de la lettre circulaire signée le 5 juin 2024, nous avons sollicité une audience auprès du ministre des Marchés Publics qui nous a reçus le 12 juillet 2024 en compagnie de ses principaux collaborateurs. Nous lui avons fait part des risques que représente la mise en application de ces mesures sur la survie des PME et sur l’économie en général. A la suite de ces échanges, nous lui avons adressé une lettre cosignée par notre organisation professionnelle et l’Association Professionnelle des Ingénieurs Conseils et Sociétés d’Ingénierie du Cameroun (APICCAM).

Animé par un tissu entrepreneurial composé à près de 99% de PMEs locales principalement, le secteur des BTP se trouve à présent dans un état de léthargie.

Dans cette correspondance datée du 18 juillet 2024, la requête que nous formulions était la suivante : « …afin d’éviter la paralysie complète d’un secteur aussi névralgique que les BTP et des PME en général…, nous vous prions de bien vouloir surseoir à l’application de la lettre circulaire en attenant qu’ensemble nous nous accordions sur une approche conciliant les textes réglementaires pertinents, les règles et procédures des secteurs financiers et les contraintes opérationnelles et financières des entreprises ».

Le Groupement des Entreprises du Cameroun (Gecam) s’est également saisi de cette affaire. Peut-on parler d’une position commune du secteur privé sur cette mesure ? Y’a-t-il eu une coordination entre votre association et d’autres organisations patronales ?

Effectivement, le Gecam a saisi le ministre sur cette même question le 25 mars 2025. Il s’en est suivie une séance de concertation le 11 avril 2025 avec cette organisation patronale. Les griefs et les recommandations qui en ont découlées rejoignent les nôtres. Quant à nous, nous avons adopté une démarche sectorielle dans le cadre de la plateforme des organisations professionnelles du secteur des BTP constituée de notre Association l’ANEER-BTP et de APICCAM. Notre réactivité, cinq semaines après la sortie de la lettre circulaire s’explique par le fait que touchés directement, les effets délétères des mesures édictées par cette lettre circulaire sur notre secteur ont été immédiatement ressentis.

Quels risques cette mesure fait-elle peser à court terme sur l’activité du secteur, sur l’exécution des projets publics et sur l’économie nationale en général ?

Afin d’appréhender au mieux l’inopérationnalité et le caractère contreproductif de cette mesure, il faut noter que son application impose le blocage en numéraire de 35% à 45% du budget de chaque projet avant même de commencer les travaux. A titre d’illustration, pour réaliser un marché de 10 milliards de FCFA, l’entreprise doit disposer et bloquer la somme de 3 à 4 milliards de FCFA. Dans une économie normale, une entreprise ne saurait disposer de trésorerie oisive à de tels niveaux. Et on parle ici d’un seul projet. Quand bien même ça serait le cas, l’on opterait plutôt pour des placements bancaires dont la rémunération est certaine en lieu et place des marchés publics dont le dénouement en termes de marge, de délai de paiement, de coûts bancaires est incertain. Avec toute la prise de risque inhérente à tout contrat.

Pour réaliser un marché de 10 milliards de FCFA, l’entreprise doit disposer et bloquer la somme de 3 à 4 milliards de FCFA. Dans une économie normale, une entreprise ne saurait disposer de trésorerie oisive à de tels niveaux.

Les conséquences du maintien d’un tel dispositif réglementaire sont multiples : la banqueroute des PMEs professionnelles et structurées qui vivent de la commande publique ; la destruction des emplois qui en est le corolaire ; l’absence de la concurrence ; le renchérissement des coûts des projets ; la mauvaise exécution qualitative et quantitative du budget d’investissement public ; et au final, la baisse de la croissance et du Produit National Brut.

Envisagez-vous d’autres actions si la mesure n’est pas suspendue ?

Cinq mois après notre rencontre avec le ministre des Marchés Publics, constatant un statu quo insupportable, nous avons à travers la plateforme des organisations professionnelles du secteur des BTP, formulé notre doléance à monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement par une correspondance du 6 décembre 2024. Nous savons que cette requête a été répercutée au Chef du département ministériel compétent. La récente entrée en scène, même plutôt tardive, du Groupement des Entreprises du Cameroun (Gecam) nous apparaît salutaire. Nous n’osons même pas penser qu’une suite favorable ne soit réservée à cette action qui vient conforter la démarche que nous avons entreprise depuis huit mois.

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