L’affaire avait secoué, en son temps, le paysage bancaire de la Cemac (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale). Le 9 janvier 2021, un conseil d’administration mettait un terme au mandat de Joseph Célestin Tindjou Djameni à la tête de CCEI Bank GE. La fin d’une ère puisque le Camerounais occupait cette fonction depuis 1994, et pendant deux décennies contrôlait près de 70% de parts de marchés. La mise à l’écart de Joseph Célestin Tindjou Djameni marquait également la fin de l’ère Afriland First Group (AFG), alors maison mère de CCEI Bank. Nourris par des velléités de nationalisation de cette banque d’importance systémique, l’État avait alors entrepris une nationalisation aux forceps, payant un chèque de 44,7 millions d’euros pour s’arroger les 66% de parts détenues par l’actionnaire majoritaire dans le capital de la banque.
Si l’objectif de départ était d’intégrer la banque dans le portefeuille de l’État et d’en faire une banque publique, Malabo a changé ses plans et envisage désormais de laisser la gestion de la banque à un privé. L’information est contenue dans un récent rapport du FMI, réalisé en juillet dernier au terme des consultations avec les autorités équato-guinéennes. On y apprend notamment qu’un plan de restructuration de cet établissement « d’importance systémique qui présentait auparavant une dépendance structurelle à l'égard des liquidités fournies par la Beac », a déjà été mis en branle.
Lire aussi : Guinée Equatoriale : pourquoi l’offre de crédit à l’économie ne cesse de reculer
Concrètement, l'État, actionnaire de référence avec 76 % des droits de vote, a dû apurer tous ses arriérés vis-à-vis de la banque. La totalité des créances en souffrance de l'établissement ont également été récupérées par l'État qui les a converties en dette publique et mis en place un calendrier d'apurement. Selon le document du FMI, Malabo aurait également gelé la distribution des dividendes dans le but de renforcer les fonds propres de CCEI Bank GE. L’échéancier de ce désengagement n’est pas connu.
Stratégie nationale de privatisation
Les autorités du pays ont également annoncé qu’elles réaliseraient un audit de l’établissement avant d’entamer les procédures pour trouver un repreneur. « Les autorités prennent également des mesures pour préparer la vente de la banque à un partenaire stratégique, y compris la préparation de son évaluation de marché », peut-on lire. Les raisons de cette cession n’ont pas officiellement été évoquées. Toutefois, selon les informations de EcoMatin, cela participerait d’une stratégie globale de Malabo visant à accélérer son désengagement de certaines entités publiques jugées budgétivores. En février dernier, Teodoro Obiang Nguema, le Président Équato-guinéen, avait signé un décret établissant les « Mesures de relance économique et financière pour la viabilité de l'économie et des finances publiques en Guinée équatoriale, pour la période 2024-2028 ». Parmi ces mesures, figurait en bonne place la privatisation de plusieurs entreprises publiques.
En effet, grâce à ressources tirées du pétrole, la Guinée-Équatoriale a été très offensive ces dernières décennies en investissant des sommes énormes dans le secteur productif à la place des privés. Une stratégie limitée puisqu’elle a permis de développer un climat de corruption au sein de ces entreprises et la performance n’a pas toujours suivi, si on s’en tient au décret présidentiel sus évoqué. C’est ainsi qu’un programme de désengagement a été mis en branle par les autorités. C’est dans ce sillage que le pays a privatisé la gestion du terminal aéroportuaire de Malabo et des ports nationaux (Bata, Malabo et Luba). Malabo a également entamé des pourparlers avec Ethiopian Airlines pour lui céder Ceiba Intercontinental, la compagnie aérienne publique. CCEI Bank GE n’est donc pas un cas isolé et l’approche du gouvernement devrait toucher plusieurs autres entités.
Stimuler la concurrence
La cession des parts de l’État dans CCEI-Bank permettra également de réduire la voilure de Malabo dans une industrie bancaire où il est ultra dominant. L’État équato-guinéen est (directement ou indirectement) présent au capital de toutes les 5 banques en exercice dans le pays. Outre Bange Bank (60%) et CCEI-Bank (75%) Malabo et ses entités contrôlent un peu plus de 35% de BGFIBank GE, 25% d’Ecobank et 31% de Société Générale. Dans cette dernière banque, le Président Teodoro Obiang Nguema détient à titre personnel 7,14% du capital. En 2021, les 2 banques publiques contrôlaient plus de 68% de parts de marché ; une position dominante mais qui ne favorise pas une concurrence saine dans ce pays de moins de 2 millions d’habitants.
Le recentrage sur Bange Bank
En privatisant CCEI, Malabo souhaite aussi recentrer son attention sur le développement de Bange SA qui est aujourd’hui leader dans le pays et est à la conquête de nouveaux marchés. Afin de renforcer la puissance de la banque verte, l’État a transféré CCEI Bank Bénin dans son portefeuille. Cette dernière était alors une filiale de CCEI Bank GE. Bange a également ouvert une filiale au Cameroun est également en pourparlers pour ouvrir une représentation en Côte d’Ivoire. Pour financer cette expansion, la banque détenue à près de 60 % par l'État équato-guinéen a travaillé à renforcer ses fonds propres ces dernières années. Son capital social a été multiplié par 5 en l'espace de 2 ans pour atteindre 56 milliards de Fcfa.

