Pour l’année 2023, le Groupe BGFIBank a déclaré un résultat net de 96 milliards de Fcfa en hausse de 55% en glissement annuel. Quels ont été les principaux facteurs qui ont soutenu cette performance ?
Depuis 2010, le Groupe BGFIBank fonctionne avec des plans quinquennaux. Le plan que nous mettons en œuvre aujourd’hui, baptisé « Dynamique 2025 », porte sur cinq piliers en termes de stratégie, de développement, d’organisation et d’orientation. Il s’agit de la gouvernance, du capital humain, de la gestion des ressources, de la maîtrise du risque et du développement. Ce plan a donné des orientations en ce qui concerne l’atteinte du bilan total d’une part et la maîtrise des risques, d’autre part, pour arriver au bénéfice. Le résultat que nous avons réalisé en 2023, qui est de 96 milliards de Fcfa en consolidé, mais plus de 101 milliards de Fcfa en combiné, obéit à ce qui avait été prévu.
Le Groupe a défini quatre pôles de développement dans sa stratégie : la République Démocratique du Congo, la Côte d’Ivoire, le Gabon et le Cameroun.
Certes il est en augmentation par rapport à 2022, mais il est conforme à ce que nous avions prévu de faire. D’abord une démarche commerciale minutieuse au niveau de tous nos pôles de développement. Le Groupe a défini quatre pôles de développement dans sa stratégie : la République Démocratique du Congo, la Côte d’Ivoire, le Gabon et le Cameroun. Chaque pays est un pôle de croissance, mais avec des ambitions et des objectifs bien clairs. De l’autre côté, nous avons mis en place une politique de maîtrise des risques et sommes ravis que tous les dispositifs aient bien fonctionné. Ce qui fait que nous n’avons pas beaucoup de pertes opérationnelles, encore moins de crédits distribués et le dernier volet est la maîtrise de généraux. Tous ces éléments, qui tiennent compte du niveau de nos économies, la bonne maîtrise des risques et la maîtrise des frais généraux, ont fait que nous avons aujourd’hui tous ces bons résultats. Je tiens à remercier tous mes Directeurs Généraux qui se sont investis dans leurs pays respectifs pour réaliser l’objectif que nous avons eu en 2023.
Où vous situez-vous dans l'atteinte des objectifs du plan stratégique « Dynamique 2025 » ?
C’est une belle surprise pour nous. Lorsque nous l’avons mis en place en 2020, nous avions un indicateur visant en 2025 un total bilan de 5 000 milliards de Fcfa et nous avons dépassé les 5 300 milliards de Fcfa au 31 décembre 2023. Cet objectif a été révisé à la hausse et est dorénavant de 6 000 milliards de Fcfa de total bilan, pour un résultat qui dépasse les 150 milliards de Fcfa alors que notre objectif de départ sur ce segment était de moins de 100 milliards de Fcfa. Voilà donc les nouvelles orientations et l’ambition que nous avons données à nos collaborateurs.
Au terme de l’année 2023, vous annoncez encore des dividendes. Comment conciliez-vous la politique de dividendes avec les contraintes règlementaires ?
Dans le métier qui est le nôtre, il faut toujours se rassurer d’avoir un ratio de solvabilité élevé, parce qu’il permet d’avoir la capacité de distribuer des dividendes. Nous avons également défini le niveau de dividendes que l’on peut verser chaque année, en fonction du niveau du ratio de solvabilité. Nous allons réunir l’assemblée générale du Groupe, le 27 juin et le conseil d’administration va proposer de distribuer 11 000 Fcfa par action en 2023. Mais, nous avons distribué 15 000 Fcfa par action l’année précédente, parce que la Cobac avait interdit la distribution des dividendes pendant 3 ans lorsque la Covid-19 est intervenue. Donc, 15 000 Fcfa ramenés sur 3 ans (2020 – 2022, ndlr), cela fait 5 000 Fcfa par an.
Vous venez de prendre part au Conseil d’administration de BGFIBank Cameroun, quelles sont les grandes annonces qui ont été faites?
Ce pôle de croissance qu’est le Cameroun nous a permis d’atteindre un total bilan de pratiquement 600 milliards de Fcfa. A noter que cela fait à peine 12 ans que BGFIBank Cameroun est présent sur le marché et les observateurs ont tendance à nous comparer aux anciennes banques qui sont implantées depuis des années. En tant que jeune banque, cela ne nous déplait pas d’être comparée aux anciennes, c’est la preuve que nos équipes de management et tous les collaborateurs de BGFIBank Cameroun sont au niveau des anciennes banques. Ce résultat nous a permis d’arrêter trois mesures très importantes pour notre banque. La première est de récompenser nos actionnaires lorsqu’on fait un bon résultat. Nous avons à cet effet prévu un dividende de 8,3 milliards de Fcfa pour eux.
Cet objectif a été révisé à la hausse et est dorénavant de 6 000 milliards de Fcfa de total bilan, pour un résultat qui dépasse les 150 milliards de Fcfa alors que notre objectif de départ sur ce segment était de moins de 100 milliards de Fcfa.
La seconde décision a été de renouveler la confiance au Directeur Général. Donc, Abakal Mahamat a été reconduit dans ses fonctions pour une période de 5 ans. Enfin, dans le but de renforcer la gouvernance, qui comprend la nomination d’un nouveau PCA, en ma personne, je succède à cette fonction l’ancien PCA, Monsieur Richard Lowe, à qui nous rendons un hommage pour le travail abattu depuis l’implantation de la banque au Cameroun.
Quelles sont les directives données au Directeur Général de BGFIBank Cameroun reconduit pour un mandat de 5 ans ?
Le Groupe fonctionne selon des plans quinquennaux tandis que les filiales fonctionnent sur des plans de trois ans. Donc le DG de BGFIBank Cameroun a reçu un plan sur trois ans, qui obéit aux indications données dans le plan stratégique du Groupe, c’est-à-dire assurer la bonne gouvernance conformément aux prescriptions règlementaires. Il doit ensuite s’assurer que nous puissions transformer le capital humain à l’origine de cette dynamique au niveau de la croissance. Car, après tout, nous sommes une société de service et ce sont ces hommes et femmes qui sont les éléments moteurs de notre gouvernance. Donc, il nous faut avoir des personnes de bon niveau. La formation avec notre école BGFI Business School, à Libreville, permet de renforcer les capacités de nos collaborateurs.
Le DG de BGFIBank Cameroun a reçu un plan sur trois ans, qui obéit aux indications données dans le plan stratégique du Groupe, c’est-à-dire assurer la bonne gouvernance conformément aux prescriptions règlementaires.
Il doit troisièmement s’assurer que toutes les ressources que nous avons, qu’elles soient financières, humaines ou matérielles (comprises dans le deuxième axe), soient bien gérées, notamment en termes de patrimoine et de finance. Le quatrième axe s’adosse sur les risques. Tous les crédits que nous accordons, génèrent des risques ainsi que toutes les opérations que nous gérons. Donc, il faut avoir un bon dispositif de limite de risques. Le dernier axe, est le développement. Le conseil a autorisé l’élargissement de notre base clientèle, le renforcement de notre présence dans le pays avec de nouvelles agences, la prise en compte de toutes les opportunités qui peuvent se présenter sur le marché. Notre objectif est d’être parmi les deux ou trois premières banques du pays dans les trois prochaines années.
L’activité de votre filiale camerounaise a également progressé, notamment dans le segment du crédit, avec une augmentation de 20%. Cela témoigne d’une forte implication dans le financement de l'activité économique. Quelle appréciation faites-vous de l’évolution de cette filiale ?
L’évolution de BGFIBank Cameroun reflète la satisfaction du Groupe en général. Nous avons défini le Cameroun comme un pôle de croissance et notre entité a un double objectif : être parmi les premières institutions financières du pays et le partenaire de l’Etat à travers les projets structurants, celui des entreprises, des particuliers et de tout le monde, dans la mesure où notre politique aujourd’hui doit être beaucoup plus axé sur un service de proximité. Cela se fera en développant les quatre métiers du Groupe que sont la banque commerciale, la banque des entreprises, la banque privée et la gestion d'actifs, les services financiers spécialisés et l’assurance. Nous voulons aujourd’hui, qu’à BGFIBank Cameroun, que ces quatre métiers soient développés avec force et vigueur pour que nous puissions acquérir la première place que nous recherchons assez rapidement.
On observe également une certaine montée en puissance de la Fondation BGFIBank ici au Cameroun, pays dont l’ambition affichée est d’être un pôle de croissance. Quel est la place des actions de RSE dans la stratégie de développement de BGFIBank Cameroun ?
Nous avons mis en place la Fondation BGFIBank qui est engagée dans nos politiques sociales et tous les ambassadeurs qui représentent la Fondation au Cameroun travaillent avec elle dans les actions tournées vers la formation et l’éducation, parce que c’est l’axe que nous avons choisi pour elle. Toutes nos actions se poursuivent et vont se renforcer pour que la place qu’occupe le Cameroun en tant que pôle de croissance se raffermisse encore davantage.
Par ailleurs au Cameroun, l'équipe dédiée à la banque de patrimoine se renforce. Quel est le potentiel de ce marché dans la sous-région ?
Le Cameroun est un pays riche par sa population, son sol, son sous-sol et il est donc normal qu’il y ait des personnes fortunées au Cameroun. Il nous revient, à nous banquiers, de gérer cette clientèle-là. Comme pour toutes nos cibles, nous réservons également à cette clientèle, une attention particulière, lui proposons des produits adaptés. C’est pourquoi nous avons développé chez nous la banque privée qui répond à ces préoccupations-là. Notre objectif est de faire en sorte que le client puisse trouver chez nous des solutions adaptées, peu importe ses besoins. Cela va de la banque commerciale à la banque privée.
Nous supposons que vous avez déjà réalisé une étude de marché pour ce segment et souhaitons savoir à combien vous estimez ce marché au Cameroun et dans la sous-région ?
Nous ne traitons pas le problème de cette manière. On se pose d’abord la question de savoir s’il existe une clientèle à ce métier dans notre région et l’on s’assure que la réponse est positive. Car, on ne peut pas imaginer que dans un pays, on n’ait pas des gens qui soient aisés. La problématique de la banque privée dépend de là où on met le curseur. Nous avons donc une clientèle aisée, qui a besoin d’avoir une certaine considération avec des produits adaptés.
Il y a 2 ans, vous posiez la première pierre de l'immeuble siège de la filiale camerounaise avec pour réception des travaux l'année 2024. Nous y sommes. Où en sont les travaux ?
Ce jour-là, nous avons dit que c’est notre manière de montrer l’engagement du Groupe envers le Cameroun. Nous avons ainsi indiqué que le siège serait inauguré en 2024 et nous garantissons que les travaux avancent conformément au plan. On peut dire que le bâtiment sera livré et inauguré autour du quatrième trimestre de l’année en cours.
Sur le continent, les banques occidentales choisissent de partir. Est-ce qu’un Groupe comme BGFIBank qui revendique son africanité, et l’ensemble des autres groupes de même nature, pense avoir les capacités solides pour remplacer ces banques occidentales ?
C’est une question dont la réponse va d’elle-même, dans la mesure où, aujourd’hui, vous voyez les niveaux de financement que nous apportons à nos États et à nos entreprises. Au nom de notre Groupe, nous pouvons dire que nous regardons avec une attention particulière les mouvements de ces groupes qui quittent le continent africain. Donc nous allons au fur et à mesure que ces banques quittent le continent, prendre les places disponibles comme nous avons commencé au Congo.
L’évolution de BGFIBank Cameroun reflète la satisfaction du Groupe en général. Nous avons défini le Cameroun comme un pôle de croissance et notre entité a un double objectif : être parmi les premières institutions financières du pays et le partenaire de l’Etat
Vous savez que nous avons engagé ce processus avec la filiale Société Générale Congo et maintenant nous attendons les autorisations de la Commission bancaire pour que les opérations puissent être finalisées. Sinon, les accords ont donc été conclus et nous regardons avec bienveillance ce qui se fait dans chacun des pôles de croissance qui sont les nôtres aujourd’hui et nous avons dans notre plan stratégique de développement deux attitudes qui sont soit d’aller vers une acquisition, soit d’implanter notre propre filiale comme cela fut le cas au Cameroun. Nous avons donc des équipes de veille qui observent de près tous les mouvements du marché et on peut vous assurer que le départ de ces Groupes ne va pas causer un désert. Il y aura plutôt une complémentarité et des places qui seront acquises par nous ou n’importe quelle banque africaine.
Avec la reprise des actifs de Société Générale Congo, ce pays devient très important pour le Groupe. Avez-vous des données chiffrées de la performance du Congo désormais suite à cette acquisition ?
Aujourd’hui, BGFIBank Congo est la première banque du pays avec près de 40% de parts de marché et l’objectif pour nous en reprenant cette entité est de renforcer cette position qui est la nôtre. En termes de stratégie, à partir du moment où nous avons ou que nous aurons repris cette entité, le Congo vient lui aussi dans le peloton de pôles de croissance de notre Groupe. Le Congo va monter en puissance et il y a beaucoup d’attentes en termes de contribution. Il faut savoir qu’aujourd’hui, quand nous regardons le volume de nos différentes entités, le Congo est le deuxième contributeur après le Gabon. Le résultat net du Congo en 2023 est de plus de 22 milliards de Fcfa tandis que le Gabon, c’est 33 milliards de Fcfa. Ceci dit, nos filiales ne se comparent pas entre elles. Et si oui, par rapport à leur marché et aux objectifs que nous leur fixons.
Est-ce que BGFIBank ne serait pas intéressée par l’acquisition de CBC Bank au Cameroun, où le marché est quand même ouvert et des nouvelles multinationales d’Afrique de l’Ouest se sont positionnées ?
Nous pouvons vous dire aujourd'hui, que dans notre stratégie, CBC ne fait pas partie de ce que l’on prévoit de faire. On peut certes considérer que nous avons raté une opportunité mais nous avons choisi volontairement de ne pas nous y intéresser et continuerons notre chemin en fonction de notre stratégie.
De nouvelles filiales de Société Générale sont mises en vente, notamment au Cameroun, au Ghana et en Tunisie. Ne représentent-elles pas une opportunité pour renforcer votre présence dans les zones Cemac et Cedeao, ou pour étendre votre présence dans le Maghreb ?
Notre développement obéit à notre stratégie à nous et non par rapport à celle des autres. Le Maghreb ne fait pas encore partie de notre stratégie. Même s’il y a une opportunité qui s’offre à nous, nous n’irons pas, car pour le moment cette zone ne fait pas partie de la stratégie que nous avons définie. Nous voulons augmenter notre ancrage dans les pays que nous aurons choisis, que nous maîtrisons.
Le Congo est le deuxième contributeur après le Gabon. Le résultat net du Congo en 2023 est de plus de 22 milliards de Fcfa tandis que le Gabon, c’est 33 milliards de Fcfa.
Nous ne pouvons pas aller dans un pays dont on ne maîtrise ni l’écosystème ni l’environnement nécessaire pour bien faire le métier qui est le nôtre. Donc, nous observons les mouvements dans les pays où nous sommes implantés et là où nous ne sommes pas, nous respectons la stratégie que nous avons définie depuis longtemps.
Plusieurs de vos filiales multiplient les initiatives pour développer la banque de détail. Quel est aujourd'hui le positionnement de la clientèle de BGFIBank ?
BGFIBank est un portail financier qui permet de répondre aux préoccupations de toutes les classes, car on exerce quatre métiers. Dans les pays avec de fortes populations, on va privilégier par exemple la banque commerciale. Dans les pays où il y a plus d’entreprises, la primeur sera donnée à la banque des entreprises. Dans ceux où vous avez une population un peu plus fortunée, on privilégiera la banque privée et dans les pays où on retrouve un peu de tout, on mettra en avant les services financiers spécialisés. Donc, on prend le produit qui sied à l’environnement le moment venu et au contexte approprié. Nous ne sommes donc pas la banque des riches, mais plutôt la banque de tout le monde, ceci en fonction du pays. Avec nos équipes, nous choisissons le métier qui va entraîner les autres métiers pour accroître notre développement.

