Vous avez présidé un événement inédit pour la sous-région, avec plus de 500 délégués autour des thèmes infrastructures, capital humain et énergie verte. Qu’en retenir pour l’attractivité économique de la RCA ?
Durant trois jours, les travaux ont porté sur le secteur privé et sur le CAUCUS Africain 2025. Pour la RCA, c’est une première historique. Notre pays souffrait d’un déficit d’informations qualitatives et quantitatives à son sujet. Accueillir ici les représentants de 55 pays a permis de convaincre, par la démonstration, que la Centrafrique reste debout et déterminée à écrire l’histoire de son développement, sous le leadership du président Faustin-Archange Touadéra.
La Déclaration de Bangui a été publiée à l’issue des travaux. Quels en sont les points clés pour défendre les intérêts africains et centrafricains auprès des institutions de Bretton Woods ?
Avec mes collègues gouverneurs du FMI et de la Banque mondiale, nous avons affirmé notre engagement à poursuivre les réformes économiques et financières : augmenter les capacités fiscales, créer un cadre réglementaire favorable au Doing Business, attirer davantage d’investissements directs étrangers et accroître les recettes domestiques.
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Nous saluons les avancées récentes, comme la reconstitution historique de l’IDA à plus de 100 milliards de dollars et l’obtention d’un troisième siège africain au Conseil d’administration du FMI. Mais les besoins restent immenses : la dette n’est pas réglée et l’architecture financière mondiale est en pleine restructuration.
Accueillir ici les représentants de 55 pays a permis de convaincre, par la démonstration, que la Centrafrique reste debout et déterminée à écrire l’histoire de son développement.
Nous avons plaidé pour une représentation accrue des Africains dans les instances de décision et pour une hausse des financements concessionnels, indispensables à nos infrastructures socioéconomiques.
Et pour la RCA, quelles priorités ?
Nous devons investir massivement dans des infrastructures résilientes. Le déficit annuel en Afrique est estimé entre 130 et 170 milliards de dollars, alors que nous n’en recevons que 40 milliards. Il nous faut donc combler ce gap pour réduire la fracture énergétique et améliorer la mobilité des personnes et des biens via des infrastructures multimodales de transport couvrant le continent.
Plusieurs institutions multilatérales étaient présentes. Y a-t-il des annonces concrètes pour financer le Plan national de développement (PND) ?
Nous avons profité de cette plateforme pour présenter le PND 2024-2028. Le président Touadéra a annoncé que la table ronde des bailleurs se tiendra à Casablanca, en partenariat avec le Maroc. Les engagements actuels concernent surtout la participation à cet événement, où les annonces fermes seront faites.
Le PND prévoit plus de 3 000 milliards de FCFA d’investissements sur 5 ans, dont les deux tiers dans l’énergie et le transport. Comment garantir la viabilité de ce plan ?
Cela nécessite des réformes institutionnelles pour assurer la bonne absorption des financements. Nous devons renforcer nos capacités humaines, d’où le plan d’intégration des jeunes diplômés dans la fonction publique, notamment dans l’éducation, générale et technique, afin d’avoir les compétences pour exécuter ces projets.
Sur le capital humain, quelles initiatives en matière d’éducation et d’intelligence artificielle ?
Nous avons invité une figure de l’IA, Kalou, pour expliquer comment l’intégrer dans nos projets, notamment éducatifs. L’IA et la digitalisation peuvent compenser nos déficits infrastructurels, rendre la formation plus accessible, surtout aux jeunes filles, et accélérer l’enseignement à distance.
Le déficit annuel en Afrique est estimé entre 130 et 170 milliards USD, alors que nous n’en recevons que 40 milliards. Il nous faut donc combler ce gap pour réduire la fracture énergétique et améliorer la mobilité des personnes et des biens...
Nous avons aussi obtenu de l’UNICEF l’approbation de curricula en langue nationale, le sango, afin de faciliter l’accès à l’éducation, notamment pour les populations peu à l’aise en français.
Quelles étapes après le CAUCUS 2025 ?
En octobre, à Washington, je remettrai le mémorandum du CAUCUS aux dirigeants du FMI et de la Banque mondiale, puis passerai le relais à la Gambie. J’ai plaidé pour la création d’un secrétariat permanent du CAUCUS, afin d’assurer le suivi des travaux, préparer les futures rencontres et garantir une voix africaine unie sur les grandes scènes internationales, du G20 à l’Union africaine.
Propos recueillis par Karl Ngrebada, correspondant d'EcoMatin à Bangui

