Breaking News
Chargement des breaking news...
App Logo
Magazine
    Bientôt disponible...
Je m'abonne
App Logo
MagazineJe m'abonne
Je m'abonne
Business et EntreprisesEecomembre

Huile de palme : au Cameroun, 4 nouvelles raffineries dans le pipe malgré une pénurie de matière première

Les investissements affluent dans le raffinage de l’huile de palme au Cameroun, porté par l’espoir d’en faire un hub régional. Mais la matière première manque, les palmeraies vieillissent et la dépendance aux importations s’aggrave.

Publiée lundi 17 novembre 2025 à 13:26:21Modifiée lundi 24 novembre 2025 à 08:33:15Temps de lecture 7 minPar Cedrick JIONGO

Noix de palmes
Malgré un potentiel agricole important, la production nationale reste insuffisante pour alimenter les raffineries.

À Douala, le groupe agro-industriel Fotso Jean II finalise la mise en service d’une nouvelle raffinerie d’huile de palme d’une capacité de 500 tonnes par jour sur le site de Bonabéri. L’usine, baptisée SCS-ALID, doit être inaugurée avant la fin de l’année et viendra compléter celle de Bafoussam, opérationnelle depuis 2009. L’ensemble portera la capacité totale de raffinage du groupe à plus de 600 tonnes par jour, confirmant la montée en puissance des investissements privés dans la filière.

Dans la même région, deux autres projets doivent suivre d’ici fin 2026 : la Nouvelle Raffinerie du Cameroun (NRC), dirigée par l’industriel Fabrice Siaka, et la Société de raffinage du Cameroun (Sorac), détenue par Nassourou Alhadji Issa, prévoient chacune une capacité de 300 tonnes par jour. À Kribi, le groupe Beetle Heritage Holding de l’entrepreneur Evariste Helle construit également une unité de raffinage sous la marque Africa Food Manufacture Division Raffinerie (AFMR), qui s’ajoutera à ses activités existantes dans l’agroalimentaire.

Lire aussi : Huile de palme : le Cameroun divise ses importations par deux et économise 58 milliards FCFA

Une fois ces projets achevés, le Cameroun comptera quinze raffineries d’huile de palme, représentant une capacité cumulée estimée à 5 000 tonnes par jour, contre environ 3 500 tonnes actuellement. Cette expansion met toutefois en lumière un problème d’approvisionnement. Plusieurs opérateurs ne disposent pas de plantations intégrées ni de contrats d’achat sécurisés, ce qui limite leur accès à la matière première. Selon l’Association des raffineurs des oléagineux du Cameroun (ASROC), la plupart des usines tournent actuellement à moins de 50 % de leurs capacités faute d’huile de palme brute suffisante.

Contraintes


Avec une production projetée à 465 000 tonnes en 2025, selon les estimations du US Department of Agriculture (USDA), le Cameroun devrait conserver sa place de troisième producteur africain, derrière le Nigéria et la Côte d’Ivoire. Mais les volumes disponibles restent insuffisants pour répondre à la demande des raffineries et des ménages estimés à près de 2 millions de tonnes par an. Le gap est naturellement comblé par les importations en provenance du Gabon, du Libéria, de la Côte d’Ivoire et de la Malaisie principalement. Mais ces deux circuits d’approvisionnement font face à d’importantes contraintes susceptibles de fragiliser la rentabilité des nouvelles unités et de toute la filière en général.

Lire aussi : Le Cameroun va emprunter 161 milliards FCFA auprès de 3 banques étrangères pour des projets routiers, énergétiques et agro-industriels

La production locale, assurée à 60% par les groupes agroindustriel (Socapalm, Safacam, Pamol, CDC) et à 40% par les plantations villageoises, n’augure pas de perspectives optimistes. Les experts citent par exemple le vieillissement des palmeraies, l’accès limité aux terres, litiges fonciers récurrents et faible financement de l’amont agricole. Bien plus, les banques, peu familières des cycles longs de production, rechignent à financer la replantation faute de garanties hypothécaires solides. De plus, la culture du palmier à huile a un impact négatif majeur sur la biodiversité, principalement par la destruction massive de forêts primaires et secondaires pour établir les plantations. A cet effet, on peut observer des réticences de certains bailleurs de fonds à intervenir dans la filière.

Pour couvrir la faible production, les industriels recourent actuellement aux importations dans le cadre d’un mécanisme encadré par l’État camerounais. Chaque année, ils soumettent leurs besoins l’ASROC, qui transmet au ministère du commerce pour validation, avant autorisation finale par le ministère des finances.

Lire aussi : Safacam : le chiffre d’affaires grimpe de 13% à 17,6 milliards FCFA au 1er semestre 2025

Mais la répartition des quotas d’importation, est très critiquée certains estimant qu’elle ne reflète pas toujours la capacité réelle de production des usines. Les importations ont grandement progressé ces dernières années passant de 56 000 tonnes en 2018 à 144 000 tonnes en 2023, selon les données de l’institut national de la statistique. Une progression qui traduit une dépendance accrue aux fournisseurs extérieurs. Le Gabon, principal pourvoyeur du marché camerounais, a réduit de 20,5 % ses livraisons entre 2022 et 2023, tandis que la Malaisie, acteur majeur du marché mondial, oriente désormais une part croissante de sa production vers la fabrication de biocarburants, limitant ainsi les volumes disponibles à l’export. Cette conjoncture expose les raffineries locales à une volatilité accrue des coûts et à un risque d’approvisionnement durable.

Pour sortir la filière de ce déséquilibre structurel, les experts plaident pour une refonte de l’amont agricole. « Tant que les raffineries n’auront pas d’ancrage agricole solide, la filière restera structurellement déficitaire », confie Alain Fonin. L’associé gérant de Fonin Capital Advisory, cabinet de conseil installé à Douala et spécialisé dans l’agrobusiness, préconise l’introduction de plants à haut rendement, la réhabilitation des plantations industrielles vieillissantes et la contractualisation entre planteurs, huiliers et raffineurs, afin de faciliter l’accès des petits exploitants au financement.

Lire aussi : CEMAC : les cours des matières premières reculent de 4,7% malgré la hausse du pétrole

Un cadre incitatif d’accès au foncier, combiné à des techniques agricoles plus durables, permettrait de relancer la productivité sur les 190 000 hectares de palmeraies recensés. En effet, les producteurs indépendants affichent de faibles rendements (0,9 à 1,5 tonnes/hectares) inférieurs à ceux observés dans les grands pays producteurs (Indonésie, Malaisie, etc.) qui parviennent à atteindre des seuils de 6,1 et 6,3 tonnes d’huile de palme brute à l’hectare.

Le Camerounais plaide aussi pour un déploiement accéléré du Projet de développement des chaînes de valeur agricoles (PDCVA), financé à hauteur de 50 milliards FCFA par la BAD et l’État camerounais, dont les retombées « demeurent à ce jour peu perceptibles sur le terrain ».

«un pôle régional de transformation »


Pourtant, les investissements dans de nouvelles capacités de raffinage répondent à une demande intérieure et régionale bien réelle. La croissance démographique (+2 %), l’urbanisation rapide et l’essor des industries de transformation (savonneries, biscuiteries, margarineries et chocolateries) alimentent une demande soutenue en huile raffinée. « La multiplication des unités de raffinage n’est pas en soi une dérive industrielle. Elle traduit la volonté de positionner le Cameroun comme pôle régional de transformation », estime un opérateur du secteur. Reste à savoir si la production nationale pourra suivre le rythme.

Lire aussi : Cameroun : une unité de transformation d’huile de palme en gestation à Bomono

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article nécessite un abonnement EcoMembre pour y accéder.

Contactez le service client
  • Accueil
  • Business et Entreprises
  • Huile de palme : au Cameroun, 4 nouvelles raffineries dans le pipe malgré une pénurie de matière première
Camerounhuile de palmepénurieraffineriesmatière première
Recevez notre briefing économique et financier tous les jours avant 10 heures.

En vous inscrivant à la newsletter, vous acceptez de recevoir nos communications. Vous pouvez vous désabonner à tout moment.

Dans la même catégorie

EpremiumUsine brassicole; image d'illustrationAgro-industrieCameroun : le projet de brasserie Krieger Brewery franchit l’étape des audiences publiquesAnnoncée depuis 2023, la société brassicole portée par l’homme d’affaires Camerounais Beyongo Mukete, s’apprête à franchir l’étape environnementale avant son implantation dans le Sud-Ouest. il y a 7 heuresa688721f9038b902fba940b9ef9f243f_XLBusiness et EntreprisesMobile Money : les transactions dépassent 219 000 milliards de FCFA dans l’UEMOA, en hausse de 40%Avec plus de 16 milliards d'opérations et près de 285 millions de comptes ouverts, la monnaie électronique poursuit son expansion dans l’UEMOA.il y a 11 heuresEpremiumFRANCE-MEDIAS-TELEVISION-CANAL-PLUS-HEADQUARTERSBusiness et EntreprisesLe chiffre d'affaires de Canal+ en nette hausse à fin septembre grâce à MultichoiceLes revenus des activités africaines du groupe français de télévision payante ont bondi de 37,5% à la fin des 9 premiers mois de l'année, portée par l'intégration des actifs du géant sudafricain MultiChoice. il y a 12 heuresclinker 1Business et EntreprisesClinker : le Gabon lance la construction d’une usine de 1,2 tonne après 12 ans sans productionLe Gabon pose les bases pour relancer sa production locale de clinker avec afin de réduire les importations et soutenir le secteur du BTP.il y a 1 jourEpremiumAgence Diesel GabonBusiness et EntreprisesDiesel Gabon, leader des équipements industriels, réduit son capital de 1 milliard à 600 millions de FCFAFournisseur historique des industries pétrolière, minière et forestière au Gabon, Diesel Gabon vient d'engager une importante réduction de son capital social.il y a 1 jourEpremiumtradexBusiness et EntreprisesGuinée équatoriale : Tradex menacé de perdre ses réservoirs de stockage de carburantLes difficultés de Tradex en Guinée équatoriale prennent une nouvelle dimension. Moins d'une semaine après une sanction financière de 500 millions de FCFA, la filiale du groupe camerounais, présent dans le pays depuis 2015, voit désormais ses installations de stockage entrer dans le viseur du gouvernement.il y a 1 jour

Articles similaires

champs femmesConjonctureConfejes : Yaoundé accueille un salon dédié à l’entrepreneuriat féminin agri-numériqueAu programme, formations et accès aux financements, en vue de renforcer l’autonomisation économique des jeunes femmes et moderniser les chaînes de valeur agricoles.​il y a 1 jourYaounde VillePolitiques PubliquesCameroun : la participation du public à l’élaboration du budget de l’État s’effondre de 20 à 9 points (rapport)Le Cameroun associe de moins en moins le public à ses décisions budgétaires. Selon l’Enquête sur le Budget Ouvert 2025, le pays obtient une note de 9/100 sur cet indicateur, contre 20/100 deux ans plus tôt.il y a 2 joursEpremiumdouanesTransport et LogistiqueCameroun, Nigeria et Bénin préparent l’interconnexion de leurs systèmes douaniersCes trois pays avec l’appui d’Afreximbank, préparent un vaste chantier pour fluidifier leurs frontières, dans un contexte où le commerce intra-africain reste marginal comparé au reste du monde.il y a 2 joursEpremiumAllocations familiales CNPSPolitiques PubliquesSécurité sociale : le Cameroun veut élargir les prestations de l'assurance volontaireLe régime destiné aux indépendants et aux travailleurs informels s’essouffle. Selon la CNPS, les nouvelles adhésions à l’assurance volontaire ont chuté de plus d’un quart en un an.il y a 1 jourEpremiumDG CBCBanques et FinanceCommercial Bank Cameroun porte son bénéfice net à 7,3 milliards FCFA, en hausse de 69 %La banque contrôlée par l’État camerounais a fortement amélioré sa rentabilité en 2025, tout en portant à 387 milliards de FCFA ses concours aux PME. Ces dernières concentrent encore près de 60 % de son portefeuille de crédits.il y a 3 joursWhatsApp Image 2026-10-16 at 2.12.43 PMConjonctureFilière crevette : après cinq années d'appui, PLACRECAM prend le relais de la FAOAu terme de cinq années d’intervention, le programme FISH4ACP laisse des acquis en matière de connaissance de la ressource, de qualité sanitaire et d’organisation des acteurs. La PLACRECAM, devenue une interprofession, est appelée à prendre le relais pour poursuivre la stratégie de développement de la filière à l’horizon 2032. il y a 6 jours
Actuellement en kiosque

Les plus lus

1Afriland, CCA, BGFIBank… : quelles banques ont réalisé les plus gros bénéfices au Cameroun en 2025 ?il y a 6 jours2Affaire Garoubé : la justice française maintient une saisie de 11,7 milliards FCFA contre l’État du Camerounil y a 1 jour3Tchad : le groupe ivoirien AFG en passe de prendre le contrôle de la Banque de l’Habitatil y a 2 jours4Cameroun : l’offre aérienne s’étoffe avec 21 compagnies, portée par les liaisons africainesil y a 3 jours5Cameroun : le français Camusat lève 12 milliards FCFA auprès de deux banques locales pour ses infrastructures de télécomsil y a 2 jours6Guinée équatoriale : TotalEnergies et Tradex écopent de 1,5 milliard FCFA d’amendesil y a 6 jours7Fitch abaisse la note souveraine du Cameroun à « B- »il y a 3 jours8CEMAC : les États veulent puiser dans les dividendes de la BEAC pour recapitaliser la BDEACil y a 3 jours9Guinée équatoriale : Tradex menacé de perdre ses réservoirs de stockage de carburantil y a 1 jour10CEMAC : les capitaux étrangers reculent dans les banques, les nationaux contrôlent désormais 23 établissements sur 54il y a 1 jour
📧

Newsletter EcoMatin

Recevez notre briefing économique quotidien directement dans votre boîte mail

Analyses exclusives • Décisions économiques • Afrique centrale

App Logo
Je m'abonne
MarchéCotationBoursesFondsMatières premièresConvertisseur
AbonnementsMon compteMes abonnementsNewslettersArticles achetés
ServicesConditions généralesPolitique de confidentialitéPolitique en matière de cookiesContact & Suggestions
La rédactionQui sommes-nous?Nous rejoindreNotre équipeLettre du DP
Recevez notre briefing économique et financier tous les jours avant 10 heures.

En vous inscrivant à la newsletter, vous acceptez de recevoir nos communications. Vous pouvez vous désabonner à tout moment.

EcoMatin SRL : BE1003.413.035

Avenue Louise 523, 1050 Ixelles

© Copyright EcoMatin 2026. Tous droits reservés.