À Douala, le groupe agro-industriel Fotso Jean II finalise la mise en service d’une nouvelle raffinerie d’huile de palme d’une capacité de 500 tonnes par jour sur le site de Bonabéri. L’usine, baptisée SCS-ALID, doit être inaugurée avant la fin de l’année et viendra compléter celle de Bafoussam, opérationnelle depuis 2009. L’ensemble portera la capacité totale de raffinage du groupe à plus de 600 tonnes par jour, confirmant la montée en puissance des investissements privés dans la filière.
Dans la même région, deux autres projets doivent suivre d’ici fin 2026 : la Nouvelle Raffinerie du Cameroun (NRC), dirigée par l’industriel Fabrice Siaka, et la Société de raffinage du Cameroun (Sorac), détenue par Nassourou Alhadji Issa, prévoient chacune une capacité de 300 tonnes par jour. À Kribi, le groupe Beetle Heritage Holding de l’entrepreneur Evariste Helle construit également une unité de raffinage sous la marque Africa Food Manufacture Division Raffinerie (AFMR), qui s’ajoutera à ses activités existantes dans l’agroalimentaire.
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Une fois ces projets achevés, le Cameroun comptera quinze raffineries d’huile de palme, représentant une capacité cumulée estimée à 5 000 tonnes par jour, contre environ 3 500 tonnes actuellement. Cette expansion met toutefois en lumière un problème d’approvisionnement. Plusieurs opérateurs ne disposent pas de plantations intégrées ni de contrats d’achat sécurisés, ce qui limite leur accès à la matière première. Selon l’Association des raffineurs des oléagineux du Cameroun (ASROC), la plupart des usines tournent actuellement à moins de 50 % de leurs capacités faute d’huile de palme brute suffisante.
Contraintes
Avec une production projetée à 465 000 tonnes en 2025, selon les estimations du US Department of Agriculture (USDA), le Cameroun devrait conserver sa place de troisième producteur africain, derrière le Nigéria et la Côte d’Ivoire. Mais les volumes disponibles restent insuffisants pour répondre à la demande des raffineries et des ménages estimés à près de 2 millions de tonnes par an. Le gap est naturellement comblé par les importations en provenance du Gabon, du Libéria, de la Côte d’Ivoire et de la Malaisie principalement. Mais ces deux circuits d’approvisionnement font face à d’importantes contraintes susceptibles de fragiliser la rentabilité des nouvelles unités et de toute la filière en général.
La production locale, assurée à 60% par les groupes agroindustriel (Socapalm, Safacam, Pamol, CDC) et à 40% par les plantations villageoises, n’augure pas de perspectives optimistes. Les experts citent par exemple le vieillissement des palmeraies, l’accès limité aux terres, litiges fonciers récurrents et faible financement de l’amont agricole. Bien plus, les banques, peu familières des cycles longs de production, rechignent à financer la replantation faute de garanties hypothécaires solides. De plus, la culture du palmier à huile a un impact négatif majeur sur la biodiversité, principalement par la destruction massive de forêts primaires et secondaires pour établir les plantations. A cet effet, on peut observer des réticences de certains bailleurs de fonds à intervenir dans la filière.
Pour couvrir la faible production, les industriels recourent actuellement aux importations dans le cadre d’un mécanisme encadré par l’État camerounais. Chaque année, ils soumettent leurs besoins l’ASROC, qui transmet au ministère du commerce pour validation, avant autorisation finale par le ministère des finances.
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Mais la répartition des quotas d’importation, est très critiquée certains estimant qu’elle ne reflète pas toujours la capacité réelle de production des usines. Les importations ont grandement progressé ces dernières années passant de 56 000 tonnes en 2018 à 144 000 tonnes en 2023, selon les données de l’institut national de la statistique. Une progression qui traduit une dépendance accrue aux fournisseurs extérieurs. Le Gabon, principal pourvoyeur du marché camerounais, a réduit de 20,5 % ses livraisons entre 2022 et 2023, tandis que la Malaisie, acteur majeur du marché mondial, oriente désormais une part croissante de sa production vers la fabrication de biocarburants, limitant ainsi les volumes disponibles à l’export. Cette conjoncture expose les raffineries locales à une volatilité accrue des coûts et à un risque d’approvisionnement durable.
Pour sortir la filière de ce déséquilibre structurel, les experts plaident pour une refonte de l’amont agricole. « Tant que les raffineries n’auront pas d’ancrage agricole solide, la filière restera structurellement déficitaire », confie Alain Fonin. L’associé gérant de Fonin Capital Advisory, cabinet de conseil installé à Douala et spécialisé dans l’agrobusiness, préconise l’introduction de plants à haut rendement, la réhabilitation des plantations industrielles vieillissantes et la contractualisation entre planteurs, huiliers et raffineurs, afin de faciliter l’accès des petits exploitants au financement.
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Un cadre incitatif d’accès au foncier, combiné à des techniques agricoles plus durables, permettrait de relancer la productivité sur les 190 000 hectares de palmeraies recensés. En effet, les producteurs indépendants affichent de faibles rendements (0,9 à 1,5 tonnes/hectares) inférieurs à ceux observés dans les grands pays producteurs (Indonésie, Malaisie, etc.) qui parviennent à atteindre des seuils de 6,1 et 6,3 tonnes d’huile de palme brute à l’hectare.
Le Camerounais plaide aussi pour un déploiement accéléré du Projet de développement des chaînes de valeur agricoles (PDCVA), financé à hauteur de 50 milliards FCFA par la BAD et l’État camerounais, dont les retombées « demeurent à ce jour peu perceptibles sur le terrain ».
«un pôle régional de transformation »
Pourtant, les investissements dans de nouvelles capacités de raffinage répondent à une demande intérieure et régionale bien réelle. La croissance démographique (+2 %), l’urbanisation rapide et l’essor des industries de transformation (savonneries, biscuiteries, margarineries et chocolateries) alimentent une demande soutenue en huile raffinée. « La multiplication des unités de raffinage n’est pas en soi une dérive industrielle. Elle traduit la volonté de positionner le Cameroun comme pôle régional de transformation », estime un opérateur du secteur. Reste à savoir si la production nationale pourra suivre le rythme.
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